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Quelques jours après, le 30 août 1772, le Roi de Prusse écrit de nouveau au comte Solms. Pour la première fois nous voyons apparaître l'idée d'une entente que l'Autriche vou* drait établir avec la Russie pour chasser complètement les Turcs de l'Europe; dans ce but l'Empereur Joseph II était disposé à abandonner la Valachie et la Moldavie à la Russie, à condition d'obtenir la Hongrie. Voici cette lettre très intéressante :
Il y a quelques jours que j'ai vu à Neisse le comte Dietrichsteïn, qui, à ce que je crois, y a été envoyé pour me sonder. Voici ce que j'ai pu combiner de toutes les choses qu'il m'a dites. Je vois clairement que l'Empereur et Lascy ne sont pas contents de ce bout de la Pologne qu'ils obtiennent. Ils voudraient chasser les Turcs de l'Europe, s'approprier toute la partie de la Hongrie qui se trouve à la rive gauche du Danube. Ils seraient bien aises, pour cet effet, de voir les conférences de Foksiany rompues, pour seconder les Russes à expulser les Turcs de l'Europe ; et dans ce cas ils consentiraient, peut-être, à laisser aux premiers la Moldavie et la Valachie. Je crois qu'ils auraient bien envie de se liguer pour cet objet avec la Russie... Je me suis contenté d'entendre tranquillement tout ce qu'on m'a dit et j'ai répondu que tout cela était des choses possibles, qui pourraient s'exécuter, si l'on voulait s'entendre et agir de bonne foi, mais qu'il fallait au préalable consulter l'Impératrice de Russie sur tous ces articles... En tout cas on peut compter sur ces nouvelles-ci qui sont authentiques et ce qui m'a fait le plus de plaisir dans ces ouvertures, c'est que le comte de Dietrichstein n'a pu en aucune manière dissimuler la mauvaise intelligence et la défiance qui règne actuellement entre sa Cour et celle de Versailles 1.
Nous verrons, à la fin de ce chapitre, que la mésintelligence entre la France et FAutriche, dont parle Frédéric-le- Grand, fut une des causes déterminantes qui empêchèrent Joseph II de mettre son projet en exécution.
Sur la proposition de l'Autriche de chasser les Turcs d l'Europe, la Russie fut vite d'accord. Dès qu'on lui avait fait part du projet Lynar, le comte Panin avait répondu :