‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 83 sur 280 · lb., p · texte numérisé non relu

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Pacha1 était un renégat italien, ScipioneCicala, passé par force à l'islamisme et plus tard resté musulman par conviction ; il avait été fait prisonnier, en même temps que son père, et conduits tous les deux à Gonstantinople 2. Le Pape imagina de le faire revenir à la foi catholique, par l'entremise des Jésuites Antonio et Vincenzo Gicala, parents de Sinan Pacha ; M. Rinieri a publié, à ce sujet, de curieux documents inédits3. La mère de Gicala, Lucrèce, l'ayant revu à Messine, en 1598, le supplia de revenir au christianisme ; elle se confia ensuite à ses neveux, qui la conseillèrent d'écrire au Souverain Pontife; dans sa réponse, du 28 novembre 1598, Clément Vlll félicite Lucrèce Cicala « quod filium tuum Bassam tam multos per annos videris, atque is ut scribis, erga te ea amoris iudicia quse filius matri débet pra?buerit » et espère que le grand vizir reviendra non seulement à sa mère « secundum carnem » mais encore « ad Matrem suam secun-

1. L'importance du Grand Vizir Sinan Pacha était considérable. Henri IV lui écrivait le 7 juillet 1582 pour le renouvellement des Capitulations '• « Très-illustre et magnifique Seigneur, le sieur de Germiny... nous a informé par plusieurs de ses lettres du grand lieu et rang, que vous tenez près de Sa Hautesse, à cause de vos louables vertus et mérites » (Hurmuzaki, suppl. I, t. I, p. 70). Ce célèbre général turc fut repoussé à Calugareni par Michel le Brave, Prince de Valachie; l'Ambassadeur de France de Brèves écrivait, de Gonstantinople, 17 septembre 1595, au Roi Henri IV : « Il (Sinan) a esté blessé au front d'un coup de dard lequel toutes foys ne faict que couler et a perdu une dent. » (16., p. 413.) Au même sujet, l'envoyé de Venise à Prague écrit, le 19 septembre 1595 : « Serenissimo Principe... Sono venuti a conflitto li Moldavi, li Vallachi et li Transilvani da un canto ; et l'esercito Ottomano condotto da Sinan Bassà dall'atro, et li Christiani ne hanno riportato intiera vittoria. » (Id., t. III, 2, p. 132.) Dans son rapport au Doge de Venise, du 5 février 1596, Marco Venier raconte que Sinan Pacha était considéré comme « infidèle et homo diabolico. » {Hurmuzaki, t. III, p. 503.)

2. Cf. Discorso del Clar-mo Antonio Thiepolo ritornato di Constanlinopoli l'anno 1576 Baiolo à Baiazet et poi Amb-re résidente à Gregorio XIII Papa sopra le forze del Turco (10 ff. Bibl. Royale de Bruxelles, Manuscrits, II, 5193) : « Capitano de Giannizeri è il Genovese Cicalla fatto schiauo di sedeci anni, che fatto Turco, e appreso la lingua, e i costumi turcheschi quasi subito hebbe la Gratia di Solimano, e poi di Selim et in fine del pnte Sig-re ».

3. démenti Vlll e Sinan Bassà Cicala, Roma, 1898, in-8» de 221 pp. — Cf. Jorga, IV, p. 184-185, 245-246.

dum spiritum, sanctam ecclesiam catholicam1 ». Le Pape expédia le Père Antonio Gicala, auprès de l'Archiduc d'Autriche et ensuite auprès de Philippe III, Roi d'Espagne. Le frère de Sinan Pacha, Carlo Gicala, avait obtenu le gouvernement de l'île de Naxos et aspirait même aux trônes de Valachie et de Moldavie : (( Il signor Carlo Cicala fratello del capitano ha ricercato il luoco di Vaivoda di Bogdania overo di duca di Nitia 2. » C'est dans l'île de Naxos que l'on discuta le projet de conversion du Pacha Cicala ; deux brefs de Clément VIII, datés du 8 mai 1600 et adressés à Carlo Cicala le chargeaient de cette délicate mission. Mais par Yiradé (mai 1600) qui accordait à Carlo Cicala le duché de Naxos, l'île qui s'était volontairement soumise à la Porte, par haine des Latins, le Sultan Mahomet l'obligeait à y faire venir sa mère : « Comando che senza tardar ne indugiar debbi portar la madré sua et debbi andar nel Ducato sopradetto di Nixia et in sua vita goderlo et governarlo. » On supposa que Sinan Pacha Cicala voulait lui-même convertir sa mère à l'islamisme ; c'eût été ainsi à qui des deux réussirait le mieux à convertir l'autre. Il est plus probable que son amour filial le poussait à avoir sa mère plus près de lui. Il écrit à son frère Carlo, qu'il doit tenir sa parole et ramener d'Italie leur mère : « Ma mirate di mantenire la vostra parola, corne io la tengo con voi, et che venga detta Signora Madré, vostra moglie et li figlioli. »

Réunis dans l'île de Naxos, l'île d'Ariadne, Sinan Pacha

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