‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 71 sur 280 · Charrière, III, p · texte numérisé non relu

Charrière, III, p

Carte I

« La ligue conclue en 1571, et qui arrêta à jamais les progrès de l'Islam, dit M. P. Flament, fut l'œuvre d'un seul homme, du pape Pie V. » Sous ses prédécesseurs, on avait essayé, sans succès, de soulever la chrétienté contre les Turcs2.

1. Né en 1504, élu Pape en 1565, mourut en 1572. Cf. Comte de Falloux, Hist. de Saint Pie V, Pape, Paris, 1851, 2 vol. in-18 ; Lettres de Saint Pie V, tr. du latin p. de Potter, Paris, 1826 ; P. Bizari, Hist. de la guerre qui s'est passée entre les Vénitiens et la Sainte Ligue contre les Turcs... mise en fr. p. F. de Belle-Forest, Paris, 1571 ; N. Martiningue, Relatione die tutto il successo di Famagosta, Venise, 1572 ; A. de Montor, t. IV, p. 213-285 ; Mendham, Life and Pontificale of St Pius V, London, 1832 ; Vie de Pie V, par Fuennayor (Madrid, 1595) ; Paolo Alessandro Maffei (Rome, 1712) ; T. -M. Granello (Bologna, 1877) ; Corr. de Pie V, pub. p. Catena (1586) ; Goubau (Anvers, 1640) ; Hilliger, Die Wakl Pius V zum Papste (Leipzig, 1891) ; Ranke, Hist. de la Papauté, tr. par Haiber, Paris, 1848, t. I, p. 362-383 ; Reumont, Gesch. der Stadt Rom, III, 2, 557 : P. Flament, La Fr. et la Ligue contre le Turc, 1571-73 (Rev. d'Hist. dipl., 1902, p. 619-634).

2. Sous le Pape Jules III, on fit encore appel aux deniers chrétiens contre les Turcs. Cf. Extraict et Recueil des ordonnances, Conclusions et Reces du Sainct Empire touchant la contribution et collecte du commun denier pour la defence de la foy et resistence contre les Turcqz. Imprimé à Traict sur Meuse au mandement et ordonnance de très reuerend père en Dieu Levesque de Liège, en la maison de Iacques Balhen 1552 au moys de décembre, in-4° de 64 ff, : « George Dautrice, Euesque de Liège, duc de Buillon, Marquis de Franchimont, Comte de Loz, etc. A Reuerendz nos très chiers feaulx et bien aimez ceuls de nos estats et tous aultres

nos vassaulx et subiectz Et par especial la dévotion singulière et

très urgente nécessite de résister aux Turcq donne en nostre cité de

Liège ce dixiesme iour de Nouembre lan MDL1I. » Aux. ff 54-56, se trouve le Mandement Impérial « donne soubz seel Impérial a Isbroch le III jour Daoust après la nativité de nostre Seigneur lan quinze cents cinquante deux » signé « Carolus », où il recommande « résister au Turcq ennemi héréditaire de nostre foid et republique chrestienne. »

Djuvàra. 7

L'empereur Maximilien II, menacé par Soliman en 1566, convoqua les états autrichiens à Augsbourg. Le pape Pie V manda auprès de lui le cardinal Gommendon, évêque de Zante, légat du Saint-Siège, accompagné du jésuite Canisius, dont l'éloquence impressionna la diète. Les princes catholiques consentirent à accorder leur concours pour parer aux progrès des Turcs ; mais les protestants opposèrent de la résistance. Pie V compta 50.000 écus d'or pour venir en aide à l'empereur1 ; il pressait les princes italiens de s'associer à la Ligue chrétienne. Le duc Emmanuel Philibert de Savoie, Alphonse d'Esté duc de Ferrare, Gôme de Médicis, Guillaume de Gonzague duc de Manloue, les villes de Lucques et de Gênes répondirent à l'appel du Souverain Pontife ; celui-ci ordonna des prières publiques à Rome; il célébra lui-même plusieurs messes, où ses larmes coulèrent, ce qui anima fortement l'enthousiasme des nouveaux croisés. Soliman, en apprenant cela, se serait écrié : « Je crains plus les prières de ce pape, que tous les efforts de leurs armes. »

Le Sultan envahit la Hongrie. On connaît le siège de Zighet. Soliman mourut le 30 août 1566, trois jours avant la reddition de la place et son décès fut caché aux troupes. Son fils Selim accourut d'Anatolie. Mais le successeur du grand Soliman ne pouvait plus marcher sur ses traces et en janvier 1568, Sélim signa une trêve de huit ans avec l'empereur Maximilien.

Le pape ne renonçait pas à son projet contre les Turcs. Sur ce point il rencontrait des difficultés chez Catherine de Médicis : « Il voulait... que le corps entier de la nation, enfin, redevenu sain et libre, reprît le pas dans la marche

1. Pie V écrivait le 16 oct. 1567 à Louis de Gonzague, duc de Nevers : « Nous n'avons pas de fortes sommes à notre disposition puisque nous avons épuisé tout ce que nous avions pour aider l'Empereur élu dans a rude guerre qu'il a soutenue contre les Turcs » {Lettres, p. 4).

européenne, et, d'un de ses élans accoutumés, entraînât avec lui, à rencontre des hordes musulmanes, les masses réconciliées du christianisme ' . »

Il manda son neveu, Michel Bonelli, dit le Cardinal Alexandrin, à la cour de Lisbonne afin de poursuivre les négociations entamées par Louis de Torrès, en vue d'organiser une Ligue contre les Turcs. Nous avons vu comment le jeune roi don Sébastien répondit au pape, le 20 décembre 1571 qu'il acceptait d'entrer dans la Ligue et pour déterminer le roi Charles IX à l'imiter, il ne demandait pas de dot à Marguerite de Valois : « Je crois que mon mariage avec cette princesse portera son frère à entrer dans la ligue sainte. »

En 1569, Sélim, pour s'emparer de Chypre, menaça de déclarer la guerre à la République de Venise. Pie V convoqua le Saint-Collège. On opina de faire appel à Philippe II d'Espagne. Le pape équipa à ses frais douze galères, que Venise envoya au port d'Ancône et Louis de Torrès fut dépêché en Espagne, porteur d'un bref daté du 8 mars 1570, dont voici quelques extraits :

Sélim II, succédant à lahaine aussi bien qu'au trône de l'empereur Soliman, son père, se prépare à faire une sanglante guerre aux chrétiens... Verrons-nous les maux qui accablent la chrétienté, sans y apporter aucun remède?... L'Empire des Turcs s'est tellement étendu par notre lâcheté, que nous ne sommes presque plus en état de nous opposer à leurs usurpations, à moins que les princes chrétiens ne fassent des efforts considérables, qu'ils ne se liguent ensemble contre cet ennemi commun, et qu'ils ne lui opposent de puissantes armées de terre et de mer... Comme nous sommes persuadés qu'il n'y a point de monarque dans la chrétienté qui puisse résister seul aux forces des Turcs, et que les forces des princes chrétiens unies ensemble peuvent s'opposer à leurs efforts, il est absolument nécessaire qu'ils se liguent ensemble pour abattre l'orgueil des Ottomans.

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