CENT ANS DE. P H T I S I O LO G I E
Paris, en 1905, vous en rendre compte; on sait comment, en France, de la Méthode du maître de Falkenstein; comment, des sanatoriums allemands, nous prenions soin, en France, de retenir l’esprit bien plus que la lettre; comment, profitant des infinies richesses climatiques, marines et hydrominérales de la Métropole, de la Corse et de l’Algérie, nous pratiquons la cure de sanatorium simple et associée1; comment, de nos sanatoriums, nous prétendons faire des organes d’Education, de Prophylaxie, d’ Assistance et de Thérapeutique antituberculeuses ; comment, a titre éducateur et a titre trérapeu-
Sanatorium de Bligny (commune de Briis-sous-Forges, Seine-et-Oise).
Galerie de cure et pavillon Ouest.
tique, nous faisons, à notre manière, application des moyens auxquels, au delà du Rhin, on continue à recourir a titre économique.
C’est sur ce programme qu’a été conçue, entre autres, et que fonctionne la maison de Bligny — dont les fondateurs ont voulu faire une maison modèle — premier établissement ouvert (190.3) à 120 hommes, par l’Œuvre des Sanatoriums populaires de Paris2.
1. L. Landouzy : Associations thérapeutiques et Tuberculose pulmonaire. Sonder- Abdruck ans dem Bericht uber den Kongress zur Bekampfung de r Tuberculose als Volkskrankheit Berlin, 24 bis, 27 mai, 1899.
2. Compte rendu médical, économique et moral du fonctionnement du sanatorium populaire de Bligny, par les Drs L. Landouzy et L. Guinard, Congrès de Washington 1908 , Section II.
L’une des originalités de celte maison1 — que, Messieurs, vous pouvez voir à votre Exposition - — est de posséder, sous le nom d’AMiCALE de Bligny, organe nouveau (n’existant à ma connaissance nulle part), répondant à une fonction d’assistance nouvelle, une Association des malades et des anciens malades, établissant un centre de relations utiles et de secours. L’Amicale met des « Bourses de santé » temporaires, en nature ou en argent, à la disposition des anciens malades dont les ressources, pour vivre convenablement après leur sortie, menacent d’être insuffisantes2.
Sanatorium de Bligny.
Galerie de cure : vue sur le parc de 85 hectares.
Exactement dans le même esprit que Bligny, fonctionnent nos autres sanatoriums populaires pour adultes, tels, par exemple, les sanatoriums d’Hauteville (Ain), d’Angicourt (Oise), de Montigny (Nord), d’Oissel (près Bouen), de Brévannes (Seine-et-Oise) et de Saint-Feyre (Creuse), etc., ce dernier destiné aux instituteurs et aux institutrices primaires, durement frappés par la tuberculose, chez nous, comme dans beaucoup trop d’autres pays.
1. En octobre prochain, le sanatorium de Bligny se doublera d'un pavillon destiné à 126 femmes.
2. Depuis sa fondation : de 1906 au 30 avril 1908, l’Amicale a réparti entre ses membres une somme de 9.206 francs, sur laquelle les Bourses de santé ont absorbé 7.355 francs.
Entre temps, sous le patronage de S. M. la Reine d’Italie, ouvert par S. M. le Roi Humbert, en personne; sous la présidence du professeur Guido Raccelli, se réunissait, le 25 avril 1900, à Naples, un Congrès contre la tuberculose : importantes y furent les communications, intéressant particulièrement l’évolution, le diagnostic et le traitement delà tuberculose. La délégation allemande était présidée par R. Virchow; la délégation française par O. Lannelongue; la délégation austro-hongroise par von Schrôtter. C’est là que germa, dans l’esprit du professeur de Clinique de Vienne, l’idée d’une permanence internationale de la tuberculose ; idée qui devait grandir et se réaliser bientôt, à Berlin en 1901, sous le vocable de Conférence internationale de la tuberculose.
Cette Conférence , vous vous en souvenez, Messieurs, à Copenhague (26 mai 190^), en changeant d’appellation, prenait le titre d’AssociATiON internationale contre la tuberculose; ceci, afin de bien marquer comment le Comité directeur allemand devenait un centre de ralliement, une fédération mondiale des Associations centrales nationales, qui, rapidement, allaient se créer en Europe, comme dans le Nouveau- Monde.
Cependant, le problème étiologique de la tuberculose préoccupe partout les esprits. Toutes les sources de la phtisie, comme toutes les causes de sa genèse, de sa propagation, sont recherchées. De toutes ces causes, aussi bien les prédisposantes, les favorisantes, les occasionnelles, le procès mondial s’instruit et se plaide.
Médecins, Hygiénistes, dénoncent les inégalités d’impôts tuberculeux payés en nos diverses nations, par les provinces, par les villes, par les armées1. Les Economistes, calculant ce que coûtent, par exemple à la France, et ses endémies et ses épizooties tuberculeuses, estiment
1. C’est ainsi que l’armée française paie à la tuberculose un plus lourd tribut que l’armée allemande. Celle-ci, par une série de mesures dont quelques-uns d'entre nous, depuis plusieurs années, réclament l’application, voit diminuer sa morbidité et sa mortalité tuberculeuses dans l'armée de terre.
« Dans l’armée allemande, disait le Dr Joar, Stabsarzt an der Kaiser Wilhelms-Akadomie, la tuberculose a graduellement diminué d’environ 42 p. 100 pendant les vingt dernières années (de 3,3 p. 1000 à 1,9 p. 1000 des forces effectives). Pendant la môme période, il s’est produit une réduction de 35 p. 100
que la dépense annuelle se chiffre, au bas mot, par plusieurs centaines de millions1!
Les Médecins, comme les Philanthropes, étudient, par contrastes, les singulières différences de morbidité et de mortalité tuberculeuses existant entre les diverses capitales; entre les grandes et les petites villes d’un même pays; entre les divers quartiers, bien ou mal aérés, d’une même ville; suivant les rues ou les maisons sombres ou enso-
(de 2,3 pour 1000 à 1,5 pour 1000 des forces effectives), dans les cas de tuberculose des voies respiratoires et des poumons.
La lutte contre la tuberculose dans l’armée allemande a été engagée d’après les principes suivants :
1° Refus d’accepter les jeunes recrues soupçonnées de tuberculose, quand aux signes positifs de tuberculose viennent s’ajouter l’histoire d’une maladie précédente supposée tuberculeuse (pleurésie) et un physique correspondant (habitus, thorax piriforme, dixième côte flottante), c’est une cause de refus.
2° Si des recrues soupçonnées de tuberculose ont été enrôlées, on les soumet à un examen minutieux par les dernières méthodes diagnostiques (rayons X, réactions sous-cutanées et ophtalmiques à la tuberculine), et, si la tuberculose se révèle, on les renvoie immédiatement dans leurs foyers.
3° Quand une recrue, pendant sa période d’instruction, perd continuellement du poids, on fait un examen soigneux de ses poumons et, dans certains cas, on la tient en observation à l’hôpital.
4° Les soldats tuberculeux sont tenus à l'hôpital jusqu’au moment de leur congé définitif. Si cela est possible, on les soigne dans des salles spéciales pour tuberculeux.
5° Deux autres précautions aident à empêcher la tuberculose, ce sont les mesures préventives contre la poussière et contre les rhumes.
( a ) On combat la poussière en arrosant les planchers des bureaux et des casernes avec une huile qui l’abat (dustless oil, Westrumit).
(b) On prévient les rhumes en endurcissant les hommes au moyen de douches régulières et d’exercice gymnastique à nu, le matin, au lever, et par rétablissement de bains de lumière et de soleil, du moins dans les casernes qui n’offrent aucun moyen de se baigner en plein air.
On évite aussi l’entrée de la tuberculose à la caserne par les familles d’officiers sans brevet, etc. Quand un de ces olficiers désire se marier, il doit fournir un certificat médical constatant l’immunité de sa fiancée.
Les personnes employées à la cantine doivent aussi présenter un certificat médical attestant qu’elles sont exemptes de tuberculose. ( Congrès de Washington , séance du 2 octobre 1908 , section VI.)
1. A propos de ce que peut coûter la tuberculose, le professeur Charles Richmond Henderson, de l’Université de Chicago, disait : « La perte résultant de la tuberculose dans la ville de New-York est de 23 millions de dollars — plus de 115 millions de francs — par an, et aux Etats-Unis de plus de 320 millions de dollars. Et pourtant New-York ne dépense qu’un demi-million de dollars environ pour traiter et prévenir la tuberculose. Toutes les méthodes actuelles pour empêcher cette perte aux Etats-Unis sont entièrement insuffisantes. Le danger est national, le fardeau devrait aussi être national. » {IIe Congrès international contre la tuberculose, Washington : séance du mercredi matin , 30 septembre 1908, section VI.)
leillées; suivant les conditions de vie faites à l’individu, à la famille, aux collectivités, comme aux divers corps de métiers.
A cet égard, pour tous ceux qui ont charge de la santé publique, combien deviennent suggestives les statistiques (1894), qui, enseignant la mortalité par tuberculose, pour mille vivants, être à :