Voir Mmhall, Vie de Washington, t. T, p. 490 et suTaates
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Cependant les députés hostiles fomentaient une vive agitation dans les masses, à grand renfort de meetings et d'articles de journaux. On exaltait l'orgueil national, en montrant l'Amérique humiliée devant la Grande-Bretagne. Des manifestations publiques s'organisèrent, des députations de citoyens notables se firent, auprès de Washington, les interprètes du mécontentement général, habilement provoqué. Le président défendit avec fermeté sa prérogative et celle du sénat. Répondant aux envoyés de Boston, il remit sévèrement à leur place ces mandataires spontanés du peuple, qui voulaient dicter la loi au gouvernement régulier du pays. € Sans trop présumer de mon propre jugement, disait Washington, je crois avoir pesé surûsamment tous les motifs sur lesquels mon attention a été appelée. La Constitution, d'ailleurs, est mon guide, et je ne me résoudrai jamais à m'en écarter. C'est elle qui a investi l'exécutif du droit de conclure les traités avec l'avis et l'approbation du sénat. La pensée unanime était alors que ces deux pouvoirs ensemble régleraient de sang-froid, après informations scrupuleuses, les principes et les actes destinés à garantir la sécurité de nos relations extérieures. Nul n'admettait assurément que leur opinion raisonnée se subordonnerait à celle
d*autrui. Dans cette conviction, je sais comment il me faut remplir mon devoir, et j'en accepte l'entière responsabilité*. 1
Les lettres intimes de Washington critiquent amèrement la < prétention dérisoire de la Chambre, dont le triomphe aurait ruiné les bases mêmes des institutions. Non seulement, en effet, la clause relative aux traités deviendrait nulle, mais elle serait si absurde, que le ridicule en rejaillirait à la fois sur la Constitution, sur ceux qui l'ont écrite, et sur ceux qui l'ont acceptée. Il faudrait supposer qu'en^ attribuant au président et au sénat plein pouvoir en pareille matière, on avait Tintention de rendre ce pouvoir inutile. Tel serait le résultat inévitable, si la Chambre, révisant à son grë les contrats internationaux conclus^ et ratifiés d'après la loi suprême, pouvait en empêcher l'exécution, au risque d'exposer le pays à des guerres interminables*. »
La Chambre des représentants persista dans ses revendications. Sous couleur d'éclairer sa conscience relativement aux dépenses qu'entraînait le
1. Réponse (lu président Washington aux délégués de Boston, du 28 juillet 1795. Jarcd Sparks, Correspondance et écrits de Washington, t. V, p. 429-430.
2. Lettre confidentielle du président Washington à Edward Carrington, du !•' mai 179C. Ibid., t. VI, p. 36.
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traité de Jay, elle réclama, le 24 mars 1796, communication des pièces diplomatiques échangt;fes avec TAngleterre. La réponse présidentielle fut adressée six jours après sous forme de message. Le chef de l'État commençait par affirmer son désir sincère de rester en bonne intelligence aver chacun des pouvoirs publics; mais il maintenait plus résolument que jamais Tintégrité de sa prérogative et des privilèges sénatoriaux, afin de ne pas créer f un dangereux précédent ».
Fort de la double autorité que lui assuraient sa haute situation actuelle et son titre d'ancien membre de la Convention de Philadelphie, Washington établissait la véritable interprétation constitutionnelle applicable au point en litige. Nul doute, selon lui, n'était possible. Si les constituants avaient désigné le président et le sonat pour exercer de concert le droit de faire les traités, c'est qu'ils entendaient bien qu'aucun autre organe du gouvernement ne s'ingérât dans ces sortes d'affaires. Tout traité, signé et ratifié suivant les règles prescrites, devenait donc obligatoire^ et les représentants étaient tenus de voter les mesures indispensables pour y donner plein effet . Le message se terminait par un refus nettement motivé. € Attendu qu'il est incontestable à mes
yeux que rassentiment de la Chambre n'est nullement nécessaire pour rendre un traité valable; attendu que le traité conclu avec la Grande-Bretagne a été revêtu de toutes les formalités requises, et que les pièces s*y rapportant doivent rester secrètes ; attendu aussi que la bonne administration de rÉtat exige , à mon avis, le ferme maintien des limites assignées aux divers départements du pouvoir; je ne puis satisfaire à votre requête, par respect pour la Constitution et pour les devoirs de ma charge*. >
De son côté, la Chambre riposta, le 7 avril, en appuyant ses réclamations par un ordre du jour énergique, c Ce vote douloureux», dit Kent, fut une véritable violation du droit constitutionnel, dont le président restait le vigilant défenseur'. La persistance du conflit pouvait amener de réels dangers, en provoquant la rupture avec l'Angleterre. Est-ce le sentiment d'une responsabilité aussi grave qui fit reculer l'Opposition? Quoi qu'il en soit, la Chambre finit par céder, et le 29 avril elle passa un bill pour mettre le traité à exécution.
i . Message du président Washington à la Chambre des représenUnts, du 20 mars 1796. Jared Sparks, Corre$ponâa%u et écriU de Wa^ington, t. Vf, p. 142 et suivantes.