‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 70 sur 156 · BREBIS COMPTÉES · texte numérisé non relu

BREBIS COMPTÉES

poser aux sentimouls de Gillette. 11 craignait (.railleurs les madrigaux, les chansons, les devises tendres qui couraient le pays, et préféra envoyer Guillot et Gillette droit àTéglise. afin de les soustraire à linllueuce de régloirue.

Peu de temps après ce mariage , le fermier Robin mourut ; il laissa sa ferme à Guillot, qui eut des bergers à son tour, mais qui leur recommanda surtout de ne jamais compter ses brebis, sachant par expérience ce qu'il en coûte pour faire ce compte. A force de passer son temps avec Astrée et Céladon . il avait tini par exprimer ses pensées sous une forme mythologique : — Le mieux, disait-il, est de recommander son trou})eau à Pan . à Paies et aux autres divinités champêtres.

Guillot de Ni ut le plus riche fermier du Forest et en outre le plus heureux des époux ; Gillette effaçait toutes les autres fermières par sa beauté et sa fécondité : chaque année elle mettait au monde une fille, si gracieuse et si jolie qu'avant qu'elle eût atteint l'âge de sa première dent, les autres bergers lui avaient déjà adressé des sonnets, et toutes sortes de galanteries champêtres. Guillot eut ainsi successivement d'années en années jusqu'à neuf tilles, qui furent comparées aux neuf Muses et baptisées sous des noms poétiques.

Mais, une année après avoir mis au monde la dernière , Gillette mourut, et Guillot se trouva seul, ayant à élever et à surveiller neuf merveilles, neuf astres, neuf divinités,. dont une seule eût sufti pour devenir l'Hélène du Forest et bouleverser ces lieux fabuleux et enchanteurs que nous appelons aujourd'hui le département de la Loire.

Guillot laissa grandir ses filles , et parvint à un temps où la plus jeune avait treize ans à peine et où l'aînée n'en avait

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pas viii^l-ciiuj. IMiis (|ut' lout autre, il (ciiail à ce que ses iillos consenassenl leur sagesse et lussent à l'abri de la inétlisance. Mais il eut recours à un moyen singulier et auquel Fénelon n'avait certainement pas songé dans son livre sur \ Éducation des Filles. Il les laissa courir librement le long du Lignon, sans jamais chercher à observer leurs démarches, se (laut entièrement à leur candeur, ne leur demandant compte ni des compliments que l'on semait sous leurs pas, ni des déclarations en vers et en prose que le zéphyr leur apportait: Guillot savait que les choses n'iraient jamais plus loin que l'allégorie.

Cependant, un des seigneurs du voisinage voulut, à la fête du pays, qu'on lui désignât la fille la plus sage pour lui décerner de ses mains la couronne de rosière. Ce fut à qui lui indiquerait les neuf filles du fermier Guillot, qui avaient eu le mérite d'être restées toujours pures et vertueuses au miheu des bergers les plus tendres.

Le seigneur regretta de n'avoir pas à distribuer neuf couronnes ; mais pour éviter que la jalousie se mît entre ces charmantes sœurs, il sépara la couronne en neuf parties égales et remit à chacune une rose blanche. Guillot était vieux alors, et comme il regardait avec attendrissement celte cérémonie, le seigneur, qui faisait des rosières pour se consoler d'avoir vu sa fille aînée s'échapper récemment d'un couvent très-austère sous la conduite d'un page d'Anne d'Autriche, dit au fermier :

— Maître Guillot , pour conserver ainsi vos neuf filles si pures, si sages, vous avez dû prendre de grands soins, les surveiller nuit et jour*?. . .

— Point du tout , Monseigneur , répondit Guillot avec

BREBIS COMPTEES, ETC.

naïveté; je les ai au contraire laissées entièrement libres; je me suis contenté d'invoquer un vieux proverbe dont j'ai reconnu la vérité quand j'étais berger, et qui m'a appris par expérience que :

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0 toutes les académies la plus illustre esl sans contredit celle de Pékin ; elle lut l'ondée environ six mille ans avant la notre, ce (|ui ne l'empêche pas de travailler encore à ini dictionnaire de la langue chinoise : nous aurions tort, on le voit, d'accuser la lenteur de nos académiciens. Cette académie se compose, du reste, de (piaranle membres qui prennent de leur vivant le titre d'immortels; ils ont en outre le droit de porter des palmes vertes sur leur robe , et d'entrer sans passe-port dans les musées. Il n'est pas absolument nécessaire d'avoir du génie pour l'aire parlie

(le l'académie de Pékin. En beaucoup de points, cette académie se rapproche de celle de Paris.

L'immortel Hiu-Li venait de mourir. Ce Hiu-Li avait fait un bon mot à l'âge de quarante ans. Ce bon mot avait été raconté chez le gouverneur de la province, qui le répéta à une soirée du premier ministre, qui en parla à l'empereur. Sa Majesté ayant daigné rire , Hiu-Li fut proclamé un des hommes les plus spirituels de la Chine, et l'académie n'hésita pas à l'appeler dans son sein. Hiu-Li vécut sur ce bon mot, et mourut sans en avoir fait d'autre.

Quelques jours après la mort de Hiu-Li, un écrivain dont la réputation est sans doute venue jusqu'à vous, le célèbre Fi-Ki, rédacteur de la Revue de Pékin , s'adressa la harangue suivante :

« jMoii cher Fi-Ki ,

' « Voilà bientôt dix ans que tu tiens le sceptre de la critique dans un des recueils les plus estimés de la Chine, et par conséquent de l'univers. Tu as dit tour à tour du bien et du mal de toutes les écoles; tu as su distribuer l'éloge avec une sage profusion; il faut voir maintenant combien l'encens rapporte. Tu deviens vieux, le pul)lic commence à se lasser de tes articles; le moment est venu de faire une lin; tâche d'entrer à l'académie : une fois immortel, c'est bien le diable si l'on ne te nomme pas bibliothécaire; tu achèveras ainsi ta vie au sein d'une médiocrité dorée. conuTie dit un de ces poètes de l'Occident dont je parle déjà, connue si j'étais académicien , sans les connaître. »

l'i-Ki lrou\a son raisonnement fort juste. Il se lit taire

SON ClKlUiK. IS!)

la (|U(Mit>, mil iiiic pliinic iictivc à son Ixmiicl, endossa sa plus belle rohe, el loua nu |)alan([nin à I lieinc ])oin" alleil'aire ses visites.

A Pékin, comme à Paris, l(!s candidats à l'académie sont obligés de se présenter individuellement cbez cbacun de leurs lulurs collègues, et de leur déclarer qu'ils sont les seuls dignes de leur choix. Fi-Ki se rendit d'abord chez l'académicien Fank-Ilou. (l'était un bonze, qui avait publié un recueil d'homéhes et d'oraisons funèbres.

— Seigneur, lui dit-il, mon nom ne vous est peut-être pas inconnu. Je suis Fi-Ki, un des rédacteurs habituels de la Revue de Pékin , et je viens solliciter votre suffrage pour être de l'académie.

— Vous voulez remplacer le fameux Hiu-Li, l'homme le plus spirituel de la Chine ?

— Hélas! j'ai bien peu de droits, je le sens, à un tel honneur; mais je me consolerai de ma défaite si j'obtiens votre voix. L'éloquence de la chaire est selon moi la plus importante branche de la littérature, et, de l'avis de tout le monde, vous êtes le premier de nos orateurs religieux; je sais que de soi-disant critiques contestent ce fait; mais je ferai justice dans la Revue de Pékin de leurs sottes prétentions.

— Quand paraîtra votre article? demanda Fank-Hoii.

— Après l'élection, répondit Fi-Ki; et il se retira en saluant humblement. Il se lit conduire chez Hang-Hong.

Hang-Hong, autrefois capitaine dans les Tigres d(! la garde inqiériale, était l'auteur d'une vingtaine de volumes de poésies fugitives; il célébrait perpétuellement les jeux, l'amoui'et les ris, et sablait |)arl'ait(nuent ro|)ium, qui est le clunnpagne de la (Ibine.

— Salut, dit Fi-Ki en entrant, au plus grand poète de l'Empire Céleste!

— Qui êles-YOus? demanda Hang-Hong mécontent d'être dérangé au moment où il allait fumer sa pipe.

— Un sectateur ardent de la poésie fugitive , un de vos plus profonds admirateurs, un humble critique qui sait vos vers par cœur.

— Vous savez mes vers par cœur? répondit Hang-Hong radouci.

— Qui ne retiendrait pas cet impromptu charmant que vous avez adressé à mademoiselle All-Mé, qui vous demandait son épitaphe"?

Surl'écorce d'an noir cyprès, Vous voulez en vain que je trace Votre épitaplie el nos regrets; I^amour sans cesse les efface Avec la pointe de ses traits.

Crois-tu , dit-il , qu'à son aurore , All-Mé, plus brillante que Flore, Ait rendu le dernier soupir"?

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