G. 56, Inf
Ils se fortifieront également en Morée, parce qu'elle est voisine de l'Italie ; ils y mettront probablement 25.000 cavaliers et autant en Grèce. Us procéderont identiquement en Macédoine, en Anatolie et aux Dardanelles :
Il resto poi délie sue gentï migliori sepuo credereche mandera alli confini d'Ongaria una parte et l'altra verso TArmenia non essendo ragioneuole acredere, che li debba mancare senon disturbo da queste due bande almeno per non dire del Moscovito verso Gaffa e degli Arabi in Egitto e Soria. De Tunisi e verosimile che lo faccia abbandonare, corne luogo impossibiie à tenere e rendere piu gagliardo Algieri.
Il" faut donc se presser et attaquer la Dardanelle européenne, d'où Ton pourrait aller directement à Constantinople. Gomme toute la cavalerie sera rappelée de la Morée, de la Grèce et de la Macédoine, on devra occuper l'isthme de Morée et y établir deux puissants forts dans les lieux les plus opportuns.
Dans un chapitre Nationi e Potenttati che 7 Turco protrebbe moaer contra Noi, l'auteur analyse quels pourraient être les alliés des Turcs contre les chrétiens. Les Maures du Chérif de Fez pourraient molester l'Espagne, la Sicile, la Corse, la Sardaigne, l'Italie et la Provence. La Moscovie et la Pologne seraient attaquées par les Tartares.
On propose cinq actions à entreprendre :
Laprima e queila di Barberia dimandata dalli Ministri del sereniss-o Re catt-co in Roma. La seconda e dell'Isola di Cipro desiderata come si puo credere dalla s-ma Sig-ria di Venetia. La terza e l'impresa dell' Archipelago. La quarta délia Morea, la quinta di Gonstantinopoli.
L'auteur examine chacune de ces propositions.
La prise d'Alger paraît, à première vue, la plus facile de toute. Mais le pays est fortifié et peut recevoir de grands secours de l'intérieur principalement du roi de Fez. L'entre-
prise serait douteuse ; elle profiterait d'ailleurs au seul roi d'Espagne.
Chypre est trop loin de la chrétienté et au cœur même de l'ennemi ; on ne saurait s'y maintenir.
Un exploit contre l'Archipel et la Morée serait le plus pratique. Maisilya de nombreuses difficultés ; entr'autres les chrétiens ne se soulèveront qu'après la défaite des Turcs : « non se moveranno detti Greci se non dopo la vittoria certa. »
L'auteur préfère la prise de Constanlinople : « L/impresa di Constantinopoli, quanto pare più ardita e forsi temeraria tanto e men creduta e quanto e più fuora di opinione tanto a mio giud-o riuscirebbe più facile di tutte le altre. » Les meilleures troupes turques sont éparpillées aux confins de l'Empire : « Se pure à cost-li ui restaranno genti da guerra seranno le più triste et inesperte. » Les forteresses qui défendent la capitale sonl petites et faibles; elles céderont après quelques heures de combat.
L'auteur passe ensuite en revue les nombreuses possessions du Sultan en Europe, en Asie et en Afrique :
Segue la Moldavia quai è tributaria e suddita del Turco sotto'l suo Vaiuodo, ma la parte maritima detta Bessarabia gia grantempo fu ridottta da Turchi in provincia. La Valachia e med-te sotto' 1 suo Vaiuoda tributaria haeundo gli istessi amici e nemici de'l Turco : Ma il Vaiuoda di Transilvanio e tributario, e dependente dal Turco con cond. alquanto ma poco migliori che lisop-ti altri Vaiuodi. La Thracia poi doue è Gostantinopoli, laMacedonia, la Grecia Morea Albania Servia Bulgaria Rascia con li due... di Vngaria e delT Illirico.
Il s'émerveille qu'en trois cents ans, les Turcs aient pu fonder le plus puissant Empire de l'histoire :
Questo Impero e maggiore disqualsinoglia altra monarchia che per adietro sia stata etiandio délia Romana,
Pourtant si tous les chrétiens s'unissent, les Turcs ne pourront pas leur résister :
Sono certamente li Principi christiani quando siano vniti sua tanta è taie forza che senza dubbio la campagna opprimeria e di S... et di valore e di artigl-a li numerossimi ess-ti di questa natione.
L'auteur déplore les dissentiments des chrétiens ; de plus, ceux qui ne sont pas voisins des Turcs font la sourde oreille :
Che diro de alcuni che per non essere tanto vicini al pericolose fanno sordi à porgere aiuto à loro fr-elli ; ma questi certo sono tollerabili rispetto à quei tanto viii e neghitosi che essendo vicini all'incendio denegano aiuto fin à loro congiunti di sangue standosi otiosi aueder la ruina de parenti et amici. Non essendo dunque da far fondam-to sopra tutto questo corpo de Regni Christiani veniamo a parla separatamente di ciascuno di essi.
Ne pouvant donc compter sur une union, il s'occupe à part de chaque règne chrétien.
Il ne faut pas compter sur le grand duc de Moscovie, ni sur le roi de Pologne. L'Autriche est faible elle-même et peut à peine conserver les restes du Royaume de Hongrie ; si la puissante Allemagne n'était pas venue à son secours, toutes ses possessions seraient déjà entre les mains des Turcs. La France est en inimitié permanente avec la maison d'Autriche et de plus elle est minée par l'hérésie. L'Angleterre, l'Ecosse, le Danemark et la Suède sont trop éloignées et n'écoutent plus la voix du Pape.
Reste le roi d'Espagne « Tunica colonna del nome christiano il vero campione di Christo. » Le roi de Portugal aussi suiva l'exemple de ses ancêtres. Dans le Levant le plus redoutable ennemi des Turcs est le Sophi ; mais il manque d'argent et d'artillerie. Les Géorgiens pareillement peuvent bien se défendre chez eux, mais seraient incapables d'attaquer les Turcs. Si les Arabes étaient unis, ils pourraient enlever aux Turcs PEgypte et la Syrie : « ma essendo diuisi tentaranno più presto rubbarie che imprese reali. » On pourrait compter sur les grandes forces et richesses du roi
d'Ethiopie « Preteianni Principe », mais il manque de vaisseaux et d'armes à feu. Les Arabes de la Lybie et de toute l'Afrique manquent d'artillerie et sont désunis. Le roi de Fez craint les voisins et ne peut s'aventurer : « non puo tentare impresa lontana senza pericolo di casa sua. »
Les Vénitiens gardent la paix que les Turcs veulent bien leur accorder, étant leurs voisins immédiats et ayant souffert de grands dommages de leur part : « e tanto più non hauendo uettouaglie abastanza a pascere i suoi populi e uivendo del guadagno di mercantia che tutto loro uiene da paese del Turco. »
La ligue générale ne pouvant se faire entre chrétiens, l'espoir reste dans l'union du Pape et des rois d'Espagne et de Portugal, qui devront assaillir à Timproviste la Turquie par mer : alors les ennemis et rivaux des Turcs se soulèveront. Ou bien on fournirait à ceux-ci des armes et de l'artillerie :
Onde se essi Portoghesi per mare et il Soffi et Arabi per terra assalisserola Babilonia facilmente s'impadronisiano di quel buon paese e farebbono una strada facile all'acquisto délia Soria et dell' Egitto, che è la miglior parte di questo Impero. Se al potentissimo Pretegianni se mandassero molti mercanti con quantità di artigleria da campagna e d'arcobugi da posta e da bracio con bombardieri et capitani Ingenieri, et huomini practichi di guerra, e massimedi maestri da far navigli certo potrebbe par benef-o grande, e forse designare l'impresa di Egitto per il Nilo valendosi del fîume à condur le uettouaglie et artigl-e ouero congionto con Portoghesi assalire l'Arabia felice passata il mare rosso.
S'il avait les marins et les vaisseaux nécessaires, personne ne pourrait mieux attaquer Gonstantinople que le grand-duc de Moscovie :
Certamente considerando la potenza del Moscovito nessunoper la comodità del sito e più atto ad assalire Constantinapoli... L'importanza starebbe solo nell'hauer apparecchiati molti nauigli
et in un or-ne all'improvisa fare il colpo p-a che '1 nemico ci pensasse et à questo sarebbe faciliss-a uia di induire quel Prin-e et anco modo di farlo molto secreto.
En même temps :
Ualersi de Popoli Gercassi, Mengherli e Georgiani, che con aiuto, e danari di fuori potrebbono fare molto d'importanza nell' Armenia minore et nel paese di Trabisonda.
L'argent résultant de la contribution générale des chrétiens resterait en dépôt chez le Souverain Pontife. L'auteur, en présence du but noble à atteindre, exige le service militaire obligatoire et sans exception :
Che tutti si obligassero alla militia non eccetuandone sorte alcuna d'huomini, ne preti ne frati ne dottori perche la guerra che se fa per Dio e tanto pia, egiusta che non deue esser essente niuno et i sacri sono obligati metter la uita per guadagnare e dilatare la fide christiana tanto più la deuono esponere per la defesa.
Il demande ainsi aux prêtres et aux moines eux-mêmes de s'enrôler pour la Guerre Sainte.
Le capitaine La Noue, dit Bras-de-fer, fut un compagnon et un ami du roi Henri IV de France. « Grand homme de guerre, dit de lui Montaigne, sa constante bonté doulceur de mœurs et facilité conscientieuse... mérite qu'on le loge entre les remarquables événements de mon temps. » A la fin du xvie siècle, il y eut un grand mouvement de compassion pour les chrétiens d'Orient. En 1573, Barbaro, ambassadeur de Venise, faisait ce tableau de la Turquie :
Et si le temps, dans cette Assemblée, m'accordait de pouvoir vous dire ce que pendant deux cents milles de pays j'ai vu, si je pouvais narrer le malheureux état dans lequel sont la Thrace, la Servie, la Macédoine, la Grèce, royaumes où s'élevaient jadis ces nobles villes qui illustraient les arts, les sciences et les vertus civiques... je m'assure que mon discours vous arracherait des larmes2.
En publiant son remarquable ouvrage : Discours politiques et militaires, paru en 1587, La Noue prêche une
1. Né en 1531, mort le 4 août 1591. Lieutenant de l'Amiral Golligny. Prisonnier à la bataille de Moncontour; reconquit sa liberté en 1569; prit la ville de Luçon (1571), mais, blessé au bras gauche, on dut le lui amputer et lui mettre un croc en fer, pour y attacher la bride, d'où son surnom de Brasde-Fer. Il fut blessé gravement au siège de Lamballe, et lorsque Henri IV apprit sa mort, il s'écria : « Nous perdons un grand homme de guerre et encore plus un grand homme de bien ». Cf. Hauser, François de la Noue, Paris, 1892 ; Amirault, Vie de la Noue, Leyde, 1661 ; Séguer, Notice sur la Noue, Strasbourg, 1854; J.-A.-G. Bouchon, Notice dans le Panthéon littéraire, Hist. et litt., Paris, 1836, p. xvn-xx.