U CENT A^'S DE RÉPUBLIQUE
s*appuyaient sur ce point de fait que le peuplefédéral n'est qu'une abstraction toute pure. La Constitution ne pouvant être l'œuvre d'un corps politique qui n'existait pas et n'avait jamais existé, les devoirs des citoyens envers le gouvernement, central tiraient uniquement leur origine de la ratification du pacte constitutionnel par l'État particulier. A celui-ci appartenait en conséquence le droit, quand les intérêts de ses habitants étaient en jeu, de fixer définitivement, en sa qualité souveraine, l'étendue des obligations qui ne procédaient que de lui^ Si donc les États jugeaient que le gouvernement de l'Union ne répondait plus à ses fins, ils étaient maîtres de reprendre les pouvoirs qu'ils lui avaient délégués, et de proclamer leur indépendance*.
1 . Voir la lettre de Galhoun exposant la doctrine du droit des États, citée par Von Holst, Verfassung und Demokratie dèr vereinigten Staaten von Amerika. Diisseldorf; 1873. I* partie, p. 407 et suivantes.
2. Voir le discours prononcé par Jefferson Davis, président de la Confédération des États du Sud, le 18 février 1861, jour de son inauguration à Montgomery; cité par Frederick Nolte, Histoire des EtaU'Unit S Amérique depuis les temps les plus reculés jusqu*à nos jours. Paris ; 1879. T. II, p. 247-248. — Les sécessionistet prétendaient bien avoir le droit pour eux : t C*est par un abus
. de langage, disait Jefferson Davis, qu'on a donné à cet état de choses le nom de révolution. »
Dès rorigine, ces deux doctrines, radicalement contradictoires, se trouvèrent en présence, et l'on peut affirmer que la querelle à ce sujet est aussi ancienne que les États-Unis eux-mêmes. D'un côté, le brillant état-major des fédéralistes, et tous ceux qui, depuis Washington jusqu'à Lincoln, ont représenté la grande tradition de l'unité natio-» nale, affirmaient la suprématie incontestable de l'Union. Dans l'autre camp, des champions non moins éminents, tels que Jefferson et Madison, portaient hautement le drapeau de la souveraineté des États particuliers ^ Plus tard, John Calhoun surtout fut le doctrinaire du principe, et l'éloquent défenseur de la cause. C'est au nom de l'autonomie des États, derrière laquelle s'abritaient d'ailleurs des intérêts esclavagistes et économiques, qu'il faillit provoquer dès i8â2 une première scission. Moins de trente ans après, Jefferson Davis, le président de la Confédération du Sud, invoquait le même principe et les mêmes droits pour proclamer la sécession et commencer la guerre civile.
La suprématie fédérale, c'est-à-dire en somme
i. Des tendances à la séparation s'accusent déjà dans les Résoluiionê du Kentucky 10 novembre 1798), rédigées par Jefferson,
la fiction constitutionnelle, venait se heurter contre les privilèges des États, réalité effective et vivante. Que pouvaient dès lors, pour conjurer le conflit, ces quintessences d'abstractions, ces subtilités de la métaphysique politique sur la subordination des pouvoirs et l'échelle des souverainetés ?
Aux théories transcendantes, on se permit d'opposer cet apologue : « Un citoyen est condamné par son État particulier à être pendu s'il ne combat pas pour la sécession, et condamné par le gouvernement fédéral à être également pendu s'il ne combat pas contre la sécession, dit au Sénat M. Green, du Missouri. Quelle pendaison sera la bonne ? La pendaison fédérale à coup sûr, puisque la Constitution des États-Unis prime souverainement toute Constitution locale. Le pendu n'en restera pas moins pendu. Sans doute, mais la légalité est établie ^ >
Le sort des armes a depuis tranché la question de fait en faveur de cette souveraineté fédérale dont l'impuissance apparente donnait alors prise à la
et dans les Rétolutions de la Virginie (24 décembre 1798), rédigées par Madison. Voir plus loin, Chapitre VII, p. 180 et suivantes.
1. The American annual CyclojXKdiat 1861. New York; Appleton. P. 189.
raillerie. Qaant au problème de droit, est-il dédaiiivement résolu? Quel principe doit logiquement l'einporter, celui de Tunité nationale jusqu'àla dictature, ou celui de la souveraineté populaire jusqu'au suicide de la patrie morcelée? Toute république ne reste une et indivisible qu'autant que le peuple le veut, et Von ne s'explique pas en vertu de quelle théorie le peuple souverain de certains États imposerait s£t volonté quand même au peuple d'autres États, également souverain lui aussi. En effet, comme le remarque le prince de Metternich dans ses mémoires, si la souveraineté personnelle'd'un roi peut s'étendre sur plusieurs contrées, différentes par leur administration et leurs lois locales, la souveraineté collective d'un peuple ruine le principe même qui lui sert de base dès qu'elle prétend s'imposer à un autre peuple.
Indépendamment des complications du fédéralisme, le dogme démocratique ne présente pas la netteté idéale qui devait, disait-on, élucider ou résoudre toutes les grandes difficultés des gouvernements humains. Pourquoi l'obéissance à l'autorité populaire, abusive ou injuste, serait-elle plus obligatoire que l'obéissance à la royauté ou à un parlement dans des conditions analogues? La république aurait-elle le privilège de conférer au peuple col-