‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 148 sur 156 · S0 LA PELLE NE DOIT PAS · texte numérisé non relu

S0 LA PELLE NE DOIT PAS

quuis de mon vieux l'hibaut , c'est ce que mes lecteurs décideront dans leur sagesse. Quant à moi. sans m'en informer autrement, yi montai chez le magistrat littéraire à qui j'allais rendre visite.

En attendant qu'il congédiât un visiteur matinal, qui, me dit-on, m'avait prévenu, son valet de chambre me remit un faix de journaux dont machinalement je rompis les bandes. L'un d'eux renfermait une critique des plus excessives, justement dirigée contre l'aristarque dont j'attendais le loisir. A propos d'un roman qu'il venait de mettre au jour, certain auteur rancunier, jadis fustigé par lui , s'évertuait à démontrer — la critique de nos jours est passablement envahissante — que mon ami n'avait ni invention, ni stvle, ni esprit, ni bon sens, ni cœur, ni conscience. Bref, l'attaque était de telle nature que je me j)romis bien de ne l'avoir jamais lue, et par un sentiment de charité irrélléchie, je la glissai lestement dans la poche de mon paletot.

Au même instant, l'aristarque apparut, dans toute la sérénité de sa puissance :

— Ah ! vous voilà, très-cher! Je devine ce qui vous amène. Vous venez m'implorer pom- vos Trois Tètes et pour leurs

Proverbes A merveille; vous savez que je suis bon

prince... Mais, entre nous, convenez que c'est là une plaisante idée... Des proverbes ;... qui se soucie maintenant de proverbes?... Cent Proverbes... pourquoi cent Proverbes?

(ïent et un, je ne dis pas... Et ces Trois Tètes on dira

qu'elles n'ont pas de l'esprit conune quatre Quant à

(irandville, à la bonne heure... Encore nos Athéniens se lassent-ils de ses succès, comme cet autre se lassait de la

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probité (lAristide... Allons, soyons IVaiics... Nous n'en

dirons rien :... mais le li\n' csl nian([n('' Les anlcnis.

gens dc'spiil, ))ren(lr()nt lenr revanelie... lùnhrassons-nons et qu'il n'en soit pltr- (|nestion... si ee n'est pour ii-s accabler d'éloges...

Ce flux de paroles dédaigneuses ne m'avait pas laiss('' le temps de placer un seul mot. Tout à coup, vers la lin de la désobligeante apostropbe, il me vint une idée Inniineuse : je tirai de ma poche la critique dont j'ai parlé; puis, sans autre explication, je la plaçai sous les yeux d(> l'aristarque.

Dès les premières lignes , sou visage changea d'expression: sa bouche souriait encore, il est vrai; mais son regard démentait ce sourire sardonique, et, bien que décochés par une main malveillante , tous les traits de cette boutade injuste arrivaient droit à leur but. Il avait commencé par saluer d'un bravo désintéressé les épigrammes les pins mordantes, les plus amères attaques : mais peu à peu ce faux sang-froid disparut, et fut remplacé par un dépit pins sincère. Mon homme balbutia quelques })laintes inintelligibles contre l'injustice des hommes , la malveillance de parti pris, etc.. mais s' apercevant qu'il frisait le ridicule :

— N'en parlons plus , s'écria-t-il , et revenons à vos Proverbes. Je vous promets de les lue...

— Vous ne les avez donc pas lus?

— Non vraiment. Cela vous étonne?

— Votre opinion si bien arrêtée me faisait croire...

— Ah bah!... Propos en l'air. Pures fadaises. N'y faites pas attention.

Bref, l'aristarque se montra tout a coup plus modeste el

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