‹ Cent proverbes (volume 2)Chapitre 91 sur 156 · LES LOUPS LE IVIANGENT · texte numérisé non relu

LES LOUPS LE IVIANGENT

omiiie il est gentil Jacquot, comme il j^^^^^QI ^'^'bat joyeusement an milieu des prés! 11 va, il vient, il court, il saute. Le voilà qui s'arrête au bord du ruisseau; son gros œil l'ond se li\e sur le cuuiani d'un air curieux; tout à COU]) ses oreilles se dn^ssenl droites et immobiles , il a vu son ombre, et il a peur. Mais bientôt il reprend coinage; ii se met de j)lns belle à cabrioler, à se rouler

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sur riicfhc rpaissc cl Iciidrc, tloiil il ioiul à cIkuiik! iiistaiil lin peu plus ([iic la lai'<i(Mir de sa laiij^iic. Les ciiraiils du iiu'iiiiicr le poiirsiiivciil ; ("t lui, fcl antre ('iilaiil, il jour a\('C ('ii\ cl maille dans iciii' main.

NOiis ailliez beau parcourir tons les moulins, tontes les l'ermes des environs, mille ])art vous ne trouveriez un àne aussi joli, aussi gracieux ({ue Jac([Uot. Sa robe est «irise, le bout de son museau ])lanc comme le lait; ses ([ualre jambes sont traversées par une raie noire, jusle à l'endroit oii la jeune meunière allacbe ses jarretières; sa (pieuc esl terminée par une ma<;nitique touffe de poils frisés et soyeux ; il a ce qu'il faut d'oreilles à un àne de bonne conditioji. Certainement l'àne qui inspira à M. de Biiffon son fameux chapitre, n'était ni mieux fait, ni plus beau (pie notre Jacquot.

Jusqu'ici on l'a laissé libre, il a pu sans contrainte se livrer aux joies bruyantes de l'enfance; mais le jour esl arrivé où il doit faire son entrée dans le monde. Quelle belle journée ! comme les foins sentent bon ! quelle douce saveur ont les fleurs de la luzinaie ! Jac([not n'a jamais été plus vif, plus espiègle, plus coquet; oji dirait, à voir sa légèreté, qu'il court après les papillons qui voltigent autour de lui. Sois heureux, Jacquot; jouis une dernière fois des charmes de cette matinée de printemps. L'enfance, c'est la liberté, c'est l'insouciance, c'est le bonheur; dans un moment tu diras adieu à tout cela. Le meunier s'avance , tenant la bride d'une main, de l'anire le bat; Jaccpiot le laisse approcher sans détiance. L'éclat des pompons rouges le séduit; voiLà, pense-t-il , une parure ([ui ue me messiéra point, j'irai tantôt me mirer dans l'onde* voisine. La bride

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est passée, le ])àt est sanglé; Jacquut ne se possède pas de joie, il veut s'élancer du côté de la rivière; mais un poids inconnu relient son élan, la pression du fer sur sa bouche lui fait pousser un cri de douleur. Voilà Jacquot bien étonné d'être obligé d'aller oii il n'a nulle envie de se rendre, c'està-dire au moulin.

Le mallieiu" donne une prompte expérience ; Jacquot ne tarda pas à comprendre la vanité de ses espérances. Déjà les maudits pompons qui l'avaient séduit ont perdu leur éclat; porter le blé au moulin ou la farine chez les ])ratiques, se lever à l'aube, se coucher à la brune, rester enfermé le dimanche , ne plus aller au pré que pendant quelques jours de printemps, et encore n'y rester qu'à la condition d'être attaché à un vil poteau : tel est le sort de Jacquot. Cependant son excellent naturel ne s'est point altéré dans l'esclavage. Après tout , se dit-il, en comparant ma situation avec celle des autres ânes mes confrères, je ne dois pas me trouver trop malheureux ; ils travaillent comme des forçats, on les nourrit mal, et on les accable de coups. Je travaille comme tout àne honnête homme doit le faire; ma paille est tendre et ma litière fraîche ; les enfants de mon maître, qui ont été mes camarades d'enfance, m'aiment et m'apportent de temps en temps quelques friandises dont je jne régale; le meunier lui-même m'estime, et j'en suis quitte avec lui pour quelques bourrades qu'il m'administre lorscju'en revenant de la ville il s'est arrêté un peu trop longtemps à la porte d'un cabaivt.

Raisonnable comme nous le voyons , Jacquot aurait du mourir au moulin, regretté de tous comme un membre de la faniill(\ Le meunier, sa femme et ses enfants y coin})-

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