A TUÉ PLUS DE GENS QUE LÉPÉE
table, à moins que ce ne fût pour la réception d'un prince ou d'un personnage de haute considération.
Un règlement fait sous Charles \l prescrivit également de ne servir, en surplus du potage, que deux mets; les deux mets habituels très-probablement. iXemo audeat dare prœler fercula duo cum potagio.
Le soin qu'on prenait de renouveler de telles prescriptions prouve qu'elles étaient souvent enfreintes. D'infraction en infraction , elles tombèrent en désuétude, et les gourmands du xv" siècle purent en toute liberté s'adonner à la bonne chère, corps et àme, tripes et boyaux, suivant l'expression de Rabelais. Le repas alors se divisait en cinq services où figuraient des mets nombreux accommodés à toutes sauces, ainsi que nous l'apprend Taillevent, dans son Viandier pour appareiller toutes manières de viandes.
Cet art de la gueule, comme l'appelle IMonlaigne, n'a pas cessé depuis de croître et d'embellir. Nous l'avons vu, sous la Restauration, prendre une importance politique et devenir une sorte d'instrument de règne. Nous le voyons encore en possession des mêmes prérogatives considérablement augmentées, et la justice nous oblige à reconnaître que, si le régime royal a inauguré ce mode nouveau de gouvernement, le régime impérial la élevé à sa plus haute puissance. Celui-ci, grâce à son habileté financière qui lui a permis de doubler le budget, a pu seul placer la table ministérielle au niveau tle la table des lois, la faire servii' de contre-poids à la tribune et assurer sa prépondérance en donnant pleine satisfaction à une grande armée de ruraces, en comparaison desquels les anciens rentras tant chansonnés semblent aujourd'hui tout à fait insignifiants. Ou'on reproche, si l'on veut, ii un tel système d'avoir divisé le pays en deux classes, celle de mangeurs et celle des jeu-
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neurs, les premiers, menacés de crever de réplétion, et les derniers de périr d'inanition ; nous ne voulons voir, quant à nous, dans ces deux faits liés l'un à l'autre, quoique contraires, que deux preuves de la vérité de notre proverbe. '
La mise en scène de ce proverbe par Grandville n'a pas besoin d'être expliquée, et nous sentons qu'il est inutile de décrire avec des mots ce qu'elle expose aux jeux en traits si expressifs et si caractéristiques. Il n'est personne qui ne puisse, à la simple vue, saisir l'idée tout entière de cette composition, tant elle s'y trouve accusée d'une manière claire et significative dans l'ensemble et dans les détails. Mais nous tenons à louer l'artiste d'avoir personnifié la gourmandise sous la forme la mieux adaptée à ce vice. Quoi de plus pittoresquement original que cet énorme glouton à groin de pourceau, qui est tout ventre depuis le menton jusqu'aux cuisses, et qui semble n'avoir été créé et mis au monde que pour montrer jusqu'oîi la peau humaine peut s'étendre !
Nous avons à faire remarquer, en outre, que la devise inscrite sur le drapeau arboré par le goinfre est un trait d'opposition au célèbre adage Mange pour vivre et ne vis pas pour manger. Ajoutons que cet adage, dont on attribue l'invention à Socrate, qui se plaisait à en recommander la pratique comme un excellent moyen d'entretenir la santé du corps et celle de l'àme, se trouve quelquefois énoncé dans les livres du moyen âge par les lettres initiales des mots qui le composent eu latin E. U. V. N. V. U. E. Edas Ut 17vas. Non Vivas L'I Edas.