INTRODUCTION
déroulée, où le pouvoir était détenu par une bourgeoisie censitaire, dont le cadre était extraordinairement étroit. Cette phase aboutit à deux révolutions : celle de 1830, faite par la bourgeoisie ellemême, pour briser les prétentions de la royauté; celle de 1848, dirigée par la démocratie contre un « pays légal » trop inerte et trop imprévoyant pour avoir su, en temps utile, étendre le droit de vote.
Avec 1848, commence une seconde phase, qui se poursuit jusqu'en 1870; installé subitement en maître dans Tédifice politique, le suffrage universel abdique aussitôt, au profit d'un dictateur, plutôt que de se voir contester sa souveraineté par les anciens partis. Cette fois encore, la liberté pâtit : n'ayant pas assuré le développement progressif des institutions parlementaires, elle a été négligée, pour permettre une affirmation éclatante du droit populaire, qui est l'égalité politique.
Après les ruines et les hontes du second Empire, l'égalité subsiste, la liberté revient : c'est à les faire vivre ensemble et à les utiliser l'une et l'autre pour la réalisation du progrès démocratique que s'occupe en ce moment la France. La tâche est d'autant plus malaisée, que l'instruction du peuple, qui eût dû précéder son avènement à la souveraineté effective, ne l'a suivi que de très loin, et que Vm\\AaN]\Ci\v
des électeurs aux conditions normales de la vie publique n'a pu se faire ni sous le régime de compression dont a souffert la génération précédente, ni au cours des luttes pour l'existence que la République a été forcée de soutenir sous l'Assemblée nationale, puis encore en 1889 et en 1893. Puissent ces pages apprendre à ceux qui voudront bien les lire que ce n'est point en sautant d'un extrême à l'extrême opposé qu'un grand pays fonde «a liberté et conserve son rang dans le monde!
Paris, mars 1896.