‹ Cent ans d'histoire intérieure, 1789-1895Chapitre 23 sur 29 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La Défense nationale. — L'Assemblée

nationale.

4 septembre 1870 — 31 décembre 1875.

L'Empire avait succombé à la contradiction originelle qui avait présidé à sa naissance : il n'avait pas su trouver un juste équilibre entre les préjugés conservateurs qu'il avait exploités et les passions révolutionnaires dont il était issu ; le régime autocratique qu'il avait institué n'ayant pas permis à cet équilibre de se réaliser spontanément par le libre jeu des forces sociales, l'heure était venue où l'autocrate n'avait plus réussi à maîtriser ce double courant, et où conservateurs lésés dans leurs intérêts et démocrates déçus dans leurs aspirations s'étaient trouvés ligués contre lui. Mais en tombant Napoléon III léguait à ses successeurs une France toute différente de celle de 1848.

A force de faire le vide pour régner en maître et de représenter comme une agitation malsaine tout ce qu'il y a de noble, de généreux et de désintéressé dans l'action politique, Napoléon III n'avait que trop bien réussi à amoindrir et à dévoyer la classe moyenne : déjà compromise dans son autorité sociale par la mesquinerie des luttes qu'elle avait menées de 1849 à 1851, cette classe s'était vu déposséder de toute participation à la vie publique, et avait achevé de perdre son ascendant en quelque sorte par le non-usage. A la faveur des spéculations effrénées que le mouvement économique avait provoquées sous le second Empire, elle était devenue plus pratique, plus intéressée, plus égoïste qu'elle ne l'était auparavant, à tel point même qu'à l'approche du péril national, lors delà discussion de la loi militaire de 1868, elle avait misérablement marchandé ses fils au service armé. Quelques-uns de ses représentants étaient cependant demeurés attachés au libéralisme, mais, infime minorité, ceux-là avaient été tout naturellement conduits, pour soutenir le bon combat, à rechercher des alliances qu'ils eussent énergiquement répudiées jadis : ils s'unirent aux catholiques à partir de la guerre d'Italie, et, dans ce contact imprévu, la bourgeoisie française cessa d'être voltairienne pour prendre à l'Église certaines de ses habitudes d'esprit et plusieurs de ses manières de faire. Enfin, dans un temps où les avocats seuls avaient conservé quelque liberté de parole, elle prit le goût des

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