Académie des Sciences , 16 mars
et animale ; les conditions sociales nées de la vie moderne (surtout l’exode des campagnes vers les cités tentaculaires, et le retour au village des ruraux tuberculisés, dans les logis surpeuplés, dans les ateliers et dans les usines des villes) favorisent la diffusion du bacille.
On s’aperçoit que les pandémies de phtisie se multiplient dans toutes les collectivités ; et l’Hygiène publique intervenant dans leur étude, la Tuberculose devient un des aspects de la question sociale.
Nous voici à la dernière étape de la longue route par laquelle s’achemine notre élude centennale de la Phtisiologie.
Les plus vastes horizons, combien rembrunis, qu’ouvre à la Phtisiologie tout un ordre de préoccupations angoissantes, s’offrent aux regards des savants qui, à Paris, en 1888, à l’instigation de Verneuil, fondateur de l’OEuvre de la Tuberculose, et avec le concours d’un médecin vétérinaire distingué M. Butel, sous la présidence du professeur Chauveau, organisent un Congrès pour Y Etude de ici Tuberculose , chez l'homme et chez les animaux.
Ces Assises scientifiques — les premières spécialement consacrées à la phtisie humaine et comparée — commencent par un éclatant et reconnaissant témoignage rendu par leur président « à la valeur de la découverte de Villemin1 ».
Les communications et les discussions y sont de telle importance et de tel intérêt; les problèmes touchant le diagnostic et l’étiologie y surgissent si nombreux et si complexes ; que, en se séparant, les congressistes décident que leur entreprise ne saurait rester sans lendemain.
Voilà comme, en France, s installe une quasi-permanence de Congrès pour l'étude des affections tuberculeuses, que .président : A. Villemin en 1891 ; le professeur Verneuil en 189.3, et le professeur Nocard (d’Alfort) en 1898.
Nos Congrès, pour spécialisés qu’ils soient, ou plutôt parce que spécialisés, font active besogne. Ils préparent la solution de problèmes nouveaux qui se posent en face de la doctrine microbienne et de ses applications. Les résultats de leurs travaux sont commentés dans le monde savant ; en même temps qu’ils pénètrent le grand public, et créent un mouvement d opinion. On commence à s apercevoir qu’il y a une question de la tuberculose.
Entre temps, un homme d’ardente initiative, le professeur Armain-
1. A. Chauveau, de 1 Institut : Discours d'ouverture du Congrès pour l'étude de la Tuberculose chez l’homme et chez les animaux. Paris, 1888, Comptes rendus^ p. 25. Masson et Cie.
gaud (de Bordeaux), forme la Ligue française contre la Tuberculose, sur laquelle se régleront celles qui, à l’envi, se fonderont en Europe. C’en est fait de l’époque où la phtisie ne regardait que les Médecins.
De divers côtés, les gens, tant par intérêt personnel que par esprit de solidarité, finissent par comprendre que l’heure est venue de nouvelles Croisades, celles-ci pacifiques et rédemptrices, par lesquelles puisse être conjuré le péril qu’on n’imaginait pas si formidable.
Cependant (mai 1899), le chancelier de l’Empire d’Allemagne invite les gouvernements étrangers à se faire représenter au Congrès pour la lutte contre la tuberculose , maladie endémique , que, sous le protectorat de l’Impératrice-Reine, organisait le comité Central allemand pour la création d’établissements destinés au traitement des maladies du poumon.
Dans des Rapports très documentés, comme à l’Exposition annexée au Congrès, le Comité central de Berlin se met en devoir de montrer : avec l’orientation de la lutte antituberculeuse en Allemagne, les résultats obtenus, en établissements fermés, par le traitement hygiénodiététique de la tuberculose pulmonaire conçu par Brehmer, et appliqué par son célèbre disciple Dettweiller.
C’est sur place, c’est après les visites faites aux sanatoriums des environs de Berlin, que, vous vous en souvenez, Messieurs, nous avons saisi la filiation des idées, par lesquelles la pratique de Falkeinstein était sortie du domaine de la Thérapeutique, qu’elle avait primitivement occupé, pour pénétrer de vive force dans le domaine économique.
En effet, c’est par les moralités économiques qu’imposent aux sociétés modernes les principes de solidarité sociale, que le sanatorium populaire, instrument de cure de la tuberculose, devenait, en Allemagne, le principal rouage de tout un système préventif et curatif mis aux mains des Offices d’Assurance contre la maladie, contre l’invalidité et contre la vieillesse ; auxquels, depuis plus de vingt ans, la Loi fait, aux ouvriers comme aux patrons, obligation de s’affilier.
L’application de cette loi ayant démontré que la principale cause d’invalidité et de maladie était la tuberculose, les Caisses d’Assurance fondèrent des sanatoriums. Grâce à leurs établissements fermés de cure, conformément au but économique qu’on s’était surtout proposé, les Caisses allemandes purent, dès 1899, réaliser un bénéfice de 1.000.000 de marks!
L’Amérique, Messieurs, fut l’un des premiers pays à appliquer la
cure hygiéno-diététique en établissements fermés, puisque, il y a plus de vingt ans, le Dr Trudeau fondait votre fameux Adirondack Cottage.
Sur cette question si importante, vous ne pouviez manquer d’être des premiers et des mieux documentés. L’information très avertie vous venait par le Dr S. A. Knopf, qui faisait, de l’étude des sanatoria (traitement et prophylaxie de la phtisie pulmonaire1) l’objet d’une thèse inaugurale brillamment soutenue en 1895, à la Faculté de Médecine de Paris; et qui, depuis, n’a cessé de travailler, chez vous, à l'amélioration du sort des tuberculeux, comme à la prophylaxie de la bacillose2.
L’ouvrage magistral de votre compatriote venait si bien à son heure ; il faisait si opportunément connaître au Monde la Méthode de Dettweiller, et l’application qui s’en répandait partout; que le D1’ S. -A. Knopf devait, en quelques années, donner une deuxième édition 3. C’est parcelle-ci, surtout, que, en Europe, nous fûmes renseignés sur ce que, dans vos Etats, vous aviez fait pour la cure sanatoriale : dès i885, par la fondation, en l’Etat de New-York, de Y Adirondack Cottage ; depuis, par les dotations des Etats d’Alabama, de Massachusetts, de New-York, etc., alors que l’Union commençait son armement antituberculeux auquel elle a donné tant de puissance et tant d’ampleur.
Pour grand que fut le succès du premier ouvrage du Dr S. -A. Knopf, ce succès devait être dépassé par la diffusion mondiale que connut son opuscule : la Tuberculose considérée comme maladie du peuple : des moyens de la combattre, récompensé par le Congrès de Berlin en 1902.
Vous pouvez, à l’Exposition, voir que cet ouvrage a été traduit en vingt-sept langues: je ne connaisse guère que la Bible qui ait eu pareil honneur.
On sait, vous avez pu, Messieurs, notamment à notre Exposition de
1. Les Sanatoria; traitement et prophylaxie de la phtisie pulmonaire: Thèse inaug. Paris, 1895.
2. The Présent Statuts of Préventive Meansagainst the Spread of Tuherculosis in the Various States of the Union, Critically Reviewed. Journal of the American Med. Association , 30 octobre 1897.
The Tuherculosis Problem in the United States. North American Review , February, 1899.
Pulmonary Tuherculosis; its Modem Prophylaxis and Treatment in Spécial Institutions and at Home. Alvarenga Prize Essay of the College of Physiciens of Philadelphia for the year 1898 (P. Blakiston’s Son et C°, Philadelphia).
3. Les Sanatoria : Traitement et Prophylaxie de la Phtisie pulmonaire , par S.-A. Knopf, de la Faculté de Paris et de Bellevue Hospital Medical College (New-York); médecin du Département pulmonaire de New-York Throat and Nose Hospital; Ancien Assistant du Dettweiller, au Sanatorium de Falkenstein. — Masson et Cie, Paris, 1900 (Deuxième édition).