A TUÉ PLUS DE GENS QUE L'ÉPÉE
Gula plures (juam r/kulins peremil. — Proverbe fondé sur une observation incontestable et adopté comme aphorisme par le célèbre docteur Sydenham, surnommé IHippocrate anglais. La gournmndise, en effet, a toujours été plus mortelle que la guei rc. Les philosophes, sur ce point, n'ont jamais pensé autrement que les médecins.
Suivant Diogène. l'Estomac est le fjovffre ou le tombeau de la vie. On lit dans le Ilava-Mal, |)0éme gnomique des Scandinaves : le gourmand manfje su mort. Nous disons très-pittoresquement quil creuse sa fosse avec ses dents.
Sénèque s'écriait : « Vous vous donnez du nombre infini des maladies? Comptez donc les cuisiniers. » Innuis.
330 LA GOURMANDISE
viprabiles morbos esse miraris? Coquos mimera [Epist. xcv).
« Le tlîner lue la moitié de Paris, et le souper tue l'autre. » (Montesquieu.)
Riais la gourmandise ne borne pas ses funestes effets aux maladies ou îi la mort de ceux qui s'y adonnent; elle engendre une foule de vices qui influent d'une manière déplorable sur la moralité. Combien d'actions coupables se commettent dans les fumées de la digestion qui n'auraient pas lieu à jeun! Les législateurs de l'antiquité le savaient bien lorsfju'ils appelaient la diététique à l'appui des bonnes mœurs, en promulguant des lois de régime. En Egypte, en Grèce et ailleurs, ils avaient défendu de traiter les affaires imporlantes après le repas, de peur qu'il n'eût sur elles une iniluence déraisonnable et perturbatrice. Excellent usage conservé chez les peuples modernes pour les délibérations des corps de l'État.
C'est la même raison, sans doute, qui avait inspiré à Charlemagne le capitulaire d'après lequel les comtes administrateurs de la justice ne pouvaient tenir les plaids s'ils avaient bu et mangé.
Des rois de France de la troisième race voulurent imjjoser la sobriété à leurs sujets (pii s'en étaient peut-être trop écarlés, et ils leur enjoignirent de s'en tenir an pot et au rôt, c'est-à-dire aux deux services du bouilli et du rôti.
Une ordonnance de Philippe le Bel. en i'olo, régla la quantité des mets pour chaque repas . savoir : pour le diner, un plat de viande avec un entremets, et pour le souper, le potage au lard accompagné de deux plats.
Le seizième canon du concile provincial tenu dans la ville d'Angers, en 'lo65. interdit aux ecclésiastiques, quelle que fût leur qualité, d'avoir plus de deux plats sur leur