CEMT ANS DE RÉPUBLIQUE
gine et d'intérêts n'est pas assez grande pour susciter entre les deux Chambres un antagonisme permanent; elle suffit pour empêcher le dédoublement représentatif d'être une simple superfétation.
Faut-il admettre, comme on Tespérait à la Convention de Philadelphie, que les législatures locales, opérant par sélection, se montrent plus aptes que le suffrage direct à faire des choix judicieux? La question a soulevé maintes controverses. Tocqueville avait cru reconnaître une supériorité notable dans le personnel sénatorial comparé à celui de la Chambre. Il en attribue la principale cause au système d'élection à deux degrés, fort préconisé jadis par Hamilton elles fédéralistes ^ Le sénateur Ben ton prend vivement à partie sur ce point l'illustre auteur de la Démocratie en Amérique^ dont l'opinion semble partagée au contraire par Stuart Mill. D'après Benton, le personnel des deux Assemblées diffère peu, et la suprématie du sénat s'explique naturellement par des causes tout autres que son origine électorale. Ses membres sont en très petit nombre, par conséquent plus dignes et moins passionnés. Ils ont
i. Voir tkt Federalist, p. 467.
ORGANISATION DU SÉNAT. 3i9
occupé pour la plupart d'importants emplois dans les États particuliers, ou figuré parmi l'élite des représentants au Congrès fédéral. Le maniement des affaires publiques, les conditions d'âge et de durée concourent à produire cette maturité du talent et de l'expérience qui place au premier rang le sénat des Etats-Unis ^
Peut-être Benton se laisse-t-il entraîner trop loin par son aversion pour le suffrage à plusieurs degrés, le « suffrage filtré » selon ses propres termes, quand il en conteste absolument l'heureuse influence dans la forme où ce procédé s'applique au recrutement du sénat américain. Si l'éleclion indirecte perd souvent toute valeur, c'est que le mandat impératif en pervertit l'usage. Les opérations du second degré ne sont plus alors qu'un trompe-l'œil. Ainsi, dans la nomination du président des États-Unis par exemple, les délégués des collèges présidentiels ne font qu'obéir passivement aux injonctions péremptoires de leurs commettants du scrutin primaire. Les choses se passent différemment pour la désignation des sénateurs fédéraux. Stuart Mill en indique la raison. Les diverses législatures locales sont in-