Cité par Curlis, History, t. Il, p
de croire au succès définitif. Plusieurs délégués, Washington entre autres, n'allèrent à Philadelphie qu'après avoir hésité longtemps ^ Quand vint le jour marqué par le Congrès pour l'ouverture des séances, le deuxième lundi de mai 1787, la majorité des États n'étant pas représentée, il fallut .s'ajourner à une date ultérieure. .
Dès le commencement de ses travaux, la Convention se montra aussi divisée que le pays même. Si elle eût compté des membres nombreux, déli« bérant sous les yeux du public, tout porte à penser que sa mission conciliatrice n'aurait abouti qu'à une rupture éclatante. Mais les mandataires des États étaient en fort petit nombre, et ils décidèrent que les débats ne seraient pas divulgués. Le secret d'une réunion restreinte excluait toute crainte personnelle, facilitait les concessions d'opinions sans exiger de sacrifices d'amour-propre, et rendait inutile la déclamation chère aux foules, dont la vraie force réside dans les faiblesses de ceux qui consentent à tout pour leur plaire.
Tocqueville, constatant les progrès de la démocratie, dit A qu'il faut une science politique nou-
' 1. Onze Étais seulement se firent représenter à la Convention de Philadelphie.
velle à un monde tout nouveau ^ >. Certes, les Américains ne reculèrent pas jusqu'à l'imitation maladroite de Tantiquité. Nul d'entre eux n'imagina de tenter la restauration d'une république néo-grecque ou néo-romaine; aucun Héraut de Séchelles transatlantique ne fit rechercher les lois de Minos pour en doter son pays. Mais on s'attendrait vainement à trouver dans les discours de Philadelphie la révélation de théories inconnues, quelque chose comme le nouvel Évangile de la démocratie moderne. Le ton habituel des discussions indique des esprits droits, judicieux^ pourvus du sens exact des possibilités, tenant en méfiance, autant par éducation que par instinct, les réformes radicales et les vastes systèmes, n'abordant que par le côté concret les problèmes du gouvernement, et se gardantpar-dessus tout des utopies démocratiques et des procédés révolutionnaires. La plupart des constituants ne croient pas plus aux découvertes en politique qu'en morale. Combiner des éléments déjà connus, les approprier à la forme républicaine, rester fidèle dans l'ensemble à certaines traditions éprouvées, ainsi qu'aux
1. hetocqaeyîile. De la Démocratie en Amérique, IntroducUoD» p.H.
éternels principes d'ordre et de justice, indispensables aux gouvernements et aux peuples, quels qu'ils soient, tel apparaît dans sa simplicité le programme de Philadelphie.
Loin de vouloir que tout soit nouveau chez eux, les Américains se défendent avec insistance d'être des novateurs. Hamilton s'attache à établir que la Constitution de 1787 offre de frappantes analogies avec les Constitutions préexistantes des divers États de l'Union ^ > Cinquante ans plus tard, alors que le temps écoulé permet de juger l'œuvre froidement, en dehors des préoccupations de la crise constitutionnelle, Story rend le même témoignage : € Ce n'est pas un médiocre titre de gloire pour notre Constitution que d'avoir su prendre, non des théories nouvelles, mais la vérité expérimentale comme base de l'organisation politique des États-Unis". >
Et les principaux éléments de cette organisation même, n'était-ce pas à l'Angleterre que l'Amérique les avait d'abord empruntés? Q\i'(fn se reporte par la pensée à la guerre de l'Indépendance. Elle n'éclate pas sous l'influence de l'esprit révolution-