‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 133 sur 156 · JOURNÉE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

JOURNÉE DEUXIÈME

— Chez dona Séraphine. —

DoNA Séraphine. — Ainsi vous n'irez pas ce soir an sarao.

Don Manrique. — Vons y serez, astre de ma vie?

Dona Séraphine. — Je n'y saurais manquer; je l'ai promis à quelqu'un.

Don Manrique. — A quelqu'un? malgré moi je tremble, et mon cœur souffre. A quelqu'un, dites-vous, dona Séra- ])hine? Et quelle est, s'il vous plaît, cette personne?

Dona Séraphine. — One vous importe?... c'est mon secret.

Don Manrique. — Si je vous demande de me la nommer, me refuserez-vous donc, Séraphine?

Dona Séraphine. — Me direz-vous , si je vous le demande, pourquoi vous n'allez pas ce soir au sarao?

Don Manrique. — Je ne le puis sans manquer à l'honneur : c'est un secret qui n'est pas le mien.

Dona Séraphine. — A votre aise, Manrique; ce n'est pas non plus mon secret que le nom de vos rivaux.

Don Manrique. — Vous l'avouez donc... Il serait vrai?... Séraphine , je veux savoir le nom de cet homme.

Dona Séraphine. — Je veux, Manrique, savoir qui vous occupe cette nuit?

Don Manrique. — 0 tyrannie sans bornes! ô lâcheté d'un cœur esclave !.. . Eh bien! sachez-le donc, despotique arbitre de mon sort. Ma nuit est consacrée à faire sortir de

l'AlMKK ))K FOU. ."» iO

Lishoiine dcuv jJioscrils tloiil je \i'ii\ sauvcf la vie. N'exigez pas tliic je les iioiiiine ; non (|iie ji' doute de vous, Madaiiie , mais pouf (jue ma coiiseienee ne me re[»i'o(lie [loint une tropcomjdète l'ailjlesse. Ouil vous suffise de savoir ceei : Tun de ces hommes a coupé Tunique branche d'un honc ilhistre ; le second a porté ses regards sur un astre dont les rayons donnent la mort. Tous deu\ sont destinés à périr, si l'on sait que je leur ai donné asile. Et déjà, si je ne me trompe, le lieu de leur rc^tiaite est soupçonné. Vous le voyez, il faut qu'ils partent, et ([u'ils partent sans retard.

DoxA Séraphlne. — Je vois, mon ijoble cavalier, que vous êtes toujours le plus généreux des hommes.

Don MANRion:. — Maintenant, Séraphine, à votre tour, dites-moi...

DoNA Séraphlne. — Je n'ai rien à vous dire , Manrique ; vous n'avez pas de rival, et je n'ai promis à personne d'aller au sarao. Dites un mot, je renonce à ce bal.

Don Manrique. — A Dieu ne plaise que j'exige un tel sacrifice! Je le devrais pourtant... car vous m'avez ftiit bien du mal. Maintenant, ma belle idole, prouvez-moi que vous me regardez toujours comme votre futur ^poux en obéissant à mes ordres.

DoNA Séraphine. — Parlez, ils seront exécutés.

Don Manrique. — Je veux d'abord qu'à ce bal vous soyez la plus belle.

DoNA Séraphine. — Je ne désobéirai pas, si je le puis.

Don Manrique. — Je veux aussi que vous ayez la ])lus riche parure, et je vous ordonne, — écoutez bien ce mot, — je vous ordonne de placer sur votre front cet insigne de royauté.

OoO MURAILLE BLANCHE,

DoNA Séraphine. — Un diadème!... Ouels magnitiques diamants! Mais, Manrique, n'est-ce point une folie? On dit ])arloiit, vous dites vous-même, que la fortune des Almeïda n'est plus ee qu'elle était jadis. Les terres que vous avez vendues, cette vie retirée que vous menez...

Don Manrique. — Rassurez-vous, Séraphiue, l'étoile des Almeïda ne pâlit que pour un temps; viennent des jours meilleurs, et vous verrez s'écarter les nuages dont elle s'entoure à présent. Jusqu'alors, n'ayez aucun scrupule à recevoir les présents dont jai tant de bonheur à vous combler. Et maintenant je pars. Adieu, ma reine et ma vie.

DoNA Séraphine. — Adieu, mon amour et mon seiuneur.

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