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naire au sens français du terme. Les chefs du mouyement de 1776 sont des conservateurs attristés, ne se résignant à rompre avec la métropole que par respect pour Fun des principes fondamentaux de la doctrine métropolitaine, le droit de voter l'impôt. C'est aussi la pratique traditionnelle des libertés anglaises qui prépare les colons à résister sur le terrain légal aux prétentions britanniques, et les rend capables d'accomplir avec sang-froid leur c révolution conservatrice >. S'ils se révoltaient contre les abus de pouvoir de l'Angleterre, ils gardaient religieusement la plupart de ses institutions. Plusieurs États maintenaient sans changement appréciable leur gouvernement primitif, qui, pour quelques-uns d'entre eux, se perpétua de longues années*. On s'en tenait même aux anciens termes, parmi lesquels celui de gouverneur sert encore à désigner aujourd'hui le chef du pouvoir exécutif dans les États particuliers. Nul ne songeait à proscrire ces dénominations consacrées, sous prétexte qu'elles rappelaient c les suppôts de la tyrannie >. Les plus ardents répu-
1. Ea 1818, TÉtat de Gonnecticut était encore régi par sa charte coloniale, remontant au roi Charles II. Le Rhode-Island conserva jusqu'en 1842 son gouvernement primitif.
LA CONSTITUTION FÉDÉRALE. i3&
blicains se ralliaient à cette sage méthode. Dans sa fameuse brochure, le Sens communy dont le titre est à lui seul un symptôme, Thomas Paine félicitait vivement ses compatriotes des faveurs de la Providence, qui leur accordait l'occasion dase former un système gouvernemental réunissant à son avis € tout ce que la Constitution britannique offrait d'excellent en dehors de la royauté' >.
Les mêmes idées triomphèrent à la Convention de 1787. Pour la deuxième fois en dix ans, les Anglo-Saxons d'Amérique affirmèrent leur volonté réfléchie de conserver tout ce qu'il était possible des institutions anglaises, vénérées dès longtemps chez eux, où quelques esprits supérieurs les regardaient comme c la plus haute expression de la sagesse des hommes* >. Actuellement, les Amé* ricains du parti avancé se plaignent que leur république soit restée trop fidèle aux enseignements de la mère patrie^ Les autres s'en applaudis-
1. Charles Botta. Histoire de la guerre de V Indépendance de$ États-Unis d'Amérique, traduction française. Paris, 1812-1813, t II, p. 354.
2. Cette opinion de John Adams était partagée par Hamilton et la plupart des fédéralistes. Voir Van puren, Political parties^ p. 30 et suivantes.
3. M. Moncure Gonway, citant Tauteur allemand Karl Blind, déplore avec lui que a la république américaine garde trop le»
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senl^ Éloges et critiques montrent également que les traditions héréditaires du selfgovemment britannique et des libertés provinciales furent les guides politiques des États-Unis. C'est encore vers € les cousins d'Angleterre > que certains réformateurs ne peuvent s'empêcher aujourd'hui de tourner les yeux. Ne prêchent-ils pas le retour aux règles du régime parlementaire pur et de la responsabilité ministérielle'?
En même temps» la Convention sut profiter de l'expérience acquise, et s'attacha surtout à corriger les défauts et à combler les lacunes d'un premier essai malheureux de gouvernement. Il n'existait pas de département exécutif sous la Confédération, et le triste spectacle de la faiblesse et du discrédit, dans lesquels était bientôt tombée l'autorité nationale, avait cruellement démontré les dangers d'un tel système. S'inspirant de ce qui se
traces des institulions monarchiques ». Moncure D. Gonway, liepV" blican Superstitions, as illustrated in the political History of America, London, 1872, p. 98.
1. ff Notre Conslitution contient tout ce qui est utile et précieux dans la Constitution et les lois de TAngleterre. t Discours do M. Bingham, commissaire de la Chambre des représentants dans le procès du président Johnson, en 1868. Supplément ofthe Congressional Globe, 1868, p. 405.
t. Voir, entre autres, Woodrow Wilson, Congressional Govem^ ment, a study in American Politics. Boston, 1885, passim.
pratiquait tout près d'eux, les constituants confièrent le pouvoir exécutif fédéral à un président, qui devait exercer dans l'Union entière des prérogatives correspondant à celles du gouverneur dans la sphère plus restreinte de l'État particulier.
Pareille méthode détermina l'organisation du pouvoir législatif. Dès longtemps, les habitudes traditionnelles des colons leur avaient fait adopter presque partout le partage de la représentation locale en deux Chambres, d'origine et d'attributions distinctes, comme l'une des garanties les plus efficaces de la liberté. Les Américains dérogèrent provisoirement à cette coutume, lors de la lutte contre l'Angleterre, en créant un Congrès formé d'une Chambre unique. Mais c'était moins une assemblée législative proprement dite qu'une sorte de conseil diplomatique, ou siégeaient les délégués des Etats, chargés d'urgence de pourvoir à la défense commune. D'ailleurs, l'épreuve avait mal réussi. Les constituants revinrent donc à la tradition en instituant à côté de la Chambre un Sénat, dont l'analogue se rencontrait déjà dans la plupart des États particuliers, même durant la période coloniale ^