PREFACE
un véritable dogme politique que la nécessité de l'existence de l'empire ottoman comme condition du maintien de l'équilibre européen. On connaît le mot de Pitt : « Je ne discute pas avec quiconque me dit que le maintien de l'empire ottoman n'est pas pour l'Angleterre une question de vie ou de mort ». Les idées à ce sujet ont changé en Angleterre et ailleurs. Il est vrai que ce qui était surtout redouté, c'était l'agrandissement de telle ou telle grande puissance aux dépens de la Turquie.
On peut s'étonner au premier abord que M. Djuvara ait admis dans son recueil non seulement des projets officiels de souverains ou d'hommes politiques, mais des projets de simples publicistes, même en dehors des philosophes éminents dont la manière de voir a été rapportée. Cela s'explique, parce que souvent ces publicistes sont des interprètes de tel ou tel souverain, ou l'écho de l'opinion publique. Il est utile de savoir quelle idée on s'est faite, aux diverses époques, d'une question politique aussi importante.
J'ai dit que la lecture de ce recueil des projets de partage de la Turquie suggérait quelques observations générales qui ne semblent pas sans intérêt.
Tout d'abord, on peut dire que l'histoire de ces projets et des circonstances qui s'y rattachent est peu édifiante, comme, du reste, en général, l'histoire de la politique extérieure. Il n'y a aucune sûreté dans les relations, aucune fidélité à la parole donnée. Un souverain négocie, presque en même temps, une alliance avec la Turquie et une alliance contre elle devant abou-