SUPREMO MAGISTRATO DI SAN I TA' DI N A POLI
IN NAPOLI MDCCLXXXI1.
P R e sso Gennaro Micliacgio Stampatore dell’ Eggell. Citta’ .
marque une date dans l’histoire de la Prévention de la phtisie que parce qu'il nous fixe sur les idées qu’avaient, dans les Espagnes, les médecins et le populaire. L’Edit est curieux encore parce qu’il est fort antérieur à pareille Ordonnance rendue par Philippe IV, roi de Naples, des Siciles et de Jérusalem.
C’est seulement en 1782 que Philippe IV fait, à son de trompes, par les rues et carrefours de Naples, publier les Instructions au Public sur la contagion de la Phtisie , Instructions rédigées par une Commission de membres de la Faculté de médecine napolitaine, parmi lesquels
figurent deux noms illustres, gardés par l’Histoire de la Médecine, ceux de Domertico Cirillo et de Domenico Cotugno.
L’Edit napolitain enjoint aux médecins, aux prêtres et aux gardesmalades de déclarer les phtisiques, malades et décédés, afin que les objets leur ayant, servi soient brûlés, les maisons désinfectées ; sous menace, pour le délinquant, de 100 ducats d’amende, de prison, de galère, ou d’exil du royaume !
Donc, en contrées méridionales : en Espagne, aux Baléares, dans les Romagnes, dans le royaume de Naples, jusque dans notre Provence, on croyait à la contagion : les médecins la professaient; le populaire l'acceptait; par contre, le reste de l’Europe l’ignorait.
On comprend que des édits pareils à ceux de Ferdinand VI d’Espagne et de Philippe IV de Naples aient créé en pays méditerranéens mœurs et coutumes dont, au commencement du siècle dernier, auront à souffrir des gens du nord de l’Europe, même fort éclairés. Témoin l’étonnement et les plaintes de Chateaubriand séjournant à Rome, au commencement du siècle dernier, avec Mme de Beaumont, qui y mourait poitrinaire.
L’auteur des Mémoires (T outre- tombe écrit à Fontanes : << J’ai tiré sur vous une lettre de change. Je suis dans un grand embarras. J’espérais avoir deux mille écus de mes voitures; mais comme, par une loi du temps des Goths, l’éthisie est, à Rome, déclarée maladie contagieuse, et que Mmc de Beaumont est montée deux ou trois fois dans mes équipages, personne ne veut les acheter. »
Mêmes doléances de George Sand1, qui, voyageant avec le compo-
1. « Me voici de retour en France après le plus malheureux essai de voyage qui se puisse imaginer. Au prix de mille peines et de grandes dépenses, nous étions parvenus à nous établir à Majorque, pays magnifique, mais inhospitalier par excellence.
« Au bout d’un mois, le pauvre Chopin tomba plus malade, et nous finies appeler un médecin, deux médecins, trois médecins, tous plus ânes les uns que les autres, et qui allèrent répandre dans l’ile la nouvelle que le malade était poitrinaire au dernier degré. Sur ce, grande épouvante! La phtisie est rare dans ces climats et passe pour contagieuse... le propriétaire de la petite maison que nous avions louée nous mit brusquement à la porte, et voulut nous intenter un procès, pour nous forcer à récrépir sa maison infectée par la contagion.
« Nous nous installâmes dans la Chartreuse de Valdemosa... nous ne pûmes nous procurer de domestiques, personne ne voulant servir un poitrinaire.
« L’humidité de la Chartreuse était telle que nous résolûmes de partir à tout prix, quoique Chopin n’eùt pas la force de se traîner.
« Nous demandâmes un seul, un premier, un dernier service ! une voiture pour le transporter à Palma, où nous voulions nous embarquer. Ce service nous fut refusé, quoique nos amis eussent tous équipage et fortune à l’avenant.
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siteur Chopin « s’en allant de la poitrine », se voit pourchassée de Majorque et molestée à Barcelone.
C’est que, Messieurs, les idées contagionnistes n’avaient pas gagné les pays septentrionaux; au reste, la Faculté de Paris ne les partageait en rien.
Le xvme siècle s’achève sans que la lumière soit faite sur l’Anatomie Pathologique de la phtisie : on continue à interpréter, à disputer plus qu’à regarder. Un grossier humorisme mène les Ecoles, qui devront attendre l’avènement des Bichat, des Corvisart et des Laënnec pour se faire organiciennes.
L’idée de la dépravation du sang (défendue par Morton) en vertu de laquelle « se sépare de la masse des humeurs une matière de mauvaise nature qui, sous forme de petits corps durs, sécrétée particulièrement dans le tissu des poumons, remplit ces organes, les irrite et finit par en amener l’ulcération »; cette idée fait naître, avec la croyance en une diathèse scrofuleuse , l’opinion de la transmissibilité héréditaire de la phtisie, comme des scrofules « qui viennent ailleurs qu’aux poumons ». C’est ainsi qu’apparaît en germe (dans les discussions confuses et les classifications indéfinies dont la consomption pulmonaire est l’objet) la doctrine de la dualité (tuberculose, scrolulose) dont les médecins de ma génération auront connu, tour à tour, la renaissance et le déclin.
Travaillant à débrouiller le chaos dans lequel, en dépit des clartés projetées par Morton, Franck et Sauvages, reste plongée l’Anatomie Pathologique de la phtisie, Baillie en Angleterre et Portai à Paris s’ingénient à fixer la démarcation de la scrofule et de la tuberculose. Baillie et Portai affirment que, sous pareilles dissemblances d’aspect, ne peuvent pas ne pas exister des diversités de maladie.
C’est alors qu’interviennent Bayle et Laënnec : le premier, avec sa
« Il nous fallut faire trois lieues dans des chemins perdus, en birlocho , c’està-dire en brouette.
« En arrivant à Palma, Chopin eut un crachement de sang épouvantable; nous nous embarquâmes, le lendemain, sur l’unique bateau à vapeur de l'ile, qui sert à faire le transport de cochons à Barcelone; aucune autre manière de quitter ce pays maudit.
« Du moment que nous quittions l’auberge à Barcelone, l’hôte voulait nous faire payer le lit où Chopin avait couché, sous prétexte qu’il était infecté, et que la police lui ordonnait de le brûler. »
Voir la Presse Médicale , 11 avril 1903.
description de « la petite masse grise, dure à la coupe » (granulation de Bayle), dont il veut faire le critérium de la tuberculose; le second, avec sa minutieuse analyse des lésions, dont il laissera une si parfaite
RENÉ-THÉOPHILE LAENNEC
Né, en 1781, à Quimper (Finistère). Mort, en 1826, à Iverlouarnec (Finistère)
description que, contre leur exactitude, ne sauront plus tard prévaloir les études histologiques du grand anatomo-pathologiste Virchow.
Il appartiendra à la longue patience, au génie de Laënnec, de réa-
1. Le portrait de Laënnec (copie de celui que possède le musée de Quimper) et son buste, en bronze, comme le magnifique buste en marbre de Broussais, font partie de la collection de la Faculté de Médecine de l’Université de Paris. Je dois à l’obligeance de M. Noé Legrand d'avoir pu donner ici leur reproduction photographique.
liser la synthèse anatomo-clinique de la phtisie pulmonaire, et d’en finir avec les récentes distinctions établies par Bayle entre la phtisie granuleuse et la phtisie tuberculeuse : la première, phtisie granuleuse, dont les granulations transparentes, luisantes, d’apparence cartilagineuse, ne deviennent jamais opaques et ne fondent jamais; la seconde, phtisie tuberculeuse, faite de tubercules, enkystés ou non, miliaires, crus, ramollis ou ulcérés; ces derniers correspondant aux tubercules scrofuleux des phtisiologues du xvme siècle.
Laënnec n’apercevant, dans la diversité de formes des phtisies tuberculeuse et granuleuse, que des différences d’évolution, et non de nature, atteste n’y voir qu’une même espèce morbide. Il proclame l’unité de la phtisie pulmonaire, bien que celle-ci revête des aspects aussi dissemblables que les corpuscules isolés (tubercules miliaires, crus, granulations tuberculeuses et tubercules enkystés); aussi dissemblables que les infiltrations tuberculeuse grise et tuberculeuse jaune.
Pour Laënnec, toutes les lésions de la phtisie sont univoques et originales dans leur essence, une substance unique les constituant, à
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savoir : la matière tuberculeuse, d’abord grise et semi-transparente ; ensuite, jaune et opaque.
Pour Laënnec, il n’existe qu’une seule phtisie, la phtisie tuberculeuse.
Non content d’en tracer de saisissantes et impeccables descriptions nécroscopiques, Laënnec, par l’invention de l’Auscultation, dépistant la germination et l’infiltration des tubercules, donne au Diagnostic et à la Prognose de la phtisie une précocité et une précision telles que,