VIII INTRODUCTION
jamais impossible. Aussi les Américains ont-ils établi leur unité nationale sur un gouvernement de délégation élue, dont les pouvoirs sont déterminés par des règles constitutionnelles, librement consenties.
Sans doute cette république représentative est en même temps fédérale. Le fédéralisme a eiercé et eierce encore aux États-Unis une grande influence, très diversement appréciée; mais aucun empêchement du dehors ne vient y gêner la libre expansion des doctrines, et le développement spontané du système gouvernemental. Quelle nation puissante a bénéficié d'un isolement si complet? Partout ailleurs, sous quelque régime qu'ils aient vécu, les peuples ont subi la pression des pays limitrophes. La démocratie américaine, dans sa marche indépendante, garde la responsabilité entière des institutions créées par sa volonté souveraine, et des changements qu'il lui a plu d'y introduire. Elle n'a pour ainsi dire pas d'histoire internationale; tous les événements accomplis chez elle doivent être mis au compte de ses principes, de ses traditions et de ses mœurs. Même les guerres ou conquêtes des États-Unis, avec leurs beaux faits d'armes, ont pour origine immédiate les intrigues des partis rivaux.
INTRODUCTION. ix
L'intérêt se concentre ici sur les annales domestiques d'un peuple faisant Texpérience républicaine dans un milieu exceptionnellement favorable, à l'abri de toute préoccupation extérieure. Où pourrait-on discerner plus nettement les conditions et les conséquences du gouvernement populaire, ce qu'il promet, ce qu'il donne, et ce qu'il coûte?
N'est-il pas téméraire d'aborder cette étude après l'illustre auteur de la Démocratie en Amériqxie? On a dit de M. de Tocqueville qu'il fut le Christophe Colomb des États-Unis, tant son livre produisit l'eflfet d'une révélation. L'œuvre est vivante, dans ses parties essentielles, et restera un monument intellectuel de notre temps. Mais cinquante ans ont passé depuis son apparition ; de graves changements sont survenus, et la situation s'est singulièrement modifiée. Tocqueville avait vu le point noir de l'esclavage grossir à l'horizon de la république. Pouvait-il prévoir qu'après une lutte fratricide de quatre années, la plus formidable guerre des temps modernes, les esclaves, subitement affranchis d'un Irait de plume, puis investis de la plénitude des droits civils et politiques, opprimeraient la race blanche dans le Sud vaincu, si bien que « TAmérique serait gouvernée par l'Ethiopie > ?