Voir the North American Review, mars 1879, p
LE DROIT DE SUFFRAGE AUX ÉTATS-UNIS. 5t
plus impérieuse nécessité étant la conciliation générale, on arrivait presque à dire : € Périssent les principes plutôt que TUnion! > Depuis, la crainte de susciter les mêmes périls assura au compromis initial la force de chose jugée.
C'est donc dans les États particuliers qu'il faudrait chercher la véritable doctrine américaine concernant le droit de suffrage. Rien ne gênait, en effet, ces communautés républicaines, également indépendantes et souveraines dans leur sphère d'action. Aucune circonstance étrangère n'entravait ici la volonté du législateur, qui restait libre de s'inspirer des théories abstraites et des conceptions a priori.
Pas plus dans leurs institutions locales que dans le pacte d'Union, les Américains ne sacrifièrent sur ce point aux considérations théoriques. On a déjà vu que les anciens États conservèrent presque entièrement le régime électoral en vigueur avant la séparation. Ceux qui furent organisés ou annexés par la suite se taillèrent une Constitution analogue à celles des colonies primitives, des Treize Vieilles, comme on les appelle familièrement de nos jours. Même dans les États de formation plus récente, où la démocratie coulait à pleins bords, le droit de vote ne semble pas avoir été admis
à titre de loi primordiale. Les ConstitutioDS nouvelles ont pu élargir jusqu'aux dernières limites la base de rélectorat; mais on ne voit pas figurer le droit de suffrage sur la liste plus ou moins longue des droits inaliénables et supérieurs qui s'y trouvent complaisamment énumérés, depuis le droit à la vie et à la liberté, jusqu'au a droit de rechercher et d'obtenir le bonheur » *.
Le problème, abordé par le côté pratique, reçut des solutions diverses, selon la situation matérielle, morale et intellectuelle des différents États, € aucun d'eux ne pouvant affirmer, observe Story, que son système fût exclusivement fondé sur la justice naturelle, absolument conforme à une politique judicieuse, ou le mieux adapté à la sécurité commune »*. De là dans les Constitutions particulières ces nombreuses divergences,
1 . La Constitution de TÉtat d'Ohio débute en ces termes : (( Tous les hommes sont par nature libres et indépendants, et possèdent certains droits inaliénables, tels que la jouissance et la défense delà vie et de la liberté, Tacquisition, la possession et la garantie de la propriété, le droit de rechercher et d^obtenir la sécurité et le bonheur. » Walker, American Law, p. 192. — G* est la paraphrase de la déclaration de l'Indépendance : t Tous les hommes (sauf les esclaves, sans doute) ont reçu du Créateur certains droits inaliénables, au nombre desquels on doit compter la vie, la liberté, et la recherche du bonheur. »