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PROJET DE FRANÇOIS Ier, ROI DE FRANCE 61
Dans les instructions que François Ier donne au sire de Boisy, Grand Maître de France, son négociateur à Cambrai, le Roi avoue qu'il se contenterait de la conquête de la Grèce et prévoit même comment elle devait être partagée entre les Princes : « La première ouverture sera sur le faict de Grèce de la conquester à communs despens et partir par esgalles portions... Et de là pourront aller plus advant, selon que la fortune leur dira, et conquester la Terre-Sainte l. »
Mais comme on le sait, François Ier changea de politique. Le "Roi inaugura son système d'alliance avec les Turcs, système suivi par ses successeurs, pour combattre l'Espagne et la maison d'Autriche. Dès 1553, Giovanni Capello, Ambassadeur de Venise jugeait ainsi l'attitude de la France: «Tien Sua Maesta Cristianissima amicizia col principe de' Turchi non per altro che per abassare le forze dell' Imperatore2. »
i.lb., p. 22.
2. Tommaseo. Relations des Amb. vén. sur les affaires de Fr. au XV* siècle, t. 1, p. 380. Le 21 oct. 1529, Gh. dePoupetde la Chaux et Guil. des Barres, Ambassadeurs en France écrivient à l'Empereur qu'ils ont demandé à François Ier « quelque bonne somme de deniers pour soustenir, en attendant le grant secours que tous les princes chrétiens par ensemble lui pourront faire » et rapportent que François Ier « avoit merveilleux désir de secourir » le frère de l'Empereur contre le Turc (Le Glav. Nég. dipl. entre la Fr. et l'Autr., Paris, 1845, t. II, p. 713 et 719).
[PROJET DE MAXIMILIEN Ier *
Nous avons vu que le Pape Léon X s'était adressé à Maximilien Ier pour l'engager à s'unir aux autres Princes chrétiens contre les Turcs.
L'Empereur était déjà pénétré de ce beau projet : il en avait été question dans le traité signé à Trente, le 13 octobre 1501, entre l'Empereur et Louis XII 2; Maximilien en parle le 14 février 1513, dans sa lettre d'Anvers, adressée aux Etats Généraux assemblés à Malines : « Avec Tayde des autres rois et princes chrétiens, entendons brief de faire et accomplir nostre saint et louable voyiage sur les Turcs3. » En publiant cette lettre, l'historien belge Gachard ajoute :
i. Empereur d'Allemague, né en 1459.. mort ;en 1519 ; il avait épousé Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire. Il prenait souvent dans ses diplômes, le titre de Pontifex Maximus ; bien plus, il aspira à la Papauté : « Nihil nobis honorabilius (dit-il dans une lettre du 16 sept. 1511), nihil gloriosius, nihil melius obtingere posse quam si prsefatum pontificatum, ad nos proprie pertinentem imperio nostro recuperemus ». Au même sujet, l'Empereur Maximilien, tombé dans le mysticisme, écrivait à sa fille : « Affin que après sa mort (du pape Léon X) pouruns estre assuré de avoer le papat et devenir prester et après estre sainct, et que il vous sera de nécessité que, après ma mort, vous serés contraint de me adorer dont je me trouveré bien gloryoos. » (Le Glay, II, p. 37-38.) Cf. Hegewisch, Hist. du règne de Max. (en ail.) Hamburg, 1782 ; Le Glay, Corresp. de Max., Paris, 1839 ; Gachard, Lettres de Max., 1851.
2. Négoc. dipl. entre la Fr. et l'Autr. durant les trente premières années du XVI* siècle, Paris, 1845, p. xlix-uii.
3. Compte rendu des séance*; de la commission royale d'Histoire, Bruxelles, 1852, t. III, p. 299.
PROJET DE MAXIMILIEN Ior 63
« Il paraît que le projet de faire la guerre aux Musulmans fut longtemps une des idées favorites de Maximilien. Les États Généraux ayant été assemblés, par son ordre, à Bruxelles, au mois de décembre 1514, il leur fit représenter, par les commissaires qu'il chargea de porter la parole en son nom dans leur sein, que son intention était de prendre la croix et de marcher contre les infidèles. »
Dans la correspondance de Maximilien Ier avec sa fille Marguerite d'Autriche, qui gouvernait les Pays-Bas, je trouve également une lettre de cette dernière, où elle parle, en 1513, du projet de croisade des Princes chrétiens, dont son père l'avait tenue au courant : « Monseigneur, j'ai aussi veu les articles et lettres qu'il vous a plu m'envoier touchant la saincte grande ligue qui est en train de se faire et traicter à Romme... Et quant à faire la guerre contre les Turcs et infidèles, dont èsdits articles est faite mencion, semble aussi, Monseigneur, que dès maintenant il se peult bien conclure, pour l'exécuter quant les princes chrétiens auront paix1. »
Nous savons la peine que le Pape Léon X se donna pour amener cette paix entre les Princes chrétiens, afin de les réunir tous contre les Turcs. Maximilien Ier fut un des plus fervents propagateurs de cette idée. Il persista dans son intention, exprimée en 1513 et 1514; l'année après, parlant de la trêve que les Princes chrétiens devaient signer plus tard, il écrit à sa fille Marguerite d'Autriche, de Kauibeuren, le 3 décembre 1515 :
... Prendre et accepter icelle trêve avec nous jusques au mois de may prouchain, désirans absolument que nostredit filz, avant d'entrer en fait dudit traictié de paix, practiquer et conclure de nostre part avec les ambassadeurs dudit roy (François I) qui sont vers luy, ou autrement par son ambassadeur qu'il a par devers ledit roy, de ladite trêve, selon la forme et teneur de nosdites