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voilà (|iii esl plaisant, ajouta avec un rire lorcé un ^land jeune !iomni(> à luoustaelies l)londes. Je uie souviens, Mesdames, d'avoir ligure une seule lois en ma vie dans un [)i(t\erl)e; ('"('tait au collège, le luot était dsi/ms asuiuni f'ricdt... J'étais mi si hou écolier que tout le monde disait (|ue je devais me charger des deux rôles.
On s'égaya ainsi pendant quelques instants aux déj)ens du pauvre chevalier, qui, sans ajouter un seul mot, alla reprendre sa place sm* la ])elouse en cachant un sourire ' malicieux sous un air (rindilTérence. Cependant, pour chasser l'ennui, on eut recours h. divers expédients.
Le jeune homme à moustaches hlondes tira de sa poche un volume de poésies intitulé Crises nerveuses, et se mit à déclamer les passages les plus saisissants. An hout de deux pages, plusieurs dames prirent leurs flacons; par précaution sanitaire, la lecture fut interrompue.
Une autre personne déploya un journal, et proposa de lire la suite d'un roman en trois cent soixante-cinq feuilletons, qui avait commencé le premier janvier et devait tinir à la Saint -Sylvestre. L'auteur n'en était encore qu'aux gelées hlanclu>s ; on résolut de l'attendre aux chaleurs.
On essaya aussi de la musique : on entonna des chœurs, des nocturnes, des mélodies sur la mort, les tomheaux, le suicide, les fluxions de poitrine, etc. Alors quelqu'un demaiula le De profundis; on applaudit, et les voix se turent.
Enfin , quand on eut épuisé toutes les distractions et tous les passe-temps possibles, il arriva... Mais comment vous dire. Mesdames, ce qui arriva? Comment vous peindre toutes ces jolies têtes s'inclinant à demi sur ces blanches é[)anles; ces paupières se fermant à la fois comme des belles
de nuit; les lioniiiies bâillant de leur côté et cédant à ce sommeil frais et doux que le far nieiite répand dans l'après-dîner sur le front des heureux habitants de Naples? Au bout de quelques instants, vous n'eussiez plus vu dans toute la réunion un seul œil ouvert; tordes les poitrines murmuraient à l'unisson; c'était le palais de la Belle au bois dormant.
Mais à peine l'assemblée fut-elle assoupie que la pelouse s'aaita, les arbres tremblèrent, et l'on entendit dans toute l'étendue du parc un bruit pareil à celui qui se fit dans le jardin du duc, au moment (m le brave don Quichotte de la JManche et son fidèle Sancho se disposèrent à monter sur le dos de Chevillard.
Des timbales, des fifres, des clairons, des instruments guerriers, mêlés au son du tonnerre et à des décharges d'artillerie, firent d'abord un vacarme effroyable; puis une nuit épaisse couvrit la pelouse, et, après quelques minutes d'une obscurité profonde, tout le parc parut illuminé. On vit alors sortir de toutes les allées des personnages bizarrement accoutrés; les uns ailés, les autres diaphanes ; celui-ci haut comme un géant, celui-là rabougri comme un nain. Quand cette fantastique multitude fut rassemblée devant le château, on entendit ces paroles sortir des rangs : — Vengeons-nous, vengeons-nous ! Guerre aux téméraires qui ont osé nous mépriser, nous, les seuls dieux; nous, les seuls enchanteurs de ce monde; nous, qui avons inventé et mis en circulation toutes les légendes , diableries , scènes , fabliaux , histoires, nouvelles, traditions, comédies, que messieurs les poètes et romanciers de tous les âges n'ont fait que nous emprunter pour les varier suivant leur fantaisie !
Un coup de silUcl \iiit couper court à cette iniprovisatioii remarquable ; la nuit rc»gna de nouveau , et bientôt un personMaji,(' d'une baute taille, \ètu d'babits couleur de l'eu jusqu'à la ceinture, et couleur de fumée depuis la ceinture jusqu'aux pieds, se mit à parcourir la pelouse, une torcbe à la main, en ayant l'air de faire des préparatifs :
— Vous voyez en moi, dit-il, le plus vieux et le plus célèbre artificier de la terre; car sans le secours de ma tête et de mes pieds, je défie tous les Ruggieri du monde de lancer en l'air la moindre fusée volante...
En disant cela, il frappa du pied, et l'on vit commencer un feu d'artifice si éblouissant , si nouveau , si bardi , que l'on comprit bien que l'enfer en personne y avait mis la main. Après une succession de feux de toute espèce, et dont le moindre eût fait pâlir de jalousie tous les bouquets de notre pyrotecbnie officielle, on vit s'élever en l'air un palais tout de flammes, au milieu duquel était assis sur un trône pbosphorescent le personnage éminemment combustible qui s'était annoncé, avec raison, comme le premier artificier du monde. Siu'sa tête, on lisait cette pbrase écrite en majuscules flamboyantes sur un fond noir :
IL n'y a pas de feu sans fumée.
On voulait porter en triomphe le proverbe de l'artifice; mais le palais de flammes s'éteignit aussitôt, et il en résulta une fumée si noire et si épaisse, que les spectateurs, tout endormis qu'ils étaient, furent obligés de se frotter les yeux en proclamant la vérité du proverbe.
Leurs yeux se rouvrirent pour contempler un spectacle d'un tout autre genre. La pelouse parut illuminée d'innoin-
G LES PROVERBES VENOES.
hrables bougies et ornée de roses du Bengale, de buissons verl-[)onnne, de cascades bleues, de piédestaux, de \ases. de statues; chacun reconnut l'île des Ballets.
On vit sortir de dessous tei're de charmants petits Amours, liaiils de trois pieds tout au plus, ayant les cheveux couleui' d'azur, portant des colliers formés de cailloux transparents, mie urne sous le bras, des couronnes de cresson sur la tèle. ils allèrent tous se jeter les uns après les autres, la tète la première, dans un réservoir entouré de fleurs, placé sur le devant de IS scène. Quand le dernier Amour eut fait le saut périlleux, il s'éleva du fond du réservoir une nymphe d'une haule slature, coui'omiée de roseaux, aux mouvements simieux, qui se mil a e\(''cuter plusieurs pas ciiarmanls en forme de méandres.
On demanda l'auteur, et on apprit que ce ballet avait été composé par un vieux provei'be connu sous le nom de :