‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 78 sur 156 · APRE MORSURE · texte numérisé non relu

APRE MORSURE

([iicllcs ('S|)('r;uic(!S, grands dieux! — au prix des plus si'duisault's réalités. — Couveuoz-cii , la moitié de la somnio (|ii(' NOUS a\('z donu('(î à ce niaïaud de (îiitli a étc' dépeiis(''e pour tiier de sou galetas 1 iullexihie ohjel de \os \(eu\. Un sourire indulgent, ou tout au moins un chaste soupir, a payé ce généreux sacrilice. 11 y a mieux: Touina, cédant à vos instances, vous a permis de lui donner à souper, mais à condition que la hideuse matrone dont elle se dit la tille assisterait, poiu' empêcher la glose, à cet innocent l'estin. .le vous connais assez, et je vous vois rougir de trop hou cœur pour douter que les choses se soient passées connue elle la voulu. Grande chère, vins de choix, service magnitique, le tout assaisonné de mystère, et vous en avez eu pour vos cinquante ducats tout au moins. Peut-être commenciez-vous à vous repentir; mais il était trop tard, et depuis lors, spéculateur aventureux, vous courez, comme on dit, après votre argent. Plus elle vous voit engagé, plus cette laideron vous tient la dragée haute, toute tière de vous trouver docile à ses moindres caprices. Je vous fais bien mon compliment du costume dans lequel nous l'avons vue au dernier bal masqné ; son habit de velours rose , brodé en paillettes d'or, était d'une richesse extrême; le solitaire qu'elle avait au doigt vous coûte, je m'y connais, de cent trente à cent cinquante ducats. Sa haute de blonde noire était d'une beauté remarquable pour la tinesse et le dessin. D'ailleurs n'a-t-elle pas pris graïul soin de vider ses poches devant nous? Tabatière d'or, étui d'or, jjonbonnière entourée de perles tines, lorgnette superbe, breloques étincelantes de petits diamants, rien ne manquait à cet ajustement magnifique dont je ne \eux pas

\oiis rappeler la valeur, pour ne pas ajouter à \os déboires. Mais, si je ne vous dis pas ce qu'il vous a coûté, je puis au moins vous dire ce qu'il vous rapporte ; c'est le très-sincère mépris du petit monstre pour lequel vous vous ruinez. Toniiia, maintenant que, grâce à vous, elle fait une espèce de figure, trouverait charmant de vous planter là sans vous avoir rien accordé, pour un homme qui n'attendit pas sa fortune d'un coup de dé ou d'un heureux paroli.

En revanche, — et c'est le plus piquant de votre histoire, — avec beaucoup moins de tourments et de dépenses, jeune et bien fait comme vous lêtes, vous pouviez aspu*er aux plus beaux succès. La comtesse, oui, la comtesse ellemême , — bien qu'elle ne soit pas à vendre, — eût accepté vos soupirs si, courageux à propos, vous eussiez fait pour elle, au carnaval dernier, la moitié des folies auxquelles vous a induit une créature qu'il ne faut pas même songer à lui comparer. Remarquez que je ne vous parle point de la Baletti, de la Ramon, de la Steffani, de la Papozze; quels que soient leur vogue et leur renom , la plus huppée d'entre elles sait trop bien ce qu'elle vaut au fond pour imposer des conditions très-sévères. Avec une pluie d'or comme celle qui vous a ouvert les portes du grenier où végétait Tonina , je me serais fait fort de ])énétrer chez toutes les Danaé du corps de ballet.

Casanova, se levant alors de son fauteuil, se promena par la chambre en agitant son mouchoir inq)régné d'essence.

— Sachez, carino ^ continua-l-il d'un ton protecteur, qui me déplut horriblement, sachez une fois pour toutes que, dans la vie, on se trouve toujours bien d'avoir affaire aux marchands enrichis, dnuseiises ou non; leur position

\i^ Y^^^"^^ ^^^'^^^^■'^^ VYo\dVt v^vx\o\^ uut SVAXU^^ OmVw.

APllE MORSURE.

laite les rend inuins UNides. Au coiilraiiv, (jiiieoii(|iio a U)uli> sa loiiiine à créer marclie vers ce hul /jer Jas et /te/as. Si vous craignez les comptes d'apothicaire, n'appelez jamais le notaire (uii vient (Taclieter sa charge ; n'entrez jamais chez l'auhergiste récemment étahli ; tenez-vous à l'écart de ces jeunes praticiens en tout genre qui déharqiient sur la scène du monde , les poches vides, l'œil au guet, les mains en avant. Dans tout ventre creux la conscience est au large; il n'est guère de scrupule que le besoin n'apaise ; moins on a, plus on veut avoir; et, suivant un vieil adage dont j'ai reconnu la justesse, il faut toujours attendre

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