‹ Cent fleurs de mon herbier [microforme]Chapitre 53 sur 77 · LE ROSIER ET L'EGLANTIER · texte numérisé non relu

LE ROSIER ET L'EGLANTIER

Famille des rosicées, — Rose brillante, Kosa lucida. — Arbrisseau de 1 à 3 pieds. Fleurs assez grandes, d'un rouge pâle. Rosier rouillé, Rosa rubiyinosa. — Fleurs s0litaires, rosée, odorantes, {(PROVANCHEIR.)

Gai lon la, gai Le rosier, Du joli mois de mai, (Chanson canadienne).

bien que ce refrain soit très populaire parmi nous, il n'en reste pas moins vrai qu'en ce pays, la plupart des rosiers ne fleurissent qu'au mois de juin. Mais le refrain n'a pas tout à fait tort, car lorsque le printemps est hätif, il arrive qu'on voit la rose épanouie à la fin de mai.

Il en est de même en France, s'il faut en croire Alphonse Karr, puisqu'il écrit dans son volume, “ Les Fleurs”: ‘Chez presque tous nos anciens poètes, on voit donner au mois de mai le nom de mois des roses. Cette erreur provient de ce que très longtemps on a pris chez les Grecs et les Latins des images toutes faites, et que nos premiers trouvères étaient du midi de la France. En réalité, pour presque toute la France, le mois des roses est le mois de juin. ”

Nos espèces indigènes ne sont pas très nombreuses, ni bien variées en couleurs. La flore canadienne nomme la rose brillante, la rose de la Caroline, la rose agréable, et l'on peut ajouter le rosier rouillé où églantier (rosa rubiginosa). La couleur des co-

rolles varie du r ile au roue foncé

n na À 11 re du rose pâle au rouse foncé. Elles n'en

sont pas moins belles. Peut-il en être autrement ? quand on dit rose on dit beauté, et la plus humble

La rose agréable.

comme la plus coquette a droit à notre admiration, car elle reste la fleur par excellence en tous pays. Elle

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a Sa place prépondérante dans toutes les littératures, à toutes les époques. Une des plus délicieuses poésies de l’aurore de la langue française est celle de Ronsard qui commence ainsi :

Mignonne, allons voir si la Rose Qui ce matin 2vait desclose

Sa robe de pourpre au soleil, N'a point perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée

Et son teint au vôtre pareil...

Malherbe lui doit peut-être sa popularité. Bien des gens ne savent de lui dire que ces deux vers :

Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d’un matin,

Mais passons, il faudrait une vie entière pour faire

une anthologie complète de la rose. (C'ontentonsnous de glaner ici. Nos chansons populaires lui font très souvent allusion. Vous savez tous ces couplets :

J'ai perdu ma maîtresse Sans l'avoir mérité, Pour un bouquet de roses Que je lui refusai.

(A la claire fontaine).

J’ai cueilli la belle rose Qui pendait au rosier blanc, La belle rose...

Entrez en danse, joli rosier...

C'était une frégate,

Mon joli cœur de rose, Dans la mer a touché, Joli cœur de rosier... ete,

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Les peintres l’ont placée dans tous les lieux enchanteurs, les saints l’ont mise dans les plus belles litanies, des partis politiques l’ont choisie pour emblême, et les horticulteurs l’ont torturée de toutes

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Rosier rouillé ou Eglantier odorant.

façons pour en obtenir de toutes les nuances et de toutes Les formes. C'est au point qu’Alphonse Karr, qu'il faut toujours citer en parlant des fleurs, prétend qu'un petit jardin doit avoir au moins cent

belles sortes de roses. Vous voyez qu'il est modeste.

Nous ne nous attarderons pas à vous répéter son histoire, ni à vous en faire la description. Nous allons nous borner à reproduire une sorte de poème en prose de notre iliustre botaniste Provancher parce qu’il n'est pas coutumier du fait, et que ce morceau est trop peu connu, lisez bien :

“Aucune fleur, de l’aveu de tous, n'a été plus anciennement remarquée et n’a plus généralement excité l’admiration que la Rose. Ne peut-on pas dire qu'elle réunit à elle seule tous les genres d'agrément ? Grâce dans la forme, richesse et variété dans la couleur, symétrie dans l’arrangement des diverses pièces qui la composent, parfum des plus suaves ; elle conserve encore, même dans ses nuances les plus prononcées, une fraîcheur de coloris qui dénote toute la délicatesse de sa texture. Un tel joyau ne devrait certainement pas être à la portée de la main la plus légère et la plus inconsidérée, aussi l’auteur de la nature a-t-il pourvu sagement à sa protection en l’entourant d'aiguillons redoutables. Eh! certes, il ne manque pas de Vénus dont la blanche main a plus d’une fois maculé d’une tache plus foncée la brillante corolle de la Rose qu’elle voulait cueillir.

<Emblême de la vertu et de la fragilité, nous la voyons d’un côté, non encore épanouie sur la tête des vierges ; de l’autre, effeuillée, sur la sombre pierre tumulaire de la jeunesse. Reine des fleurs, la Rose est le symbole du plaisir et du bomheur, la récompense de la vertu, le signe de ralliement des parties: la fleur de nos cérémonies religieuses, qui, autrefois, servait aussi à tresser les couronnes des grands sacrificateurs.

Après cette page, il ne nous reste plus qu’à nous effacer, ce que nous faisous en vous rappelant ce quatrain d’un auteur connu (Alphonse Karr) :

De leur meilleur côté tâchons de voir les choses,

Vous vous plaignez de voir les rosiers épineux,

Moi je me réjouis et rends grâces aux dieux Que les épines aient des roses.

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