hoc. cit., 130, p
Avant de publier l'ouvrage, dont nous nous occuperons dans ce chapitre, Michel Febvre, de retour en Europe, composa en italien un traité intitulé '.L'état présent de laTurquie, qu'il traduisit en français, en 1675 ; l'ouvrage fut également traduit en allemand et en espagnol. Dans l'intéressante épître dédicatoire au Roy, on y lit :
Sire, la Turquie qui a toujours considéré Votre Majesté, comme le futur conquérant de ses terres, réveille aujourd'hui ses espérances au bruit de vos conquêtes en Europe, qu'elle envisage comme un acheminement à celles que vos armes, toujours victorieuses et triomphantes, doivent remporter un jour sur elle dans l'Orient, avec beaucoup plus de gloire quoy qu'avec moins d'obstacles. Pour ceteffet elle se présente dans cette relation aux yeux de Votre Majesté pour luy faire voir le misérable état où elle se trouve à présent réduite, la disposition de ses peuples à vous recevoir comme leur libérateur, l'aversion qu'ils portent tous au Tyran qui les gouverne, son impuissance, ses injustices, les moyens faciles et assurez qu'on doit tenir pour les subjuguer et que 1 on doit faire pour se conserver son pays après la conquête qu'on en aura faite.
Certes le Père Capucin exagérait tant soit peu, lorsqu'il prétendait que la Turquie elle-même attendait avec allégresse la France libératrice.
1. En religion le Père Justinien, né à Neuvy, près de Tours, était entré dans l'Ordre des Capucins et avait été envoyé dans le Levant; il habita Alep pendant dix-huit ans et parlait, couramment le turc, l'arménien, l'arabe et le kurde. (A. Fribourg, Un partage de la Turquie au xvu» siècle, dans L'Opinion du 23 novembre 1912.)
Djuvara. 15
Son appel n'ayant pas eu d'écho, Michel Febvre publia en 1682, son second ouvrage que nous nous proposons d'étudier plus en détail, intitulé : Théâtre de la Turquie, traduit de l'italien en françois par son auteur lui-même le sieur Michel Febvre, avec privilège du Roy1.
Le volume est dédié à Monseigneur Louvois, Chancelier des Ordres de Sa Majesté' et Ministre d'Etat, auquel Fauteur fait l'appel qui suit pour mettre fin à la domination ottomane :
Votre Excellence reconnaistra les causes et les sources de ces déplorables accidens et les moyens très-iniques avec lesquels la Puissance ottomane s'est maintenue jusqu'à présent parmy tant de désordres de son Estât et ceux dont on pourroit se servir pour la détruire et rétablir la religion chrestienne dans les pays d'où elle s'est communiquée au nostre. Votre zèle, Monseigneur, pour la gloire de Dieu et le crédit que £vous avez auprès du Roy, peuvent beaucoup contribuer à ce grand exploit et à cette glorieuse
conqueste réservée à notre invisible monarque En un mot
c'est le sentiment presque universel de tous les peuples, que la seule France, aujourd'hui la plus florissante de toutes les monarchies, est en estât, sous votre Ministère, d'humilier l'orgueil des ottomans.
Ainsi l'auteur revient aux projets d'antan, basés seulement sur la foi, qui doit rassembler tous les fidèles contre les infidèles. Le Père Justinien fait même montre de quelque naïveté, lorsque, à l'art. 2 du ch. xxx, s'occupant de ce qu'il faudroit faire pour gagner ces Nations, les empêcher de nous nuire et les attirer à notre rit, il propose : i° d'empêcher le port d'armes chez toutes ces nations ; 2° de mettre à la tête de toutes les provinces un Gouverneur français. Mais il néglige de nous expliquer la manière dont il s'y prendrait pour faire accepter par ces nations un Gouverneur étranger, ni surtout quelles seraient les suites pratiques