‹ Cent ans de république aux États-UnisChapitre 90 sur 166 · Voir plus haut, chapitre iv, p · texte numérisé non relu

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ver lu de règles communes, nomme un comité de conférence peu nombreux, composé souvent de trois membres, dont Tun appartient toujours à la minorité ; celle-ci, suivant Tusage américain, se trouve donc encore jouer un rôle notable, et peut départager les voix. Les commissaires se réunissent, cherchent un terrain de conciliation à l'aide de concessions réciproques, et formulent les termes du compromis proposé, dans un rapport auquel son( attachés des privilèges exceptionnels. Présenté et mis en discussion toute afiaire cessante, ce rapport doit être accepté ou rejeté tel quel, sans amendement. Est-il repoussé, le règlement permet de recourir à une nouvelle conférence, sous les mêmes conditions ^ Parfois ces expédients échouent, et le dissentiment persiste assez pour retarder l'adoption de lois utiles, ou entraver le gouvernement dans sa marche. San»se dissimuler la gravité de semblables inconvénients, faut-il méconnaître que le système des deux Chambres, avec ses complications et ses crises passagères, apporte des tempéraments de premier ordre à Tomnipotence périlleuse des majorités démocratiques ? C'est là le

1. Voir Luther Stearns Cushingi Eléments of ihe Law and Practiee of legiilative Assetnblies in Ihe United States of Ame'rica. Boston, 1866, p. 877 et suivantes.

résullat essentiel. Les Américains se résignent au moindre mal; leur ambition consiste moins à supprimer qu'à limiter une imperfection, au besoin par plusieurs autres.

Si les efforts tentés pour fixer des bornes à l'autorité des législateurs s'appliquaient exclusivement au Congrès des États-Unis, on pourrait y voir une simple manifestation des instincts d'autonomie provinciale, tendant à restreindre, dans le domaine législatif comme dans tous les autres, l'action du pouvoir central. D'ailleurs, les lois concernant les intérêts généraux de l'Union font seules partie des attributions du Congrès, dont l'influence sur le pays, principalement en matière fiscale^ne s'exerce que de haut et de loin; car les plus importantes ressources du budget fédéral sont les recettes de la douane. Au contraire, les diverses Assemblées d'États agissent immédiatement sur les citoyens, et atteignent directement les contribuables par le vote de dépenses et d'impôts de toutes sortes. Chaque législature locale accomplit la presque totalité du travail incombant aux Chambres d'une République indépendante, qui aurait par surcroît le rare avantage d'être affranchie des charges militaires et de la responsabilité des relations extérieures, au double point de vue commercial et

L tu CENT ANS DE RÉPUBLIQUE.

[ diplomatique. Or ce sont précisément les légis-

; latures locales qui inspirent en Amérique la plus

vive méfiance. < Leur convocation, même dans les États riches et peuplés, est attendue avec effroi; leur prorogation est accueillie avec un soupir de soulagement et de délivrance par ceux qui payent rimpôt sans se mêler aux intrigues politiques. Chaque année, la presse entière est Tinterprète fidèle de ces sentiments*. »

< Lorsque la législature aborde un sujet quelconque, touchant à de nombreux et graves intérêts, tout le monde s'alarme aussitôt, écrivait naguère un journal de New-York. L'espoir universel est que le gouverneur ou un comité extraparlementaire sera saisi de la question... Ce que le public désire et réclame d'abord, c'est que nos représentants ne se fatiguent pas à soutenir des discussions stériles, ni à se réunir en comités, mais qu'ils adoptent purement et simplement les vues du gouverneur, remettent l'affaire entre ses mains, et retournent dans leurs familles '. »

1. The Norlh American Review, août 1883, p. 158. — Quatre ans auparavant, H. Hare, membre distingué du barreau, exprimait exactement les mêmes idées dans une conférence publique à Philadelphie. Discours cité par The Nation, de New York, 13 mai 1880, p. 360.

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