‹ Cent proverbesChapitre 170 sur 257 · DE Pi:U DE DRAP · texte numérisé non relu

DE Pi:U DE DRAP

— Tu me permettras alors, — interrompis-je, — de ne pas venir voir trop souvent ton Excellence: je craindrais de passer pour un de ses favoris. »

Nous bavardions encore sur ce texte plaisant, lorsque la porte du cabinet s'ouvrit. Un jeune homme entra, dont le front élevé, les yeux perçants, la bouche intelligente, m'inspirèrent une sorte d'attrait sympathique : c'était le secrétaire de l'homme d'État que mon ami remplaçait ; il venait proposer à la signature un travail pressé dont il avait été chargé, peu de jours auparavant, par son ancien patron. Charles y jeta un coup d'œil distrait, improvisa d'un ton péremptoire quelques objections superficielles, et annonça son intention de faire recommencer cet exposé de motifs sur un plan tout différent, et d'après d'autres idées.

Le jeune secrétaire rougit légèrement, — on n'est jamais disgracié sans quelque dépit; — mais le sourire sardonique dont il accompagna l'offre de sa démission m'apprit qu'il savait à quoi s'en tenir sur les dispositions méfiantes du nouveau ministre.

Cette démission fut acceptée immédiatement, et lorsque, après le départ du jeune homme , j'en témoignai ma surprise à Charles:

« As-tu donc oublié , — me dit-il , — les principes dont je t'ai fait part? Le travail de ce jeune cadet révélait autant de talent que sa physionomie en promet ; c'est pour cela que je l'ai refusé sans hésiter. Avec un pareil acolyte, je perdrais bientôt la responsabilité de mes idées; on dirait que j'ai un faiseur, et véritablement j'en aurais un, car sur bien des points je ne pourrais faire adopter mes opinions à un petit entêté si siir des siennes. »

COURTE CAPE. 367

J'avais cru jusque-là que l'apologie des sots, dans la bouche de mon ami, n'était qu'un ingénieux paradoxe. Dès que je la lui vis prendre au sérieux, je m'en alarmai tout de bon, et je ne négligeai rien pour lui ôter une idée aussi contraire au bon sens qu'à ses véritables intérêts. Mais j'avais affaire à trop forte partie, ou du moins à un homme trop convaincu de son infaillibilité , pour que mes paroles portassent coup.

« Ce que je te disais en riant, à propos de mon valet de chambre, — reprit Charles, — est une théorie très-déraontrée pour moi, et à laquelle j'ai subordonné les principaux actes de ma vie politique. Dernièrement encore, appelé à donner mon avis sur la composition du ministère dont je fais partie, j'ai mis en pratique l'idée qui te semble si paradoxale. Au lieu de choisir mes collègues parmi les hommes les plus éminents de l'opinion parlementaire qui me portait au pouvoir, je n'ai appelé dans le cabinet que les notabilités secondaires, les talents d'un ordre inférieur. C'était le seul moyen de donner de l'unité à notre administration, de concentrer sa force et de... *

— Et de t'assurer la prééminence, — ajoutai-je en souriant. — Tu es comme beaucoup d'honnêtes gens, qui ne voient d'autorité homogène que là oii ils dominent sans contestation, n

Cette remarque effaroucha mon ami, ([ui, d'un air très-imposant, plaça son pouce dans l'entournure de son gilet. Après quoi il me déclara, dans les termes les plus polis du monde, que mon intelligence n'allait point jusqu'à saisir la portée de certaines vues, le mérite de certaines tactiques. Je le trouvai quelque peu impertinent , et, prenant tout aussitôt congé de lui :

« Au revoir, dans un an ! — lui dis-je. — Nous repren-

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