VI PRÉFACE
tir à son démembrement; c'est, par exemple, le cas de François Ier.
Aucun principe de droit international ne préside aux diverses combinaisons échafaudées par les héritiers présomptifs de l'homme malade ou même par les auteurs de projets qui pourraient s'inspirer d'idées moins égoïstes. Le vaste territoire de l'empire ottoman est à la disposition des faiseurs qui taillent, qui tranchent comme dans une matière inerte, sans se préoccuper des intérêts et des sentiments des populations. Celles-ci n'ont qu'à accepter les solutions dictées par le caprice, la passion, l'intérêt politique. Cela donne un avant-goût de ce qui se passera plus tard quand il s'agira de partager les dépouilles de Napoléon après la chute du grand empire.
Il y a des projets qui tendent seulement à renverser la domination ottomane sans se préoccuper suffisamment de ce qui la remplacera. Dans son fameux projet, le cardinal Alberoni avait été plus prévoyant. Il était convaincu que les croisades avaient échoué parce qu'on n'avait pas fixé, à l'avance, le mode de partage des territoires à conquérir ; il conseille donc de stipuler nommément ce que gagnera chaque allié ; c'est, dit-il, le moyen d'éviter, après la guerre, les injustices au détriment des petits Etats. L'expérience, et une expérience récente, a montré que le conseil devait être généralisé. Ce n'est pas seulement pour que les grands États ne s'enrichissent pas au détriment des faibles, c'est pour éviter les querelles entre les vainqueurs qu'on ne saurait fixer avec trop de précision les conditions du partage des dépouilles du vaincu.