Corr. du comte de Mercy-Argenteau, II, lettre VII
fiant d'elles mutuellement; l'avis de M. de Lauzun me confirme dans ma pensée. Pour ce qui est de l'invasion que les troupes de l'Empereur ont faite dans l'état de Venise, je n'y vois nulle raison ; mais la loi du plus tort est toujours la meilleure; elle dénote bien le caractère ambitieux et despote de l'Empereur, dont il ne s'est pas caché au baron de Breteuil. Il faut croire qu'il a su fasciner absolument les yeux de sa mère, car toutes ces usurpations n'étaient pas de son goût et elle l'avait bien déclaré au commencement l.
Nous verrons tout à l'heure qu'après la mort de Marie- Thérèse (1780), Catherine II recommença à intriguer contre les Turcs auprès de Joseph II. Elle insistait même à Versailles dans le même sens : « L'Impératrice sollicitoit vivement le Ministre de France d'engager sa cour à se joindre à elle pour démembrer l'Empire ottoman. Pour prix de ce service, elle offrait de céder à la France la possession de l'Egypte, dont elle croyait la conquête assurée2. »
Le 30 mai 1780, Catherine II et Joseph II se rencontrèrent à Mohilew, où ils discutèrent longuement le partage de la Turquie. Castera nous apprend qu'ils « eurent plusieurs entretiens secrets, dans lesquels ils se promirent d'attaquer ensemble les Ottomans, de se partager une partie de leurs dépouilles et de rétablir les anciennes républiques grecques... Un traité signé quelque temps après à Tzarskoe-Selo confirma ces différentes promesses3. »
Catherine II, pour disposer seule de l'Orient, essaya de pousser Joseph II vers l'Italie; voici ce que l'Empereur écrivait à sa mère, à ce sujet, de Mohilew même, le 8 juin 1780 :
1. Archives Nationales de France, K. 164, dans : Corr. de Mercy* Argenteau, II, p. 292.