‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 74 sur 280 · Palloux, II · texte numérisé non relu

Palloux, II

3. Gratiani (secrétaire de Commendon), Hist. de la guerre de Chypre, p. 187.

attaquer les Turcs, aussitôt que la diète allemande aurait augmenté son armée de 20.000 hommes.

A Varsovie, le cardinal trouva le roi Sigismund épuisé et incapable d'une résolution virile. Par un bref du 10 août 1570, Pie V fit également appel au tzar Iwan. Il se retourna contre Philippe II, auquel il reprocha vivement la défection de la flotte espagnole et offrit de faire les frais de l'expédition contre les Turcs ; le roi d'Espagne répondit favorablement. Le Pape appela au Vatican, les ambassadeurs d'Espagne et de Venise et les mit en contact avec les négociateurs : « Lorsque j'eus obtenu la permission de négocier à ce sujet, et que je lui en fis part, dit l'ambassadeur vénitien, il leva es mains au ciel et rendit grâces à Dieu ; il promit de consacrer à cette grande œuvre tout son esprit et toutes ses pensées ».

Le Souverain Pontife s'appliqua surtout à trouver un généralissime de l'armée alliée de terre et de mer ; son choix se porta sur Don Juan d'Autriche, fils naturel de Charles- Quint.

Les Princes italiens répondirent à l'appel du Pape : le duc d'Urbino équipa 1.000 fantassins ; le duc de Ferrare autant de fantassins et 300 cavaliers ; le duc de Mantoue, 1.000 fantassins et 200 chevaux ; le duc de Savoie 2.000 fantassins et 400 cavaliers ; Gênes et Lucques fournirent 2.000 hommes et 200 chevaux ; le grand-duc Cosme de Médicis 4.000 fantassins et 1.000 cavaliers.

Enfin, le 25 mai 1571, un traité fut signé, mais sa publication officielle n'eut lieu que le 25 juillet \ En voici l'art. 1er : « Avec le pape Pie V, Philippe II, roi d'Espagne et la République de Venise déclareraient la guerre offensive et défensive aux Turcs pour recouvrer toutes les places qu'ils ont

1. C'était la treizième Ligue chrétienne depuis la fondation de l'Empire ottoman (Pierling, Papes et Tsars, Paris, 1890, p. 101).

usurpées sur les chrétiens, même celles de Tunis, d'Alger et de Tripoli. » Le Pape devait fournir douze galères, 3.000 hommes de pied et 270 chevaux ; les frais de la guerre devaient être supportés : moitié par le roi d'Espagne, un tiers par la république de Venise et un sixième par le Pape ; les Vénitiens prêteraient au Pape seize galères, à armer.

La flotte alliée composée de 219 galères, 6 galéasses et 70 vaisseaux, leva l'ancre à Messine le 15 septembre 1571 ; la flotte ottomane était forte de 245 galères et de 87 vaisseaux.

Les Turcs, après Chypre, avaient conquis Corcyre, Candie, Zante, Cerigo et Céphalonie. Le 7 octobre, jour où eut lieu la grande bataille de Lépante, le Pape, en pleurs, s'écria : « Courez rendre grâces à Dieu dans son église, notre armée remporte la victoire. » Ranke 1 explique ainsi ce fait : « Le Pape était tellement absorbé par cette grande entreprise que, le jour de la bataille, il crut voir dans une extase la victoire des armées chrétiennes2. »

Les Turcs perdirent environ 30.000 hommes ; 10.000 prisonniers et 130 galères turques furent capturés par les chrétiens. La bataille de Lépante fut le commencement du déclin de la puissance ottomane 3. « La nouvelle de cette victoire fameuse, dit Mariotti, répandit par toute la chrétienté les plus vives espérances. Le pape Pie V, principal promoteur de cette colossale entreprise, ne connut point de limites à ses hardis projets ; on devait une fois de plus prêcher par toute l'Europe ; c'est alors que le Tasse chanta la croisade et redit le cri de guerre de Clermont : Dieu le veut /\ »

Mais Pie V ne voulait pas s'endormir sur ses lauriers ; dans

1. Hist. des Papes, tr. de Haiber, Paris, 1837, t. I, p. 381.

2. Voir à l'Appendice une description inédite de la bataille de Lépante, tirée d'un manuscrit de la fin du xvi° siècle.

3. Jacques Ier, roi d'Angleterre, chanta en vers la victoire de Lépante.

4. J. Milley, Hist. des Etats du Pape, tr. p. Ouin-Lacroix, Paris, 1851, p. 657. Cf. Jorga, IV, p. 149-152.

une lettre au duc et gouverneur de la République de Gênes, datée du 16 décembre 1571, le Pape disait : « Nous ne pensons pas non plus que, tout affaibli, tout brisé que soit cet ennemi, il se tienne oisif... Les chrétiens demeurent donc toujours étroitement unis dans un même danger, et tous doivent, pour le conjurer, se concerter plus que jamais â. » Il voulut avoir l'appoint même des mulsumans qui vivaient en mauvais termes avec les Turcs. Le 16 novembre 1571 il avait écrit au Schah de Perse :

A l'illustre shah Tamahase, très puissant roi de Perse, à qui nous souhaitons l'illumination de l'esprit-saint de la vérité. Prenez la peine de bien penser que la fortune vous appelle, par notre moyen, pour prendre plutôt part à la victoire qu'aux fatigues de la guerre, puisque jamais vous ne pourrez trouver une occasion plus favorable, ni un temps auquel, comme dans celui-ci, la puissance ottomane sera attaquée de tous côtés.

Il songea également au roi d'Ethiopie et à Schérif Mutahar, prince de l'Arabie, et leur fit faire des propositions par des émissaires du roi de Portugal. Pendant ce temps, on réparait les galères turques dans les chantiers pontificaux et Ton poussait l'armement par les puissances chrétiennes.

Mais Pie V expira le 1er mai 1572 et avec lui s'évanouit l'entente qui avait assuré le succès de Lépante. Venise avec l'appui de l'ambassadeur de France à Gonstantinople s'empressa de s'entend re directement avec la Porte . Grégoire XIII 2, successeur de Pie V, refusa longtemps une audience aux ambassadeurs vénitiens, a La paix entre Venise et la

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