‹ Cent projets de partage de la Turquie, 1281-1913 (volume 2)Chapitre 84 sur 280 · lb., p · texte numérisé non relu

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2. Rapport, du 16 janvier 1594, de Marcho Zane Cav. Bailo au Doge de Venise {Hurmuzaki, IV, 2, p. 175). N'ayant pas réussi pour lui-même, €arlo Cicala revint à la charge trente-six ans plus tard, afin d'obtenir pour son fils le trône de Valachie ou de' Moldavie : « Ho da parte sicvra penetrato, che uno dei particolari motivi, che sospinge Don Carlo Cigala da Messina in queste parti, è la speranza di ottener per il figliolo alcuno di questi Principati di Valachia o di Moldavia con la forza del danaro ». (Rapport de Giovanni Capello au Doge de Venise, du 13 octobre 1630, lb., p. 451.)

Cicala, son frère Carlo et le Jésuite Vincenzo Cicala négocièrent les propositions du Pape Clément VIII et de Philippe III d'Espagne. Un an après (1601) Clément VIII manda le Père Antonio Cicala à Madrid. Le Pape demandait l'appui du Roi d'Espagne pour réduire l'Empire ottoman, avec l'aide de Sinan Pacha Cicala, revenu à la foi catholique : il escomptait l'intronisation d'une dynastie chrétienne à Constantinople, avec droits héréditaires et la conversion au catholicisme des peuples de la Turquie. Si Sinan Pacha Cicala se soulevait contre la Porte, le Pape lui promettait le secours du Roi d'Espagne et des autres Princes chrétiens, ses propres galères et celles des ordres militaires et religieux. Dans la promesse par écrit que fit Philippe III, il s'engageait à laisser en possession de Sinan Pacha Cicala tous les territoires qu'il réussira à arracher au Sultan, y compris Constantinople, mais à l'exception de la Terre Sainte et du duché d'Athènes et Neopatria, réservés au roi d'Espagne, et à l'exception de la Hongrie et de la Transylvanie, réservés à l'Empereur. Comme on le voit, il s'agissait d'un partage en règle de la Turquie. De son côté, Clément VIII approuve ces résolutions : « Concedendo Pero al Bassa Cicala, tutto il resto che adessso e sotto la potesta del Turco. »

Ces négociations ayant ainsi abouti, Clément VIII adressa à Sinan Pacha Cicala deux brefs, datés du o avril 1603 et adressés : Dilecto filio Nobili Scipioni Viro Cicadae l. Dans le premier, il admet que Sinan Pacha Cicala s'attribue les provinces turques et les convertisse à la foi catholique : « Régna, Provincias et Dominia universa, per eumdem Turcarum Tyrannum occupata in potestatem tuam redigere atque ad agnitionem Christianao Fidei et Sanctse Romanae Ecclesiae obbedentiam traducere » ; il affirme s'être mis, à ce sujet,

i. Archiv. Secret. Vatic, n. 57, f. 57.

d'accord avec l'Empereur Rodolphe et avec le Roi d'Espagne, qui prêteront leur concours armé ; il ne lui impose que la condition de retourner à la foi chrétienne, en abjurant devant des témoins et il lui donne l'absolution pour ses errements passés. Dans le second bref, il rappelle la décision de Sinan Pacha Gicala de rentrer dans le sein de l'Eglise Apostolique : « Postquam certis modo et forma tibi prsescriptis, dictam Apostasiam a fide catholica, schisma, hsereses et errores quos tenuisti et alios quoscumque corde sincero et fide non ficta abiurasses... » Il s'engage, sitôt que Sinan Pacha Gicala s'insurgera contre le Sultan « in primis statim ac tu contra Turcarum Tyrannum insurrexeris et publiée arma converteris » de le secourir avec l'aide de l'Empereur, du Roi d'Espagne, de tous les Princes chrétiens et de tous les ordres religieux. Et Clément VIII finit par mettre le Pacha apostat et les siens sous la protection des Apôtres Pierre et Paul!

Ce projet était habile et, s'il avait pu réussir, la Porte aurait reçu un coup plus rude que la perte d'une province. Mais en janvier 1603 des troubles militaires agitèrent Constantinople ; en décembre mourut Mahomet III ; pendant la même année, le Shah Abbas avait conquis la Géorgie et menaçait l'Arménie. Le cardinal Aldobrandini écrivit, le 28 février, au Vice-Roi de Sicile que, le moment étant très favorable, il devait expédier Carlo Cicala en Orient. Le 15 juin 1604, Sinan Pacha Cicala partit à la tête de l'armée turque pour l'Arménie, mais, le 6 août 1605, il fut irrémédiablement battu par les Persans. Echappant à peine, il se réfugia chez son fils Mahmoud Cicala ' , qui gouvernait Diarbekir, capitale du Kurdistan ; il y mourut de chagrin le 2 décembre

1. Sinan Pacha Cicala laissa plusieurs fils, l'un d'eux épousa, en 1612, une sœur du Sultan Mahomet III. (Hammer, II, p. 321.)

Clément VIII perdit ainsi l'aide sur lequel il comptait le plus pour ruiner la puissance ottomane. Il mourut neuf mois avant Sinan Pacha Gicala sans avoir vu la réalisation de son rêve chrétien.

Ce projet fait partie intégrante du projet du Pape Clément VIII ; je Fen sépare à cause de son ampleur.

Alexandre Gumuleo ou Komuîovic, d'origine illyrienne, était archiprêtre à l'église San Hieronymo di Schiavoni de Rome lorsqu'il fut envoyé, la première fois, par le Pape Grégoire XIII2 en mission en Orient, où il est resté pendant trois ans. Le Pape Clément VIII lui renouvela cette mission : « Clément VIII envoya, en 1594, un certain Cumuleo à Moscou, plein d'une confiance aveugle, parce que ce personnage savait la langue du pays3. » Il partit de Venise, traversa l'Albanie, et s'arrêta en Transylvanie, où il eut deux audiences secrètes de Sigismond Bathori.

Il passa ensuite en Valachie et en Moldavie ; il était porteur de deux brefs accréditifs du Pape, datés du 8 novembre

4. Né à Spalatro, en 1548; membre de l'Association nationale de Saint- Jérôme, à Rome, en 1576; chanoine à Zara: nommé par Grégoire XIII visiteur apostolique des églises latines de la Turquie d'Europe, il se rendit à Alessio, à Antivari, à Durazzo, à Prisrend, à Sofia, à Gonstantinople ; premier archiprêtre de l'Eglise nationale des Dalmates; abbé de Nona, dans le diocèse de Zara. Le P. Pierling le peint ainsi : « Rien de machiavélique dans l'abbé Alexandre Komuîovic... Le bon sens prédomine, mais un bon sens exquis; le caractère est franc, intègre, désintéressé... Une seule idée absorbe l'activité de cet homme infatigable : secouer le joug des Turcs et les refouler en Asie » (p. 445).

2. C'est ce Pape qui a donné son nom au calendrier grégorien; mort en 1585.

3. Ranke, III, p. 22. Cf. Mathaus-Voltolini, p. 320-322; le P. Pierling, p. 443-475; Jorga, III, p. 296-297.

1593 et adressés, l'un : Dilecto filio Nobili viro Aaroni Moldavie Principi, et l'autre : Dilecto filio Nobili viro Principi Valachiœ l . Dans le dernier on lit : « De te autem audivimus, quod animo magno es, et de populo tuo accepimus, quod a Latinis atque Italis prognati estis. » Dans les deux, le Pape montre le danger des Turcs : « Nam quamvis inimici crucis Christi multiplicati sint super numerum, iamque adeo superbia elati sint... »

Les instructions que Cumuleo reçut du Saint-Siège sont datées du 10 novembre 1593 et portent qu'il est envoyé auprès de différents Princes : « Instructione per ordine di Nostro Signore Papa Clémente ottavo al Reverendo Don Alessandro Cumuleo Arciprete di S. Hieronimo di Roma mandatto da Sua Santita a diversi Principi et Potentati délie Parti Settentrianoli2. »

Ces instructions débutent par la recommandation de refuser l'aide demandée par les Turcs, ou l'ajourner, et si on ne peut faire ni l'un ni l'autre, qu'on s'arrange « cautelosamente » de manière que cette aide ne soit qu'apparente. Ce système est continué plus loin, lorsqu'en ordonnant àComuleo de s'informer des intentions des Cosaques, on ajoute : « Non lasciando pero scoprire disegni vostri, finchè non discoprite voi i loro. »

Cumuleo devait s'enquérir exactement de l'état de la Moldavie et de la Valachie, pour savoir ce qu'on peut attendre de leurs Princes « o per la Religion Cattolica, o per la guerra Turchesca ». En dehors des Cosaques, des Moldaves et des Valaques, il devait apprendre si les populations avoisinantes étaient prêtes à se soulever contre les Turcs. Comme il est

1. Publiés dans Hurmuzaki, t. III, p. 174-175. Le même jour, Clément VIII écrivait : « dilectis filiis Cosachiis Militibus » pour les soulever contre les Turcs. (76., p. 173-174.)

2. Archi. délia Santa Sede, Barberiano, LVIII, reprod. dans Hurmuzaki, III, 2, p. 36-40.

probable que la première réponse des Cosaques sera une demande d'argent, Gumuieo pourra promettre jusqu'à 12.000 florins, mais déclarer que la somme sera remise seulement lorsque les Cosaques entreront dans le pays ennemi.

Le père Cumuleo est prévenu de ne pas se fier aux schismatiques ; il doit se méfier de s'ouvrir à tous ces gens d'Orient « non par convenevole di fidale a questi genti secreto di tanta importanza ». On espère propager le catholicisme en Valachie et en Moldavie, où le Prince « e desideroso di propagare la fede in queila Provincia ». Cumuleo ne doit pas laisser savoir qu'il est un Ministre du Souverain Pontife.

Les Serbes sont plus féroces, disent les instructions, et les Bulgares moins estimés pour leur valeur : « I Rasciani, che sono popoli vicini a questi, ma su la riva del Danubio di più numéro, e più feroci degli altri, et i Bulgari finitimi a questi, ma più verso la Tracia, et meno stimati per valore sono ridutti in Provincia. »

Cumuleo se rendit en Orient, d'où il expédia des rapports que nous résumerons tantôt \ En dehors des instructions que nous venons de voir, le Code Barberianiano LVIII, 33 2 contient la notice suivante, qui nous éclaire sur l'objet de la mission du Père Cumuleo et sur les moyens qu'il jugeait suffisants pour chasser les Turcs d'Europe :

Alessandro Cumuleo, quando fù mandato da Papa fel. me (moria) Gregorio XIII visitatore Apostolico alli popoli Gristiani latini nel paese del Turco, con occasione di tai visita, seguistata per spatio di tre anni, conobbe appresso poco il numéro de Christiani, si Latini corne Greci, che si trovano habitanti in alcune provincieet

4. Il réussit à opérer un rapprochement entre les trois Princes tributaires. Cf. Lettre du Nonce Speziano au Cardinal Minuccio, Prague, 28 novembre 1594 : « La congiontione del Transilvano, che qui è stimata quanto dir si possa, et l'altre, del Moldavo et Valaccho, si riconoscono da Sua Beatitudine, et, se seguirà la polacca, sarà opéra medesimamente sua ». {Hurmuzaki, XII, 1903, p. 19.)

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