I. Congrès de la Tuberculose de Paris
produit de conception des épouses de tuberculeux, se dénoncent» dès la naissance, par le faciès et Thabitus de ces dégénérés!
La constatation de ces faits avait si peu échappé à la sagacité d’anciens Phtisiologues, qu’elle les avait conduits à faire de la tuberculose une diathèse héréditaire. Inutile défaire remarquer, en passant, combien notre Humorisme moderne trouve, au fond, peu à reprendre à cette vieille conception.
Nous aussi, nous savons dénoncer fils de tuberculeux, nombre de sujets, venus au monde, souvent avant terme, avec un faible poids et une taille petite, un squelette étroit et mince, un thorax aplati, une peau fine et molle, des extrémités graciles, un faciès pâle, des veinosités transparentes, un pelage prématurément développé, de longs cils, des engorgements ganglionnaires faciles, un aspect malingre.
La constatation de pareils états constitutionnels, souvent transmis par des générateurs bacillaires à leur lignée, prouve combien, pour créer des enfants dystrophiques, le virus tuberculeux sait agir par voie d'hérédité.
Cette question demeure donc l’une des plus intéressantes de la Phtisiologie, d’autant que, sous l’influence des idées contagionnistes qui, à bon droit, mènent la Clinique, on semblerait, d’un trait et à tout jamais, vouloir rayer de l’Étiologie tuberculeuse, l’Hérédité !
Nos Anciens ne croyaient qu’à l’Hérédité; peut-être leurs petits-fils, n’ayant d’yeux que pour la contagion acquise, tombent-ils en excès opposé, quand ils ne savent pas reconnaître l’hérédité de constitution , par laquelle peuvent se trouver conditionnés :
la débilité congénitale de l’individu;
l’amoindrissement de la famille;
la dégénérescence de la race?
Ainsi, par des voies dont l’Expérimentation n’a pas encore éclairé le mystère, la tuberculose apparaît susceptible de créer, héréditairement, un terrain organique spécial, dystrophique.
Incontestablement aussi, certains terrains organiques sont aptes, plus que d’autres, à favoriser et à orienter le développement de la tuberculose. Ici encore, l’entente n’est pas faite : certains auteurs, depuis G. Sée jusqu’à A. Calmette, soutiennent que « la prédisposition n’est qu’un mot qui attend des preuves ». Certains d’entre eux pensent que la nature du terrain n'aide en rien la végétation du bacille, dont l’activité, dans ses variétés de virulence, justifie, dans le temps et dans la forme, toutes les variétés de la maladie. Ces affirmations théoriques, qui tiennent compte seulement des faits expérimentaux
actuellement acquis, se refusent aux démonstrations de la Clinique.
Celle-ci, pourtant, affirme le rôle du terrain dans l’évolution de la maladie; comme elle affirme l’influence des prédispositions sur l’éclosion de la tuberculose. Dès 1888, j’énonçais un certain nombre de conditions organiques et fonctionnelles, que je considérais comme faisant le lit de la tuberculose.
Vingt ans ont passé sur mes affirmations, et les faits accumulés en Clinique prouvent assez en faveur de la prédisposition de certains terrains innés ou acquis, pour que, aujourd’hui, pareilles notions intéressent le Diagnostic précoce 1 et la Prophylaxie de la tuberculose, au moins autant que sa Pathogénie.
La pratique, en cela, comme pour d’autres révélations, précède la Médecine Expérimentale.
Toutes cesidées, toutes ces recherches sont d’hier; et pourtant, dans révolution de la Phtisiologie, un nouveau mouvement se dessine, dont les premières étapes sont déjà franchies, et qui semble devoir transformer dans nos esprits, avec la physionomie même de la maladie, les opinions que nous nous faisons, aussi bien de ses manifestations symptomatiques (tuberculoses aiguës et subaiguës, généralisées et localisées), que de ses déterminations fonctionnelles et organiques.
Nous voyons ainsi le domaine de la tuberculose, tout en se précisant, s’élargir.
Autrefois nous ne connaissions guère que les phtisiques; puis, en se fondant dans la conception moderne de la tuberculose, la phtisie hippocratique a singulièrement débordé ses frontières; l’état, qu’elle définissait, fut reconnu comme l’aboutissement extrême, et d’ailleurs inconstant, de la tuberculose; ainsi apprit-on à démasquer maints tuberculeux qui n’étaient, ni ne devenaient, des phtisiques.
Nous allons plus loin aujourd’hui.
Naguère, le tubercule paraissait contenir toute l’histoire anatomique de la tuberculose; le granulome paraissait être le critérium de la tuberculose.
Nous savons maintenant que le follicule tuberculeux n’est nullement la seule lésion dont soit responsable le bacille de Koch. Nous savons qu’il existe des malades bacillaires qui, au sens histoanatomo-pathologique, ne sont pas des tuberculeux; ou bien parce
1. L. Landouzy : Les Éléments du diagnostic précoce de la Tuberculose, in Comptes vendus du Congrès contre la Tuberculose , de Naples , 1901, p. 276.
qu’ils ne sont pas encore luberculomateux ; ou bien parce que le bacille engendre chez eux des altérations autres que des tubercules. Nous savons dépister ces bacillaires sous le masque de malades qu’on se contentait, hier, de cataloguer pleurétiques, néphrétiques, hépatiques, dermopathiques, rhumatisants, chlorotiques, asthmatiques, etc.
Ainsi, en même temps que se multiplie le polymorphisme de la maladie, s’augmente la valeur spécifique du bacille. C’est lui qui, dans tout litige de tuberculose, se constitue à la fois coupable et témoin :
coupable, puisque, sans bacille (à défaut de follicules tuberculeux s’entend), il n’y a ni effet actionnel, ni effet réactionnel;
témoin , puisque (faisant mentir l’axiome testis unus , testis nullus), par sa présence, il permet de porter au compte de la bacillose telles ou telles affections que, hier, on se serait refusé à considérer comme phymateuses, sous prétexte qu’y manquaient les follicules tuberculeux.
Ainsi, pendant que le domaine clinique de la tuberculose s’enrichit des formes frustes et larvées, le chapitre anatomo-pathologique de la Maladie s’accroît de la connaissance de ces lésions non folliculaires,
dont la nature est attestée, à l’origine des unes et des autres, par la présence du bacille.
En ce sens, rien de plus démonstratif que les Recherches anatomo pathologiques de S. Arloing, aussi bien que les Etudes expérimentales de S. Arloing et Thevenot1,
Dans cette voie où, sans rien aliéner des traditions de la Clinique, s’oriente armée de l’Expérimentation toute une jeune École Française, les mêmes discussions qui arrêtèrent l’élan des Anatomo-pathologistes du siècle dernier ne peuvent plus sévir, car nous possédons le critérium de la nature et de la qualité tuberculeuses de tel ou tel désordre, soit organique, soit fonctionnel : ce critérium, c’est le bacille, agent spécifique de la Maladie.
Pendant que, par le perfectionnement du diagnostic des formes anciennement classées; que, par la reconnaissance et la description de formes anatomo-cliniques nouvelles, s’agrandit singulièrement le champ de la tuberculose ; pendant que, de tous côtés, par voie d’analyse, se complète et se précise la Nosographie de la bacillose humaine