‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 144 sur 166 · CENT ANS DB RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

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jourd'hui, hormis ceux qui, profitant de la corruption, ont des raisons spéciales pour ne pas vouloir être persuadés.

Les Américains doivent s*eslimer heureux que les grades militaires du moins échappent à Tingérence parlementaire. Sans cette exception précieuse, la petite armée fédérale aurait-elle pu se préserver de Taction dissolvante de la politique, et mériter les respects unanimes du pays?

Encore les usurpations du sénat peuvent-elles se prévaloir d'une clause constitutionnelle, plus ou moins largement interprétée. La Chambre des représentants a parfaitement su se passer de toute délégation officielle pour intervenir à son tour dans le choix des fonctionnaires, et y prendre une pari fort active. Les règles de parti, beaucoup mieux obéics que la Constitution même, ont créé une organisation extra-légale, très solide et très puissante, dans laquelle le domaine de chacun est exactement défmi. D'après une coutume, érigée en loi, les sénateurs et les députés du parti gouvernant se partagent les nominations pour les États ou les districts qu'ils représentent. Le président ne dispose des emplois fédéraux que dans les États ou les districts dont les sénateurs et les députés appartiennent à l'Opposition. Ces pratiques fâ-

cheuses ont perverti les institutions régulières. Personne, jusqu'ici, n'apercevait les moyens d'y remédier*.

Actuellement, la réforme est à Tordre du jour ; le président Cleveland montre la ferme intention d'y travailler, et déjà, de plusieurs côtés, on s'empresse de déclarer qu'elle est faite. Les peuples jeunes ont l'imagination vive; ils tiennent pour accomplis les changements qu'ils souhaitent, et pour abolis les abus qu'ils voudraient voir disparaître.

Sans doute, le « coup de balai > traditionnel, lors du remplacement d'un parti par l'autre, a pu être évité aux dernières élections présidentielles. Les républicains prévoyants avaient eu l'adresse de s'approprier la plate-forme électorale de leurs adversaires, la réforme administrative, et de dé-

1. « La répression des abus dans Tadministration est très difficile, disait un des plus illustres sénateurs au cours du procès d'André Johnson, depuis Tadoption de cette doctrine nouvelle : que, pour toutes les fonctions ayant un caractère local, le député du district a le droit de désigner le titulaire. » Opinion motivée du sénateur Fessenden. Supplément to the Congressional Globe, 1868. Trial of Andrew Johnson, p. 453. ^ On assure que des livres étaient tenus pour ces étranges marchés, et que « chaque fonctionnaire, chaque employé, môme les portiers des édifices publics étaient inscrits au compte (eharged) des amis influents du pouvoir ». The New YorkrHerald, 17 août 1876.

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créler par différentes mesures législatives une sorte d'inamovibilité des fonctions qu'ils étaient menacés de perdre d'après Fancien usage. Les démocrates vainqueurs ont eu le bon goût de payer la lettre de change tirée sur eux par les républicains en déroute. Ils se sont jugés assez forts pour renoncer au c système des dépouilles », autrement dit à la rftfle universelle et instantanée des cent mille emplois fédéraux, depuis les plus élevés jusqu'aux plus modestes ^ Peul-ètre rajeunira*i-on les vieux abus. Qui oserait en affirmer la disparition définitive?

Dans les États populaires, où l'élection tient lieu de mérite, la stabilité de l'administration et le recrutement hiérarchique des fonctionnaires sont forcément sacrifiés. Il faut soutenir le parti. Sénateurs et députés doivent réchauffer sans cesse le zèle de leurs partisans, et s'assurer une clientèle électorale. De là l'utilité du c patronage», comme disent les Américains pour caractériser cette féodalité démocratique, à degrés de vasselage réciproque en nombre indéfini. Moins que personne, c les patrons » peuvent songer i rompre

t. En effet, depuis ravénement de M. Cleveland, il n*y t core eu, dit-on, que dix mille foncUonnairet réfoquét.

une ligue dans laquelle ils. reçoivent plus qu'ils ne donnent, et dont le public seul paye les frais. En échange d'emplois ne leur coûtant rien à distribuer, ils obtiennent ou conservent le pouvoir et ses profits.

Malgré la formule connue : principleSy not men (des principes et non des hommes), la question éminemment personnelle des fonctionnaires acquiert une importance etcessive, et suscite les plus grosses difficultés. L'intérêt général est subordonné aux exigences impérieuses du patronage, devenu l'affaire urgente. Tous les ressorts du gouvernement sont faussés. Réduit à subir les mauvais choix qu'on lui impose, afin de se ménager l'appui des législateurs, le président ne saurait administrer avec des agents dont il n'est que le chef nominal. Les Assemblées, détournées de leurs devoirs parlementaires*, ne songent qu'à s'immiscer dans le domaine administratif où elles portent Finsubordination et le désordre. La troupe des clients enfin cherche avant tout dans le mandataire qu'elle choisit un dispensateur de places lucratives, c Du haut en

1. Un bon tiers du temps que les membres du Congrès devraient consacrer au travail législatif leur suffit à peine, assuret-on, pour faire face aux sollicitations sans nombre dont ils sont assaillis. Voir the AUantic MorUhly, vol. XL, n*> 237, p. 61; juillet 1877.

bas de Téchelle, depuis le premier magistrat de la n*publique jusqu'aux plus humbles fonctionnaires et aux électeurs eux-mêmes, les emplois civils sont devenus un formidable instrument de corruption senant à l'aire marcher la machine gouvernementale'. >

Tous ces abus, inhérents à l'ensemble du régime, n'empêchent pas le sénat d'être un des maîtres organes du système américain. G*est lui qui apparaît comme la pei*sonnalité vivante des États- Unis, dans le sens propre de cette dénomination, plus politique encore que géographique ; car il représente à la fois la souveraineté particulière des États, et la souveraineté collective de TUnion. Sa supériorité sur la Chambre démocratique est certaine. Le président, pour gouverner, peut se passer plus facilement de l'adhésion des représentants que de Tappui des sénateurs, à cause des attributions executives dont ces derniers sont investis. Sans lagrément du sénat, le président ne peut conclure aucun traité, ni faire aucune nomination aux emplois civils; à la rigueur même, il ne pourrait pas constituer de ministère.

D'après une tradition constante, les premiers

1. The Atlantic Monthly, vol. XL, d° 237, p. 61 ; juillet 1877.

dignitaires de FUnion, les juges de la Cour Suprême, les candidats à la présidence, sont choisis d'ordinaire parmi les membres du sénat. Aussi, tandis que le mandat représentatif est tenu en estime secondaire, le titre de sénateur, plus envié qu'un portefeuille, est entouré d'un grand prestige, et ne le cède dans l'opinion publique qu'à celui de président ou de vice-président des États- Unis.

« Nous sommes les délégués d'États souverains, disait Henry Clay en 1842 dans son discours d'adieu au sénat de Washington. Nos pouvoirs sont plus étendus et plus élevés que ceux des pairs de France ou d'Angleterre. Outre nos attributions législatives et judiciaires, nous possédons l'importante prérogative de ratifier les traités diplomatiques, et de participer, avec l'exécutif, aux nominations administratives. A ces deux derniers points de vue, on peut affirmer que notre sénat repose sur des bases plus larges que les Chambres hautes des divers pays*. > Naguère encore, M. Gladstone, contresignant cet éloge, déclarait que c le sénat américain était la plus remarquable de toutes les combinaisons politiques modernes » ^

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