‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 132 sur 166 · CENT ANS DK RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

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senlimenls profonds dans les cœurs, et fait perdre réquilibre à tous les esprits. Chacun des partis était travaillé par des dissensions intestines, et le gouvernement se trouvait divisé contre lui-même. Les républicains du Nord, avides de jouir d*une victoire chèrement payée, traitaient de trahison et de forfaiture la modération du président envers les vaincus. Onze Ëtats du Sud, rattachés par force à rUnion, se voyaient systématiquement refuser le droit d*étre représentés au Congrès fédéral, malgré les protestations de Johnson, tandis que quatre millions de noirs, brusquement transformés en citoyens, et embrigadés sous les ordres de politiciens d'aventure, mettaient au pillage l'administration locale, où ils supplantaient leurs maîtres d'hier. De tous côtés s'engageaient des luttes sanglantes entre les Uniopiistes âpres à la curée et les anciens rebelles, avec lesquels on accusait Johnson de pactiser secrètement. L'assassinat de Lincoln avait consterné la nation entière, en lui montrant que le crime et la violence ne désarment pas plus devant le délégué élu de la souveraineté du peuple que devant les représentants héréditaires du principe monarchique. Et les haines aveugles de parti prétendaient faire retomber la complicité morale de l'attentat sur Johnson lui-même,

c le président de la rébellion », comme le qualifiaient ses ennemis. .

Quant au sénat, siégeant pour juger la cause, il ne comptait guère que des adversaires irréconciliables de la politique présidentielle. C'était la même Assemblée dont la majorité compacte des deux tiers, formée presque depuis le premier jour, et indissoluble jusqu'au dernier, avait donné successivement force de loi à tous les bills repoussés par le veto du pouvoir exécutif. Cette majorité des deux tiers, également indispensable pour rendre un verdict de culpabilité, était donc constituée à l'avance. Il ne lui restait plus qu'à prononcer une condamnation judiciaire sur la même personne et les mêmes actes qu'elle avait tant de fois déjà condamnés politiquement. Johnson n'élait-il pas d'ailleurs accusé d'avoir violé une loi fédérale, votée quelques mois auparavant par méfiance envers lui? Quel grief aux yeux des membres d'une Assemblée parlementaire transformés en juges, qu'un acte revêtant les apparences d'un insolent défi, jeté au parlement tout entier * ! Les passions

1. Le sénat pouvait même se croire plus directement bravé, puisque la loi en question {an act regulaling the tenure of cer* tain civil office$) interdisait au président de révoquer un membre de son cabinet sans le consentement sénatorial. Par surcroît,

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