‹ Cent ans de phtisiologie, 1808-1908Chapitre 17 sur 20 · NOMBRE · texte numérisé non relu

NOMBRE

d’habitants

MORTALITE

pour 1000

Paris .

Munich .

Berlin .

Vienne .

Saint-Pétersbourg ....

Varsovie .

Naples .

Manchester .

Londres .

New- York .

Philadelphie .

Chicago .

Alger .

Toulouse .

Marseille .

Bordeaux .

Nantes .

Reims .

Lyon .

Rouen .

Le Havre .

montraient la mortalité, de ville à ville, pouvoir doubler, tripler, presque même quadrupler, comme c’est le cas de Chicago, i3,4 p. 1000; par rapport à Varsovie, 25,7; par rapport à Paris, 4vb; Par rapport au Havre, 50,3, si particulièrement abîmé par l’alcoolisme.

Autres remarques, également suggestives pour Paris. La mortalité moyenne par tuberculose, y étant, annuellement, de 5o pour 10.000; s’élève dans certains quartiers ouvriers pauvres, surpeuplés, tels Javel, Grenelle, Plaisance, les Épinettes, à io4 pour 10.000; tandis qu’elle s’abaisse, dans les quartiers aérés, riches, où s’espacent les hôtels et les maisons confortables : à 20 pour la Madeleine; à 11 pour les Champs-Élysées !

Médecins et Économistes de tous pays, unanimement, nous dénonçons la tuberculose, tenant plus qu’aucune autre maladie, compte de la hiérarchie sociale, frapper — toujours la contagion sous-entendue — surtout les malheureux; se montrer plus dure à l’ouvrier qu’au patron, à l’employé qu’au chef de bureau, au soldat caserné qu’à l’officier, à

l'habitant du taudis qu’à l’homme proprement logé, à l’alcoolique qu’à l’homme sobre, au mercenaire qu’au propriétaire; la phtisie fréquentant surtout chez le monde où l’on pâtit.

C’est que la tuberculose se montre plus fréquente chez les travailleurs vivant en collectivités fermées, dans des ateliers sombres, jamais ensoleillés, non ventilés; comme elle apparaît particulièrement dans les métiers à poussières, par exemple chez les tailleurs de limes, les tailleurs de pierres, les emballeurs, les ouvriers de filatures, les blanchisseurs, etc.

C'est que, décidément, la tuberculose apparaît, dans nos sociétés modernes, être fonction des conditions économiques imposées aux individus, comme aux collectivités.

C’est alors, que, un peu partout, les gouvernants s’émeuvent : chez nous, M. Waldeck-Rousseau, Président du Conseil des Ministres, institue (22 novembre 1899) une Commission extra-parlementaire1 « à l’effet de rechercher les moyens pratiques de combattre la propagation de la tuberculose ».

Les travaux de la Commission2, activement menés, permettaient, dans un lumineux Rapport, au professeur Brouardel, d’envisager le problème de la tuberculose dans son ensemble, et d’indiquer aux pouvoirs publics les règles générales qu'il y avait lieu de suivre dans la lutte contre la tuberculose.

A ce moment, la plupart des pays civilisés — chacun avec leur génie particulier — arrêtent tout un programme de lutte contre la Tuberculose, dénoncée comme le pire fléau des temps modernes. A ce moment, la France travaille sur un plan bien défini qu’elle n’a cessé d'agrandir et de perfectionner.

Comment s’attaquer à la tuberculose? A notre sens, la défense antituberculeuse comprendra deux points de vue distincts et connexes : le Traitement des tuberculeux; la Prévention de la tuberculose.

Traitement et soulagement des tuberculeux : c’est l’OEuvre médicale d’hier et de toujours; œuvre médicale qu’il appartient à la prophylaxie militante de faire moindre pour nos arrière-neveux. Sachant prévenir et empêcher, nos neveux, plus heureux que nous, auront moins de phtisiques à soulager, et moins de tuberculeux à guérir.

1. Président. Jules Siegfried, député, ancien ministre; vice-présidents, professeur Paul Brouardel, et Dislère, président de section au Conseil d’Etat.

2. Cornmission de la Tuberculose. Moyens pratiques pour combattre la propagation de la tuberculose. 1 vol., Paris, Masson et Cie, 1900.

CENT ANS DE P II T I S I O L O GI E

Prévention de la tuberculose : c’est l’œuvre sociale d'aujourd’hui et de demain; œuvre géante.

Quels sont nos moyens de lutte contre le fléau social? Ils sont nombreux : médicaux et sociaux.

Moyens médicaux.

Les Dispensaires. Ce sont des offices sanitaires disposés en grand’gardes, si l’on peut ainsi parler, disséminés partout d’où vient l’ennemi.

La mission du dispensaire est : de dépister, de reconnaître et d’avertir le néotuberculeux; de l’assister chez lui si possible, et cela de toutes façons : subsides alimentaires en nature; prêts de lit, de linge, bons de chauffage; conseils d’hygiène donnés en langage familial; distribution de crachoirs ; désinfection du linge contaminé, rapporté blanchi ; désinfection de la chambre, sous prétexte de la laver et de la blanchir. La mission du dispensaire doit être encore de convoyer certains des reconnus tuberculeux aux sanatoriums, aux hôpitaux de tuberculeux. Les dispensaires antituberculeux, tels que, Messieurs, vous les concevez en Amérique ; tels que les faisait en France le professeur A. Calmette; tel, au centre de Paris, l’Office antituberculeux, Jacques Siegfried et Albert Robin; tel le dispensaire Emile-Loubet, les dispensaires de M. Lalance dans IXe arrondissement; de Mlle Chaptal, à Plaisance; et tant d’autres encore essaimés à Paris et en province, paraissent s’adapter si bien à leurs fonctions de bureaux de Prévoyance, d’Éducation et d’Assistance sanitaires, que, vous vous en souvenez, le dernier Congrès Britannique en votait l’application désirable à la défense antituberculeuse de toutes les villes ouvrières.

Pour excellents que soient les dispensaires, leur tâche est limitée ; aussi s’efforce-t-on de les grouper et de les fédérer, pour qu’ils puissent se doubler d’organes de cure, d’aériums, de colonies de vacances, de sanatoriums.

Le Sanatorium , instrument de cure, est un organe de prompt secours, qui devrait pouvoir s’offrir : aux tout nouvellement atteints; aux gens fléchissants plus que malades, alors qu’ils sont prévenus plus encore que convaincus de tuberculose. \Car, c'est à ceux-là que profitera le plus, d’avoir été immédiatement placés en dehors de toutes les circonstances qui étendraient et continueraient les lésions tuberculeuses fraîchement écloses.

Par le sanatorium (véritable leçon de choses médicales et sociales, trop mal comprise encore, surtout chez nous), on doit se convaincre que si nombre de tuberculeux, dans le peuple, deviennent phtisiques,

en dépit de tant de sommes dépensées par l’Assistance publique et privée; c’est que, maladroitement, trop tard, on applique aux phtisiques ce qu’il aurait fallu, sans marchander, faire pour toute une catégorie de gens alors qu’ils étaient encore plus suspects qu’entachés de tuberculose.

Le sanatorium est destiné à mettre, à la portée du populaire, le meilleur traitement actuel de la tuberculose pulmonaire, dans ses phases de moins difficile curabilité : la cure d’air salubre; la cure de propreté ; la cure de repos physique et moral; la cure d’alimentation rationnelle et, non certes, la suralimentation.

C’est ce traitement que les malades fortunés peuvent chercher hors les villes et qu’ils suivent : soit en cure libre de home-sanatorium, soit en établissement fermé. Ce traitement, qui fut, pendant trop longtemps, accessible seulement aux heureux de la fortune, est aujourd’hui, presque en tous pays, mis par les sanatoriums populaires à la portée des déshérités.

Ainsi compris, le sanatorium, maison de traitement pour tuberculeux curables, constitue un des moyens ayant sa place nettement définie parmi les méthodes thérapeutiques pour poitrinaires guérissables. Sa place est toute marquée dans l’Armement antituberculeux. Ainsi en a jugé le roi Édouard VII, il y a six ans, qui décidait et surveillait, sur le sol britannique, l’édification de plusieurs sanatoriums d’adultes.

Dans la lutte antituberculeuse par le sanatorium, il est souhaitable que les Croix-Rouges des divers pays, s’inspirant de l’exemple de la Croix-Rouge allemande (qui utilise en temps de paix les forces et les ressources en matériel préparées pour la guerre), apprennent à se mobiliser pour les blessés de la tuberculose.

Le troisième moyen médical, dont il faut, en tout pays, apprendre à disposer, est Y hôpital spécial ouvert aux phtisiques, chez lesquels la question de guérison, déjà si difficile, se double de la contagiosité évidente. Aux phtisiques, pareils refuges doivent être grands ouverts, par humanité d’abord, pour qu’ils y reçoivent des soins; ensuite, par intérêt communautaire, pour que, ne contaminant pas leur entourage, les poitrinaires ne perpétuent pas la dissémination de la tuberculose.

Le quatrième moyen de défense, auquel, praticiens, nous recourons, peut être dit médico-social ; car, servant à la fois les intérêts de Prophylaxie et de Cure, il compte parmi les meilleures armes préventives que toutes les nations dirigent contre la tuberculose. Ce moyen, il est fait de toutes les OEuvres qui, prenant en tutelle l’enfant, candidat à la

tuberculose ou déjà suspect, le placent momentanément, ou à long terme, clans telles conditions que le changement de milieu lui assure une vie hygiénique et meilleure.

C’est à cette fonction de Puériculture, d’Hygiène Thérapeutique,, de Médecine Préventive, qu’en France, comme chez vous, Messieurs, comme dans la plupart des nations européennes, que pourvoient les aériums, les colonies rurales, les colonies agricoles, les maisons à la montagne, celles-ci, en 1905, procuraient le bénéfice et la joie de la cure de plein air à 2.3.3 16 de nos enfants.

C’est à cette même fonction de puériculture, que s’applique, en France comme en Angleterre, en Pays Scandinaves, en Belgique, en Italie, l’Assistance Marine qui, chez nous, se donne dans les établissements célèbres de Berck, Saint-Pol, Pen-Bron, Boscoff, Arcachon, Hendaye, Giens, Saint-Trojan, Banyuls, etc. Vous savez que, dans plus de 20 stations échelonnées sur la mer d’émeraude, sur l’Atlantique, comme sur la mer bleue, notre Assistance Marine dispose de plus de 4.000 lits1.

Tout cela, fait en vue de soulager et [de guérir; il fallait recourir aux moyens sociaux; il s’agissait de prévoir et d’empêcher; il s’agissait d’organiser la Prévention de la tuberculose.

Dans toutes les réunions de l’Association Internationale contre la tuberculose, comme dans tous les Congrès, l’importance des moyens sociaux est apparue considérable. C’est que nous serons forts contre le péril commun, le jour seulement où, par l’éducation hygiénique reçue; parles mœurs devenues sanitaires; par les principes desolidarité comprise; nous aurons, avec l’instinct du mal à éviter, la conscience des devoirs à pratiquer envers notre prochain menacé ou atteint de tuberculose, comme nous voulons qu’il les pratique envers nous.

Le premier des moyens sociaux est Yëducalion; le premier en date et en importance, puisque, prenant l’enfant aux impressions naissantes des sens et de l’esprit, il créera chez cet enfant l’instinct et les habitudes hygiéniques : éducation donnée dans toutes les écoles, depuis l’école du village jusqu’aux écoles supérieures, sans oublier la grande école que doit être l’Armée.

1. Nos établissements d’Assistance Marine, comme nos sanatoriums terriens, se trouvent situés, sur la Carte clc L'Armement antituberculeux français (deuxième édition), dressée par les Drs L. Landouzy et G. Sersiron, pour l’Exposition de la Tuberculose de Paris, 1905.

Le maître enseignera ce que doit être la salubrité du lieu dans lequel nous vivons; la propreté et la sobriété, sans lesquelles il n’est de sécurité pour personne. En tous pays, à l’école, on enseignera que les poussières contaminées sont les grandes vectrices de la tuberculose; des milliers de bacilles tuberculeux chaque jour ne sont-ils pas essaimés par les tousseurs, qui, dans la rue, crachent au vent; dans les maisons, crachent sur les parquets et les carrelages !

C’est sur le logement salubre, ensoleillé, aéré, confortable, corpus sanum in domo sana , que vous devrez le plus compter, Messieurs, pour lutter contre le cabaret, contre l’alcoolisme, ce grand pourvoyeur de la tuberculose. Tandis que la sobriété sauvegarde la santé; l’Alcoolisme, agent le plus formidable de faiblesse et de dégénérescence, fait le lit à la tuberculose. C’est par la lutte entreprise contre le taudis, vestibule du cabaret, que chez vous, comme en Angleterre, les Œuvres d’habitation à bon marché, les Logements économiques, les Coopératives de logement, ont déjà tant fait pour l’Hygiène populaire.

En cela, nous profitons des leçons du Royaume-Uni, orientant sur l’Hygiène Sociale sa lutte contre la tuberculose. Les Anglais, par leur législation sanitaire sévèrement exécutée, portant leurs effets : sur l’aménagement des logements et des ateliers ; sur la déclaration des maladies contagieuses, ne voyaient-ils pas leur mortalité, notamment la mortalité tuberculeuse, s’abaisser plus qu’en aucun autre pays de l’Europe !

C’est ainsi, qu’en quinze ans, l’Angleterre dépensait trois milliards : dont partie était employée à la destruction de quartiers et de logements insalubres; partie, aux mesures de désinfection sagement édictées, et, ce qui est mieux encore, rigoureusement appliquées.

Tandis, que partout on s’ingéniait à lutter contre la tuberculose, on comprenait la nécessité de grouper et de coordonner les efforts; de réunir en une véritable fédération sanitaire, les Œuvres, les Fondations et les Ligues antituberculeuses, antialcooliques, les Ligues d’assistance, les Œuvres maternelles, les Œuvres de puériculture, les Œuvres de logements économiques, les Coopératives alimentaires. Cette superbe fédération sanitaire s’est trouvée, en France, réalisée par l’Alliance d’Hygiène Sociale.

Fondée, il y a quatre ans, sous l'égide de Casimir-Perier, à qui succéda M. Léon Bourgeois, l’Alliance d’Hygiène Sociale se donnait pour programme (suivant l’expression de l’ancien Président de la

République) dérégler , coordonner , rassembler les innombrables et généreux efforts faits avant elle ; laissant aux Œuvres , aux Associations , airr Institutions déjà existantes , /car indépendance et leur autonomie ; afin que chacune, par ses moyens éprouvés, pût poursuivre en son particulier le travail de prévention entrepris.

Notre Association centrale française contre la turerculose, présidée par le professeur P. Brouardel, était ralliée, une des premières, sous le drapeau de TAlliance d’Hygiène Sociale.

C’est que, Y Association centrale française contre la tuberculose prête appui scientifique, moral et matériel aux Œuvres, Ligues, Institutions

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