‹ Cent proverbesChapitre 122 sur 257 · A CHAQUE SAINT · texte numérisé non relu

A CHAQUE SAINT

— Que voulez-vous, jeune homme ?

— Vous demander un conseil.

— Parlez.

— J"ai l'intention de publier dans la Revue de Pékin une série d'articles sur les tendances de l'école dramatique moderne ; je voudrais remettre en lumière quelques gloires qu'on oublie depuis trop longtemps. Qui mieux que le célèbre Nung-Po peut m'ètre utile dans cette grande entreprise? Je prétends terrasser le romantisme.

— Nos ennemis sont puissants, audacieux.

— On doit s'attendre à tout de la part de gens qui ont brisé la césure.

— Qui ne reculent devant aucune monstruosité, pas même devant l'enjambement.

— Qui violent toutes les unités.

— N'importe, illustre Nung-Po, avec votre appui je les combattrai, et j'espère les vaincre; je crains seulement une chose.

— Laquelle?

— C'est que cette polémique ne nuise à ma candidature à l'académie.

— Vous voulez remplacer Hiu-Li?

— J'ai déjà la voix de votre ami Hang-Hong.

— • Vous aurez la mienne, jeune homme; il faut seconder ceux qui veulent mettre en lumière les gloires oubliées; vous serez des nôtres. Venez me voir demain; en attendant, je vous promets mon appui.

Fi-Ki remonta en palanquin et se fit descendre devant la porte de Nou-Fou. Nou-Fou était le chef de l'école romantique; Fi-Ki le connaissait de longue date; il avait puissamment contribué à sa gloire ; c'était lui qui s'était placé à la tête de cette troupe de mineurs littéraires qui

SON CIERGE. t'ol

avaient fait sauter devant Nou-Fou les portes de lacadémie. Pas un jour ne s'était écoulé depuis une dizaine d'années sans que Fi-Ki eût fait pour son chef de tîie un de ces articles d'éloges qu'en Chine on appelle réclames; c'était bien le moins que Nou-Fou se montrât reconnaissant. Fi-Ki l'aborda de la manière suivante :

— Comment se porte notre grand Nou-Fou?

— Et le plus spirituel de nos critiques,- répondit celui-ci, comment va-t-il?

— Il est malade.

— Qu'a-t-il donc?

— Une candidature à l'académie.

— Si jeune, et déjà vous songez à mourir !

— L'école moderne est menacée; la tragédie relève la tête; il faut payer de sa personne : voilà pourquoi je me présente. On m"a fait des propositions de la part de Nung-Po si je voulais passer aux classiques avec la Revue de Pékin.

— Qu'avez-vous répondu?

— Que jamais je ne changerais de drapeau, et que mes amis sauraient bien me faire entrer à l'académie. Je veux rester fidèle aux idées et au drame modernes ; je mourrai sur la brèche du lyrisme dans l'art. Jugez si je pouvais consentir à voir la Revue de Pékin arborer sur sa bannière un autre nom que celui de notre grand, de notre gigantesque, de notre pyramidal, de noire formidable Nou-Fou?

— Je n'attendais pas moins de vous, cher ami. A quand l'élection ?

— Au premier jour de la lune nouvelle.

— C'est bien. Vous serez imiiiorlel.

Fi-Ki visita successivement tous les académiciens, et

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