LA DÉFENSE NATIONALE
manifestations oratoires qui restent sans lendemain, parce qu'elles sont sans action et sans responsabilité.
A côté d'elle, la démocratie s'était exaspérée dans une trop longue attente des vastes horizons entrevus en 1848 et vers lesquels elle avait vaguement espéré d'être conduite par un Bonaparte. Par le fait seul qu'on ne lui avait rien permis d'apprendre, elle n'avait pas su discerner ce qui, dans ces ambitions, dépassait la mesure des forces humaines, ce qui au contraire était susceptible d'une réalisation plus ou moins prochaine. Le socialisme demeurait tout aussi farouche, tout aussi intempérant, tout aussi ignorant, en 1870 qu'en 1848, sinon plus; on vivait de sentiments, on se payait de mots, parce qu'aucune théorie n'avait eu l'occasion de s'émonder à la pratique du fait, parce que rien n'avait été ménagé pour faire l'éducation politique de la masse. Il y avait là des forces puissantes, mais inexpérimentées, incohérentes, indisciplinées, instinctivement défiantes du régime parlementaire, qu'elles n'avaient guère vu pratiquer que par des adversaires du suffrage universel, et dont l'entrée en scène dans l'exercice d'une véritable souveraineté, c'est-à-dire d'une souveraineté doublée de liberté, réservait d'étranges et redoutables surprises.
Mais, au 4 septembre 1870, le moment n'était pas venu où devaient se dégager, l'une après l'autre, les inconnues de la situation léguée par le second Empire : les honnêtes gens qui, à cette heure d'universel
abandon et d'angoisses poignantes, assumèrent le gouvernement provisoire du pays envahi, tracèrent euxmêmes la mission qui leur incombait en s'intitulant « Gouvernement de la défense nationale » ; avant de songer à faire de la politique, il leur fallait veiller au salut de la patrie et tâcher de restaurer l'honneur compromis du drapeau. Ce qu'a été Teffort militaire, des cinq mois qui s'écoulèrent entre la révolution du 4 septembre et la conclusion de la paix, ce n'est point le lieu de le conter; tandis que Thiers, courant à travers l'Europe, faisait de vains eiîorls pour procurer du secours à la France, tandis que la majorité des membres du gouvernement provisoire restait dans Paris investi par les armées allemandes et se multipliait pour soutenir les forces morales et physiques d'une population de deux millions d'ûmes, quelques autres, sous la virile direction de Gambetta, un jeune avocat que rien ne prédestinait à ce rôle, mais qui puisa dans l'intensité du danger de sublimes inspirations oratoires et déploya une prodigieuse faculté d'organisation, allaient s'installer à Tours, puis à Bordeaux, pour improviser des soldats, des chefs, des armes, comparables à la Convention par la puissance de leur action patriotique, supérieurs à elle par la parfaite humanité de leurs procédés.
Cinq mois et demi durant, Paris supporta le siège, le bombardement, la famine, en livrant sous ses murs d'inutiles combats; cinq mois et demi durant, la pro-