‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 108 sur 166 · frirf., t. V, p · texte numérisé non relu

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Sharpe, ne s'appuyait guère que sur le Conseil, auquel il aurait voulu conférer le pouvoir exclusif de lever des taxes, sans le concours de Tautre branche législative.

Au contraire, dans les colonies ou la Chambre haute étant élue, comme au Massachusetts par exemple, restait plus libre à l'égard de l'administration métropolitaine, l'harmonie régnait d'ordinaire entre les deux Assemblées. Le gouverneur de la province, Francis Bernard, et le grandjuge Hutchinson se répandaient en doléances à ce sujet dans leurs lettres au ministère britannique. Suivant eux, l'élection annuelle du Conseil était c le ver rongeur de l'organisation gouvernementale » ^ Aussi proposaient-ils de former une haute Assemblée ressemblant à la Chambre des lords, et dont les membres, nommés à vie, auraient le titre de baron ou de baronnet.

L'esprit d'indépendance locale gagnait insensiblement les Conseils coloniaux, même ceux qui, choisispar la couronne, avaient passé jusque-là pour ses instruments dociles. Wentworth, gouverneur du New-Hampshire, se plaignait, dès l'année 1757, que la prérogative royale rencontrât partout le

1. Bancrofl> Hiitoire des États-Unis, t. VIII, p. 175 et 300.

mépris, et que les deux Chambres fussent entièrement composées de républicains.

Il ne faudrait pas prendre à la lettre ces paroles d'un gouverneur mécontent. Sauf quelques nuages passagers, la bonne intelligence entre la métropole et ses possessions d'Amérique ne fut pas sérieusement troublée avant 1761. Les mesures adoptées alors par le parlement d'Angleterre pour faire appliquer rigoureusement les clauses les plus vexatoires de l'acte de navigation et de commerce, suscitèrent un mécontentement très vif; et, quatre années plus tard, en 17G5, le vote de la loi du timbre {stamp ad) marque le commencement du conflit. L'émotion qui agita aussitôt les colonies, avait pour cause moins l'impôt même que le principe mis en question, c Quelle que soit la nature des taxes, disait Samuel Adams, si nous ne participons pas à la représentation législative qui les vote, nous perdons notre caractère de libres sujets du trône pour descendre à la condition misérable d'esclaves. Ce n'est pas seulement au nom des chartes coloniales, c'est par droit de naissance que nous réclamons nos privilèges de citoyens anglaise » Le Massachusetts, persuadé par les

t. Robert Windthrop, Adresses and Speeches, t. III, p. ^3. — James Otis déclara de même qu'à « luutsiget anglais en Amérique r. «0

fières paroles de James Otis et d'Adams, et la Virginie, entraînée par la rude éloquence de Patrick Henry, < le Démosthène des bois », dirigèrent le mouvement de protestation. Neuf colonies sur treize y prirent part, et leurs délégués se réunirent à New-York, dès 1765, pour appuyer les revendications communes.

Quoique les Assemblées démocratiques jouent en cette occasion le principal rôle , les Conseils ne désertent pas la défense des libertés américaines. Le Conseil du Connecticut somme le gouverneur de ne pas trahir, en appliquant la loi du timbre, le serment par lequel il a juré de maintenir les privilèges locaux. Dans le Maryland, les deux Chambres, naguère encore en lutte Tune contre Tautre, sont maintenant d'accord pour résister aux prétentions britanniques. Le Conseil du New-York, nommé pourtant par le roi, conteste au gouverneur Colden le droit de distribuer des timbres, et l'engage unanimement à déclarer qu'il s'abstiendra désormais de le faire.

Vigoureusement combattu jusque dans le parlement d'Angleterre, le stamp act fut retiré en 1766.

appartenaient légitimement tous les privilèges essentiels des citoyens anglais, en vertu du droit commun et des actes du parlement, ainsi que des lois naturelles et divines. » Ihid.

Mais les transports de joie que Gt éclater son rappel^ devaient être de courte durée. Des taxes nouvelles sur le thé, le papier, le verre, etc., furent établies Tannée suivante, et la résistance grandit soudain dans les colonies. Les Conseils s'y associèrent plus ou moins. Quelques-uns toutefois, entre autres celui de la Caroline du Sud, où ne daignaient pas siéger les hommes de mérite, restèrent à la dévotion de la métropole. Celui de la Virginie au contraire, qui formait une véritable aristocratie, embrassa chaudement les intérêts coloniaux: Invité en 1768 i une conférence avec la Chambre, il adhéra aux réclamations concernant les taxes, et se montra plus hardi dans son langage que les démocrates mêmes du Massachusetts.

La plupart des Conseils se distinguaient par une attitude empreinte de modération, de finesse, et de fermeté. Ils savaient côtoyer les limites de l'opposition constitutionnelle et strictement légale, à la grande confusion des légistes anglais, irrités de se voir surpassés par leurs propres disciple, et les guettant au moindre écart, c Les Américains

1. c Le retrait de la loi du timbre fut célébré par de grandes réjouissances à la fois dans les colonies et dans les ports anglais, dont le commerce commençait à se trouver sérieusement compromis. » Bigelow, les États-Unis en 1863, p. 36.

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