‹ Cent ans de phtisiologie, 1808-1908Chapitre 18 sur 20 · CAMILLE-HIPPOLYTE-PAUL BROUARDEL · texte numérisé non relu

CAMILLE-HIPPOLYTE-PAUL BROUARDEL

PROFESSEUR A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE PARIS PRÉSIDENT DE LASSOCIATION INTERNATIONALE ET DE L'ASSOCIATION CENTRALE FRANÇAISE CONTRE LA TUBERCULOSE

Né, en 1837, à Saint-Quentin (Aisne). Mort, en 1906, à Paris.

d’initiative privée ou d’Etat, qui : par la protection des menacés ; par Y assistance aux malades; par Y hospitalisation des tuberculeux; par V éducation du public orienté dans le sens de la préservation contre la tuberculose , travaillent, en voies parallèles, et par des procédés multiples et divers, à une tâche commune : la lutte antituberculeuse.

Près de cinquante Œuvres nationales, agrégées à notre Association Centrale, prouvent, qu’y sont affiliées toutes les modalités de lutte imaginables; depuis les ligues de propagande; les dispensaires, les préventoriums; les aériums; la Ligue du Coin de Terre et du Foyer; les sanatoriums terriens d’adultes; les sanatoriums marins d’enfants; les

colonies de vacances1; les jardins ouvriers2 (ceux-ci développés chez nous, au point que 6.453 jardins, répartis entre 96 villes procurent la joie de vivre au milieu de parterres, de Heurs et de légumes, que nos ouvriers cultivent au travers de 269 hectares) ; jusqu’aux Œuvres du professeur Grancher : l’Œuvre de Préservation de l’enfance; l’OEuvre de Préservation Scolaire contre la tuberculose.

Entre temps, au Congrès général de Médecine tenu à Paris, durant l’Exposition Universelle et Internationale de 1900, l’idée revenait au Professeur von Schrotter de créer un centre d’études contre la maladie mondiale, cela, « pour rapprocher les nations en une lutte efficace contre la tuberculose, leur ennemi commun; en vue de l’attaque, avec des forces coalisées, du plus grand fléau des peuples ».

L’idée mûrissait par les vues échangées au Congrès britannique antituberculeux de Londres.

Un Comité chargé des travaux d’organisation, et composé de MM. le Directeur au Ministère des Cultes Althotï; du Conseiller intime B. Frankel; du Conseiller intime Gerhardt; du Conseiller intime von Leyden; et du professeur Pannwitz, posait les fondements de l’institution.

L’Association fondée à Berlin s’y réunissait, au commencement d’octobre 1902, en une première Conférence internationale « dans le but de lutter contre la tuberculose :

<x En faisant tout ce qui résulte d’une coopération entre les diverses nations — c’est plus de vingt nations que rattache aujourd’hui à l’Association Internationale chacune de leurs Associations Centrales — plutôt que de l’action de l’une d’elles seule; •

« En faisant, notamment, des études de législation comparée relatives aux lois et règlements sur la tuberculose, et à tous les problèmes d’hygiène sociale qui s’y rattachent;

« En établissant une statistique internationale; des enquêtes sur la propagation de la tuberculose, selon les pays et les races;

1. Colonies de vacances (206 en 1905) comme nos Jardins ouvriers (6.453 en 1905) se trouvent situés , sur deux Cartes, dressées par les Drs L. Landouzy et Sersiron, lors du Congrès international de la Tuberculose, Paris, 1905.

2. Les Villes meurtrières, la Dot agraire , par les Drs A. Guerillon et G. Lancry ; Dunkerque, 1908.

« En faisant, sous le couvert d'une Revue1, connaître toutes les questions concernant la tuberculose des divers pays, etc. »

La gestion de l’Association Internationale contre la Tuberculose assurée à Berlin, par un Comité administrateur (ayant comme président le Professeur Al thoff et comme secrétaire général le Professeur Pannwitz), la haute présidence de l’Association internationale, attribuée à la France,, était remise aux vaillantes mains du Professeur P. Brouardel ; pour, lors de la mort de ce dernier, revenir à notre ancien premier ministre, M. Léon Bourgeois, depuis longtemps, parmi vous, Messieurs, célèbre aussi, comme fervent apôtre de la Solidarité.

Les statuts arrêtés, la Conférence abordait les travaux inscrits à son programme :

i° Une magistrale étude de B. Frankel, de Berlin, sur le développement de la lutte contre la tuberculose, considérée comme maladie populaire, jusqu’à la fondation du Bureau central international;

2° L’hospitalisation des tuberculeux;

3° Les relations entre la tuberculose humaine et animale.

Cette troisième question visait les solutions que pouvaient comporter les propositions défendues, l’année précédente, par R. Koch, au Congrès Britannique pour la préservation de la tuberculose; alors, qu’entre lui et le Professeur Nocard (d’Alfort), s’était élevé un débat, aussi ardent que courtois, dont tout le monde a gardé le souvenir.

A l'illustre bactériologiste de Berlin, concluant « la propagation de la tuberculose, par le lait ou la chair des animaux, étant à peine plus fréquente que la tuberculose héréditaire ; je ne crois pas nécessaire de prendre aucune mesure contre elle » ; — le professeur d’Alfort répondait, par un avertissement aux mères de famille, « de ne jamais donner à leurs enfants du lait sans l’avoir fait bouillir ».

Ce n’est pas seulement sur des expériences de laboratoire que Nocard faisait fond pour croire à la contamination tuberculeuse bovine; c’était aussi sur la Clinique.

Il invoquait l'infection tuberculeuse de confrères vétérinaires blessés — quelques-uns même mourant phtisiques — pour avoir fait l’autopsie

1. Tuberculosis, Bulletin mensuel, paraissant à Berlin, en français, en anglais et en allemand.

Un grand nombre de Revues ( Tuberculosis anglaise , Tuberculosis américaine , Tuberculosis italienne ) et de Journaux, à l’étranger et en France, se consacrent aux études de la Tuberculose: telles, la Revue de la Tuberculose (Pr Bouchard, directeur); la Lutte antituberculeuse des Drs Sersiron et Dumarest; la Tuberculose infantile du Dr Derecq; telle, la Revue internationale de la Tuberculose du D? S. Bernheim, etc.

de vaches tuberculeuses, 11 évoquait le triste souvenir de l’une des fdles du professeur Gosse, de Genève, morte contaminée par du lait provenant de vaches atteintes de mammite tuberculeuse! Il citait enfin, les travaux du grand hygiéniste anglais Thorne-Thorne, prouvant la réalité et la gravité du danger : « depuis cinquante ans, la mortalité tuberculeuse diminuant en Angleterre de 54 p. ioo, la tuberculose abdominale des enfants du premier âge augmentait de 27 p. 100. »

Nous nous attendions bien à ce que, à Berlin, la discussion allait reprendre avec ampleur.

En effel, tandis que le professeur S. Arloing (avec des expériences confirmant celles de 1901) venait défendre l’unité de la tuberculose humaine et animale, menacée par R. Koch et Schütz; Nocard, dénonçant à nouveau le danger du lait bacillifère; substituant à la formule absolue de R. Koch la suivante : « les bovidés sont réfractaires à certaines tuberculoses humaines, tandis qu’ils sont réceptifs pour certaines autres » ; prenait des conclusions d’autant plus importantes qu’elles intéressent la Pédiatrie, l’Hygiène publique, l’Économie rurale, aussi bien qu'une foule d’industries alimentaires :

« La tuberculose des animaux de l’espèce bovine est transmissible à l’homme; c’est surtout en buvant du lait provenant d’une mamelle tuberculeuse, que l’homme peut contracter la tuberculose bovine.

« Le danger est surtout menaçant pour les personnes dont le lait est la nourriture exclusive ou principale, comme les tout jeunes enfants, comme les malades soumis au régime lacté.

« Il y a donc lieu d’éliminer des étables où l’on produit du lait destiné à la vente, au moins toutes les vaches atteintes de mammite tuberculeuse.

« Ôn n’atteindra ce résultat qu’en soumettant les étables à une inspection périodique.

« En attendant que cette inspection soit réalisée, il ne faut pas se lasser de répéter au public, que le moyen le plus simple et le plus sûr de se mettre à l’abri du danger, consiste à faire bouillir le lait avant de le consommer. »

Mêmes conclusions étaient défendues par notre savant collègue Bang, au nom d’expériences dans lesquelles il réussissait à inoculer (par la chambre antérieure de l’œil) trois veaux avec de la matière tuberculeuse humaine. Bang nous apprenait, qu'en complète conformité de ses croyances avec celles de S. Arloing et de Nocard, il avait pu obtenir de la Législation Danoise l’abatage de toutes les

vaches affectées de mammite tuberculeuse. L’exécution de la loi (loi de 1898), ajoutait-il, s’est faite sans difficulté; « le nombre des vaches tuées chaque année a été de 507,592,610, 584, sur un million environ de vaches laitières que possède le Danemark ».

Cependant, allait croissant l’intérêt que, de toutes parts, chez nous, en particulier, on prenait à la question de la tuberculose.

M. Combes, Président du Conseil des ministres, créait, au ministère de l’Intérieur, une Commission permanente de Préservation contre la Tuberculose que, depuis 1902, en dépit de maintes charges d'État, préside effectivement M. Léon Bourgeois.

La Commission travaille avec continuité à l’étude de toutes les questions ressortissant à la tuberculose de l’individu, de la famille et des collectivités : ses discussions sont annuellement relatées dans un Recueil 1 qui témoigne de l’activité qui y est dépensée

Cette Commission, entre autres réformes majeures, a décidé la création de quartiers de tuberculeux dans les hôpitaux généraux, et d'hôpitaux spéciaux pour phtisiques.

En même temps, en dépit que dans toutes nos Sociétés savantes, la tuberculose ne cesse d’être à l’ordre du jour, se crée, à Paris, une jeune Société d’Études scientifiques sur la Tuberculose, où librement se discutent les questions d’actualité tuberculeuse, et d’où sont sortis Mémoires et Rapports remarqués.

Le Congrès Britannique de la tuberculose pour la Préservation de la Phtisie, tenu à Londres, en juillet 1901, sous le patronage de S. M. le roi Edouard VII, et sous la présidence effective du duc de Cambridge, par l’importance des questions, comme par les conséquences pratiques qui en pouvaient découler, — entre autres la Communication que je rappelais tout à l’heure ; — faisait naître la pensée d’élargir encore le cercle de ces réunions, et montrait la nécessité d’études antituberculeuses internationales.

C’est là que le Professeur Brouardel recevait mission du Président Emile Loubet d’inviter les nations à se réunir à Paris; ce fut

1. Recueil des travaux de la Commission permanente de la Préservation contre la Tuberculose. Ministère de l'Intérieur . Direction de l'Assistance et de l'Hygiène publiques .

l'origine du premier Congrès international et de l’Exposition de la Tuberculose de Paris, en 1905.

Ce n’est pas le moment de rappeler le succès de ces premières grandes Assises scientifiques internationales de la Tuberculose. Ce n’est, sans doute, point à moi, qu’il appartient de dire l'importance des travaux produits et l’ampleur des discussions soulevées. Je puis pourtant, en une rapide synthèse, montrer comment les Rapports et les Vœux résumant le travail du premier Congrès international de Phtisiologie, aboutissent à confier à la Loi, à l’Administration publique, à des Œuvres, à des Ligues d’initiative privée, tous les moyens de lutte contre la tuberculose, aussi bien que la Prévention antituberculeuse.

Ces vœux, qui sont comme la mobalité de nos Congrès, jamais comme à Paris, en 1905, n’auront été l’objet d’études aussi approfondies et de discussions aussi averties, que, Messieurs, vous nous avez conviés à venir rouvrir et à prolonger ici.

Ces vœux visaient particulièrement : i° La salubrité du logis, assurée : par des constructions économiques, par des réserves d’air, des amenées de lumière, des mesures de désinfection; par le carnet sanitaire des maisons; par le droit, donné aux autorités publiques, d’exproprier tout immeuble dangereux pour la salubrité des habitants;

20 L’éducation hygiénique générale antituberculeuse et antialcoolique ; en vue de créer les mœurs sanitaires, sans lesquelles les meilleures lois sanitaires, incomprises et mal appliquées, restent lettre morte ;

3° L’éducation d’Hygiène et d’Économie alimentaires1; •

4° L’enseignement ménager quasi obligatoire;

5° L’organisation des préventoriums, des aériums, des dispensaires, des sanatoriums en vue de leur quadruple rôle : Education hygiénique; Information sanitaire; Assistance; Cure;

6° L’orientation de l’Assistance publique vers plus de Prévention et d’Hygiène, contrairement aux errements qui la font s’attarder à soigner les maladies, alors que certaines d’entre elles auraient pu être évitées;

70 L’orientation des Mutualités et des Sociétés de secours vers des applications plus ralionnelles de Prévention ;

1. Voir Tableaux d'éducation alimentaire hygiénique et économique , par L. Landouzy, Henri et Marcel Labbé; Paris, Masson et Gie.

8° La Prophylaxie de la tuberculose dans toutes les collectivités : urbaines, rurales, industrielles; dans l’Armée de terre et de mer, comme dans la Marine marchande;

9° La création, par les pouvoirs publics, de laboratoires outillés en vue du traitement des lupiques trop délaissés dans les campagnes; io° L’Inspection sanitaire des vacheries devenue une réalité ;

1 1° Livraison pour la consommation, dans les établissements publics, des seuls laits pasteurisés, bouillis ou stérilisés; ou des laits crus provenant d’étables dont toutes les vaches seraient tuberculinées;

12° L’indispensabilité de poursuivre la Prophylaxie de la tuberculose bovine en continuant à prendre des mesures contre la propagation possible de cette dernière tuberculose à l’homme;

i3° L'urgence de créer, en dehors des grandes villes, des hôpitaux, où, par des chirurgiens spéciaux, seraient soignés les malades adultes atteints de tuberculose chirurgicale;

i4° La tuberculose se contractant, presque toujours, par le petit enfant, au foyer familial contaminé; la tuberculose de l’adulte étant, le plus souvent, une tuberculose restée latente et méconnue ; la Préservation de l’enfance étant le moyen le plus précieux et le plus efficace de combattre la tuberculose, les mesures de prophylaxie

devant viser, avant tout, la contagion familiale . il y a lieu : de

maintenir la maison en état de salubrité et de propretés parfaites ; de faire bouillir le lait donné à l’enfant; si le foyer familial est contaminé, en éloigner l’enfant aussitôt que possible, en le confiant à des OEuvres conçues sur le plan de YOEuvre de la 'préservation de l'enfance à la campagne (OEuvre Grancher) ; pour assurer la préservation à l’école : y enseigner l’hygiène, y inspecter fréquemment la santé des enfants ; y multiplier les cantines scolaires.

C’est, Messieurs, par pareilles moralités, que se terminaient les premières Assises internationales antituberculeuses, à Paris. Ce même jour, le Dr Flick, Délégué des États-Unis d’Amérique, demandait que le prochain Congrès eût lieu, en 1908, à Washington. A l’appui de cette proposition, vos Délégués Henry Barton-Jacobs, Arnold Klebs, S. A. Knopf, A. J. Magnin et Braman prirent la parole : avec quelle chaleur, vous vous en souvenez; insistant sur l’intérêt majeur international, qu’il y aurait à ouvrir, en Amérique, les secondes Assises de la lutte antituberculeuse. Vous vous rappelez de quelle acclamation unanime fut accueillie la proposition ; vous vous souvenez en quels termes enthousiastes le D1 Beyer, des États-Unis, remerciant

CENT ANS DE PII T I S I O L O GI E

le Congrès de son voie, donnait rendez-vous aux congressistes à Washington !

Les Vœux que vous formuliez, avec nous, déjà en 1902, à Berlin, en i9o3,à Paris; et depuis à Copenhague, à La Haye, et à Vienne; ces Vœux que nos Congrès appuient d’un exposé des motifs, chaque fois plus averti, sont d’importance telle que vous jugerez, comme moi, Messieurs, qu’il suffira presque de les grouper et de les réunir, demain, pour les Aoir former les éléments d’un Code sanitaire, administratif et pénal.

Ce Code qui, virtuellement, existe dans divers pays (particulièrement en Scandinavie), tous les peuples civilisés devraient mettre leur point d’honneur à l’avoir.

Ici, encore, Messieurs, nous vous voyons à l’avant-garde :

par l’Acx récent1 du district de Columbia (qui, ne voulant pas laisser sans sanction sa loi sanitaire de Prophylaxie tuberculeuse) entend punir d’une amende de 25 dollars toute personne qui aura violé « la stipulation d’enregistrer tous les cas de tuberculose observée dans le district » ;

parles Avertissements de votre Département de la Santé de New- York, à qui vous devez, plus rapidement que dans aucune ville du monde, d’obtenir une très notable diminution dans la mortalité tuberculeuse.

C’est que, avec vigueur persuasive, vous appliquez les mesures décisives de déclaration des maladies tuberculeuses, sans laquelle les

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