‹ Cent proverbesChapitre 156 sur 257 · LE MIEL EST DOUX · texte numérisé non relu

LE MIEL EST DOUX

MAIS L'ABEILLI' PIOUIÎ — La scène représente un paysage de Poussin.

Artémidoue. — On m'a dit fort souvent, et je ne suis; pas éloigné de le ci'oire, que le lever de l'aurore était favorable à l'inspiration. Les zépliii's qui murmurent, les fleurs qui s'enli"'ouvrent, les oiseaux qui chantent, tout cela donne des idées. Je crois qu'il m'en vient une. Écrivons :

L'Aurore aux doigts de rose, à l'Iiorizoïi vermeiL..

Décidément, c'est une idée; continuons :

L'Aurore aux doigts de rose, à Thorizon vermeil!...

Le reste viendra bientôt... (h se sratie ib froat.) L'Aurore aux doigts de rose... (n regarde le ciei.) à l'horizou vermeil

( Un bruit de pas se fait entendre.) La pCSte SOlt dcS fàchcUX qui

viennent m'inlerrompre ! Réfugions-nous derrière cette

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charmille; j'y pourrai continuer en paix, ce commencement de poëme épique.

(il entre dans le bosquet. Surviennent un berger et une bergère.)

Daphnis. — Pssst! pssst!

Chloé. — Qui m'appelle?

Dapun'is. — Ne me reconnaissez-vous pas?

Chloé. — C'est vous, Daphnis?

Dapunis. — Moi-même. L'épouse de Tithon vient à peine de quitter la couche de son vieil époux. Quel motif si important fait sortir si tôt la belle Chloé de sa demeure?

CuLOiî. — Et vous-même. Daphnis. pourquoi courezvous ainsi les champs à une pareille heure?

Daphnis. — Hélas! le sommeil a fui depuis longtemps mon chevet solitaire; le soin de mes bi'ebis ne me touche plus; j'ai perdu l'appétit; je suis malade.

CiiLOÉ. — Immolez un coq à Esculape.

Daphms. — Esculape ne saurait me guérir.

CuLOii. — Quelle est donc celle terrible maladie?

Dapiims. — 11 est un dieu, Chloé, un dieu malin qui prend plaisir à tourmenter les moitels infortunés; il rôde sans cesse autour de nos demeures, et quand il aperçoit un gaillard frais, robuste, bien portant, il tire de son carquois une flèche empoisonnée et la lance contre lui. Aussitôt le ujalheureux ne dort plus,, ne mange plus; il s'étiole, il maigrit, il erre dans les champs comme un insensé; il est atteint de ce mal terrible qui fait souffrir plus que tous les autres maux.

Chloé. — Conunent l'appelez-vous?

Daphnis. — L'amour.

Chloé. — Vous voulez rire, uion cher? l'amour faire

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souiïrir! c'est impossible. L'amour est un baume, un parfum, un philtre, tout ce qu'il y a de plus salutaire, de plus doux , de plus enivrant sur la terre. L'amour peuple le sommeil de rêves charmants; au lieu de décocher des flèches empoisonnées, ce dieu, que vous flétrissez de l'épithète de malin, voltige auprès de nous, rafraîchit notre visage avec ses ailes parfumées, et fait retentir une musique divine à nos côtés. On n'est jamais malade d'amour.

Daphms. — Qui vous l'a dit?

CiiLOÉ. — ■ Palémon.

Dapuîs'is. — Le gredin! je m'en doutais...

CiiLOÉ. — Vous dites?...

Dapunis. — .le dis que vous avez tort de parler avec Palémon.

CuLOÉ. — Pourquoi^

Daphnis. — Parce que c'est un farceur qui ne cherche qu'à tromper les.jeunes bergères.

CuLOÉ. — Ah! bah!

Dapums. — C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire.

CiiLOK. — Vraiment?

Dapii.ms. — Laissons ce sujet, Chloé; venez plutôt sous cet ombrage, et là, assis sur l'herbe tendre, je vous dirai ce que c'est que l'amour.

CfiLOÉ. — Vous me l'avez dit; l'amour, selon vous, est quelque chose qui empêche de dormir et de manger, qui fait maigrir et force les gens à se promener toute la journée dans les champs. J'aime mieux liamour selon Palémon.

Daphnis. — Suivez-moi dans ce bosquet, et je cesserai de souffrir.

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