‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 25 sur 166 · story» Cammmtaries, t. I, p. 229. On entend par électeurs · texte numérisé non relu

story» Cammmtaries, t. I, p. 229. On entend par électeurs

2i CENT ANS DE RÉPUBLIQUE.

neurs et les femmes, beaucoup d'autres habitants, légalement exclus du scrutin, ne furent pas admis à faire connaître leur opinion sur les institutions proposées. Parmi les électeurs mêmes, un grand nombre, ou bien ne donnèrent pas leur adhésion, ou la refusèrent formellement. Ainsi, non seulement Tunanimilé n'est pas en question, mais il ne s'agit plus de la majorité du peuple considéré dans son ensemble. Tout se réduit, en dernière analyse, à une différence quelconque de voix entre deux groupes de votants qui appartiennent l'un et l'autre à une classe d'électeurs plus ou moins restreinte. Lorsque la Constitution de 1787, encore en vigueur aujourd'hui, dut être soumise à l'approbation populaire, la question ne fut pas posée au suffrage direct sous forme de plébiscite. L'opération s'effectua au moyen d'un mécanisme plus compliqué. Dans chacun des États, les électeurs qualifiés, à l'exclusion de tous les autres habitants, nommèrent des délégués à une Convention locale qui reçut le mandat de se prononcer librement, après en avoir délibéré, sur le rejet ou l'adoption du projet élaboré par les constituants de Philadel-

qualiflés ceux qui remplissent certaines condiliouB de fortune, de domicile, de service militaire, etc.

phie. Abstraction faite des diverses catégories de personnes ne jouissant pas du droit de vote, partout, au moment des élections préliminaires pour le €hoix des délégués, se rencontrèrent, en proportion plus ou moins forte, des électeurs du premier degré hostiles au nouveau pacte constitutionnel. Dans le Massachusetts, le New-York et la Virginie, ils formaient même notoirement la majorité. Autant de voix à retrancher du chiffre total des adhésions. Enfin, lors du vote définitif dans les assemblées spécialement élues à cet effet, les majorités furent loin d'être assez compactes pour absorber en quelque sorte dans leur masse les minorités opposantes. Sur les treize Conventions locales, trois seulement (Géorgie, New-Jersey, Delaware) ratifièrent à l'unanimité, et quatre autres à une majorité considérable (Pensylvanie, Gonnecticut, Maryland, et Caroline du Sud). Mais, dans les six dernières, on ^ut grand peine à réunir le quantum de voix stricienient nécessaire à la ratification.

Ce ne fut pas là, d'ailleurs, un fait exceptionnel et isolé dans l'histoire de l'Amérique. « Il n'existe probablement pas un seul des États de l'Union dont la Constitution n'ait été adoptée en dépit de l'opinion et des vœux d'une forte minorité, non pas -d'habitants seulement, mais encore de votants

légalement qualifiés*. » Si l'on veut remonter plus haut encore, la déclaration de Tlndépendance n'eut jamais l'assentiment universel des habitants du pays, et la révolution qui émancipa l'Amérique s'accomplit contrairement aux désirs et malgré la résistance d'une minorité formidable*.

Ces déductions et ces exemples, que le lecteur nous saura gré d'abréger, établissent simplement cette vérité^ incontestable d'ailleurs, que tout pays, si libéral qu'il se prétende, ne compte guère qu'un électeur sur quatre ou cinq habitants. En outre, les abstentions, plus ou moins volontaires, étant toujours assez nombreuses, la moitié plus un des inscrits ou même des votants devant suffire à former la majorité qui fait les choix et prend les décisions de la plus haute importance, il en résulte que le sort de tous est remis à la discrétion d'un citoyen au maximum sur dix ou douze habitants. C'est à ces termes que viennent aboutir la loi du nombre et la théorie du gouvernement de la nation par la nation. Des classes entières n'ont pas concouru à la formation de la majorité ; on n'admet pas que leur acquiescement soit nécessaire, on ne les

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