‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 42 sur 156 · A MADEMOISELLE MANON LECLERC, DE L'OPÉRA · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE MANON LECLERC, DE L'OPÉRA

Manon, Manon, je suis libre : la grâce a touché mon farouche colonel. Il avait refusé à la marquise, sa femme, d'annuler mon engagement, et je croyais t' avoir à jamais perdue, lorsque hier, par son ordre, un sergent m'a conduit à son hôtel. Je soupçonne que tu sais déjà la S(X'ne de comédie, oii j'ai dû jouer, impromptu , le rôle le plus bizarre.

Le marquis était, en négligé du matin, dans un petit salon , derrière sa chambre à coucher : près de lui , sur un fauteuil , une petite femme , qui tournait le dos à la porte . et dont je n'apercevais d'abord que les mules de satin rose.

10(1 ZAFFAl CABHIS

Pardonne, Manon : je crus nn instant qne c'était toi; mon sang ])Ouillonnait déjà dans mes veines, qnand cette jolie personne se leva pour accourir au-devant de moi, et ne m'offrit qu'un visage inconnu :

— Mon cousin, me dit-elle, je n'ignore pas qne je suis pour beaucoup dans le mauvais parti que vons avez pris et qui désolait notre famille. Je me suis crue obligée de réparer le mal que j'avais fait sans le vouloir; et j'y suis parvenue grâce à la générosité de monsieur votre colonel. Cédant à mes instances, il m'a rendu ce papier que je vous rends à mon tour, en vous priant de ne pas me forcer à vous racbeter une seconde fois.

Pendant ce discours, où je ne comprenais goutte, et qui égayait visiblement le colonel, j'ai dû faire une mine des plus bébétées et des plus tristes. Aussi, ma cousine m'at-elle tourné le dos avec un sourire de pitié , tandis que le marquis me congédiait, ce qu'il a fait de très-bonne grâce, en me reconduisant jusqu'à la pièce voisine. Là il m'a dit à demi-voix :

— Ne vous désolez point trop , Monsieur. Vous êtes plus aimé que moi. Cela suffit pour que je ne sois pas longtemps votre rival. Ne m'en veuillez pas d'avoir profité de mes avantages, et, en échange de la liberté que je vous rgnds, laissez-moi espérer de vous un léger service.

Madame votre mère et la marquise m'avaient demandé sans 1 obtenir ce que j'accorde à mademoiselle votre cousme... Ceci lient uniquement, je vous prie de le croire, au talent avec lequel cette aimable personne rédige ses placets et fait valoir les causes dont elle se cbarge... Mais comme ma comj)laisance pour elle sei'ait peut-être mal interprétée.

C !• l'As 7. AFIAI MOI TONS.

vous maidcrcz à jx'rsii.ulci' voire mric (inc jo vous rends a clic... cl à sou élève.

.lai (ont promis, connne lu peux li' penser, sans laire })arl an colonel de tontes mes conjeclnics et de tontes mes réflexions. La pins sériense (pie m'inspire celle folle a\eiitnro est qne cliacnn ici-bas a son talent, son })elil sa\oii', et doit s'occuper des alïaires où ils sont de mise. Madame la marquise a bien des vertus; mais si je n'avais pas eu de meilleures protectrices, j'allais tout droit an réj^iment. Pour servir dans l'occasion un mauvais sujet de mon espèce, rien ne vaut Aci^ l'emmes counue vous. Au revoir, ma Terpsicbore !

ÉnoiARi) T... dit Valkntin.

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