Voir story, Commentaries^ t. I, p
33i CENT ANS DE RÉPUBLIQUE.
Ireinle, leur personnalité respective risquerait de disparaître au milieu de ia diversité des opinions individuelles. La règle stricte du régime fédératif voulait que chaque État élût un seul sénateur. L'Amérique aurait eu son sénat des Treize, comme Venise avait son Conseil des Dix; la décision des affaires les plus importantes se fût trouvée remise à une majorité de sept voix. Que le moindre accident survint, un État entier était momentanément privé de toute représentation dans celle des deux Chambres où il est le plus intéressé à ne pas laisser diminuer son influence. En attribuant à chaque État deux sénateurs, on ne dépassait donc pas le minimum extrême, au-dessous duquel il semblait pratiquement impossible de descendre.
Les vingt-six délégués des treize États constituaient à l'origine un corps politique des plus réduits pour une république de cinq ou six millions d'habitants. Ce caractère oligarchique, inoculé à l'un des principaux organes de la démocratie américaine, n'a fait que s'accentuer depuis. Si, par suite de la création successive de vingt-cinq États nouveaux, le sénat compte actuellement soixanteseize membres, le chiffre primitif n'est pas triplé tandis que la population a décuplé. La différence
entre reifectif des deux Chambres est plus grande aussi qu'autrefois : les sénateurs, qui dépassaient sensiblement au début le tiers du nombre des représentants, n'en excèdent guère aujourd'hui le quart. La réunion d'une soixantaine de pei*sonnages choisis répond peu à nos idées habituelles sur les Assemblées représentatives et parlementaires. Ne ressemble-t-elle pas plutôt à une conférence d'ambassadeurs, accrédités par de quasi souverainetés très distinctes, quoique non absolument indépendantes ?
Sous quelque aspect que l'on veuille envisager la Chambre haute, un fait matériel reste indiscutable : la majorité des soixante-seize sénateurs, soit au maximum trente-neuf élus du suffrage indirect et c filtré », possèdent et exercent le droit de tenir en échec les mandataires immédiats de dix millions d'électeurs, d'opposer leur veto aux représentants directs d'un peuple de cinquante millions d'âmes.
C'est au sénat, formant une faible minorité numérique dans le Congrès, qu'appartient le rôle de maintenir la tradition, et d'assurer certaines conditions de stabilité, faute desquelles aucun gouvernement n'est possible. Les constituants américains n'ignoraient pas que le manque de suite dans les