‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 46 sur 166 · TheFederalUt.p · texte numérisé non relu

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toute majorité oppressive. Les conditions délicates, exigées par ce pacte de modération réciproque et de tolérance mutuelle, en montrent, assez la fragilité.

Il est clair, d'ailleurs, que ces combinaisons enchevêtrées, ces partages et ces échanges de pouvoirs ont pour inconvénient inévitable de supprimer la responsabilité en la dispersant. Yaut-ii donc mieux que la majorité soit laissée maîtresse absolue de faire ce qu^elle veut? On voit bien comment elle deviendrait par là plus despotique et plus brutale. Serait-elle plus responsable? Envers qui? Envers elle-même. N*est-ce pas poursuivre une chimère que de prétendre trouver la place quelconque d'une responsabilité effective dans un régime où, le souverain responsable étant tout le moade, l'irresponsabilité universelle semble érigée en principe de gouvernement?

LA CONSTITUTION FÉDÉRALE D'APRËS LES TRAVAUX DE LA CONVENTION DE PHILA- DELPHIE.

€ Tant valent les hommes, tant valent les institutions » est une maxime connue, dont les Américains font grand cas. Rien de plus sensé d'ailleurs. Les succès et les échecs en matière de gouverne- 'ment tiennent, pour une bonne part, au degré d'habileté ou d'inexpérience de chaque nation et de ses guides dans l'adaptation de certaines règles générales à sa situation et à ses coutumes particulières, ainsi qu'à ses intérêts nouveaux. Mais il ne faut pas méconnaître non plus l'influence exercée réciproquement sur les hommes par la nature, la forme et les principes fondamentaux

des institutions. La souveraineté populaire est-elle admise comme point de départ unique, le courant démocratique, découlant alors de la source même du pouvoir, devient presque irrésistible et menace de tout envahir; la moindre tentative, pour en modérer Tintensité périlleuse, prend dans l'opinion publique la couleur d'une attaque subversive dirigée contre l'essence de l'État \

Grâce à son bon tempérament national, l'Amérique se préserva quelque temps des conséquences extrêmes de la théorie. Elle dut aussi beaucoup au savoir-faire et à la sagesse de ceux qui dirigèrent ses premiers pas. Entre le bon sens des hommes et la logique des choses commença aussitôt une lutte dont les péripéties diverses éclairent l'histoire constitutionnelle des États-Unis.

Un savant historien, comparant la France et l'Amérique dans leur travail presque simultané d'organisation gouvernementale, à la fin du siècle dernier, observe que les idées absolues jouèrent un

1. On Ta bien vu en Amérique, où les fédéralistes, tels que Hamilton, John Adams, etc., qui avaient fondé les institutions, et 8*étaient distingués dans la guerre de Tlndépendance, furent qualifiés de monarchistes, et bientôt exclus du pouvoir, parce que, tout en reconnaissant la souveraineté populaire, ils voulaient limiter la démocratie et maintenir la république dans les voies d'une sage modération.

LA i^ONSTITUTION FÉDÉRALE. 115

rôle prépondérant sur 1 es deux rives de l'Atlantique et réglèrent les destinées des deux mondes'. Cette remarque, fort juste si l'on considère les résultats plus ou moins lointains que devait amener le dogme de la souveraineté populaire, ne saurait s'appliquer aux travaux des constituants de Philadelphie. Il y avait bien, dès cette époque, aux États-Unis, une école radicale sur laquelle les abstractions sociales €t politiques des écrivains qui préparèrent la révolution française semblent avoir eu grand empire. Le président Yan Buren a beau prétendre que c le principe de la souveraineté du peuple germa spontanément dans les cei*veaux américains ' », il est permis de penser que l'influence de Rousseau et de ses adeptes favorisa tout au moins le développement des doctrines de la démocratie pure, dont JefFerson, et, après lui, Madison et Jackson se firent les plus ardents promoteurs.

Mais l'engouement partiel, excité aux États- Unis par certaine philosophie déclamatoire du xvm* siècle, fut loin d'y produire les mêmes effets immédiats qu'en France. 4 L'Amérique se guérit à temps de ces rêveries romanesques pour n'en pas

1. Voir Von Holst, Vwfassung und Demokratie, V* partie, p. 26.

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