VIII PRÉFACE
sont maintenus par la force, mais qui ne se sont vraiment établis dans aucun. Ils sont restés les conquérants, ou mieux les envahisseurs, et la question qui se posait dès lors était de savoir si et jusqu'où on laisserait subsister cette invasion. Ce qui a été fondé et ne se maintient que par la force exige la conservation de cette force dans son intégrité. Dans un projet de partage très curieux trouvé par M. Nie Jorga à la Bibliothèque nationale de Naples, Fauteur, un certain Italien nommé Lutio, qui écrivait à la fin du xvi° siècle, explique très bien que l'empire ottoman, malgré son apparence, n'a aucun fondement solide, parce qu'il ne s'est établi que par la violence. Ses expressions sont singulièrement énergiques : « Le guerre dei Turchi da loro principio furono tutte offensive e ingiuste, fatte con implacabile ferita, con sola libidine di dominar altri. — Ogni stato, dominio et regno aquistato con forza, inganno, o tradimento, non e perpetuo nella personna dell'ingannatore e discendenti, ma o si perde in brève con altro inganno, o con aperta forza. » Sans doute, l'empire ottoman a duré plus longtemps que ne pensait Lutio, mais il a toujours eu le vice irrémédiable signalé par lui. Au xviir3 siècle, la décadence a eu un temps d'arrêt, marqué par la paix de Belgrade obtenue grâce à l'appui de la diplomatie française; puis, l'empire a été sauvé en diverses circonstances par des causes extérieures ; il ne s'est jamais affermi sérieusement et il vient de succomber en Europe sous le coup d'États formés à ses dépens dans le cours du xixe siècle. Que cette histoire serve de leçon, même aux vainqueurs ! Ils ont en partie dans leur lot des