‹ Cent proverbesChapitre 174 sur 257 · ON A SOUVENT BESOIN · texte numérisé non relu

ON A SOUVENT BESOIN

le ramoneur, maintenant métamorphosé en Frontin du petit format? Vous dire comment il se fit que le prince de N. eut besoin d'un petit laquais, comment son chasseur Belrose lui proposa Jacquot, qui plut aussitôt au prince par sa mine éveillée, sa petite taille, et surtout son joli sourire couleur de rose, serait entrer dans des détails superflus. Qu'il nous suffise de savoir que Jacquot est maintenant la perle des grooms, et que, de la main dont il raclait autrefois les cheminées, il porte des bouquets de camélias et de petits billets parfumés au réséda et au musc. Il s'appelait Jacquot, on l'appelle Jacques; on a raccourci son nom, contrairement à la plupart des vilains qui allongent le leur en s'anoblissant. ' .

Cependant Belrose avait beau être le chasseur le plus imposant de tout le fauboug Saint-Honoré, il perdait chaque jour de son crédit dans l'esprit du prince ; l'opinion même des gens de l'hôtel était qu'il ne conserverait pas longtemps sa place. Outre que le beau chasseur vieillissait, ce qui ôtait à son service beaucoup de sa promptitude et de son élasticité, il avait contracté la funeste habitude de boire le matin à jeun un grog, puis deux, puis trois, puis six ; puis les verres de rhum et d'absinthe offerts par occasion ; sa journée avait fini par ne plus être qu'un tissu de libations. Souvent, quand Belrose paraissait devant le prince, celui-ci s'était aperçu que le chasseur parlait avec incohérence et chancelait sur sa base; des menaces de congé lui avaient été signifiées à plus d'une reprise. Ces menaces auraient même reçu .leur exécution, si Belrose n'avait eu son bon ange dans la personne de Jacquot, qui veillait sur lui avec la fidélité d'un fils. Lorsqu'il s'agissait de njonter le soir derrière la voiture du prince, et que le chasseur se ti'ouvait avoir le cerveau plus allourdi qu'il ne convenait. Jacquot

avait le soin de grimper sur le marche-pied où se tenait Belrose, et de lui pincer les jambes de temps en temps de manière à le tenir éveillé jusqu'au moment oii il devait ouvrir la portière.

Le prince avait-il à remettre au chasseur quelque lettre qui exigeait une prompte réponse, Belrose était à peine dans le vestibule, que Jacques lui avait déjà arraché la lettre des mains, s'élançait dans la cour avec la vivacité de l'écureuil, et rapportait la réponse en moins de temps qu'il n'en avait fallu pour l'écrire.

Charmé de cette promptitude vraiment atmosphérique, le prince se disait parfois en pensant à son chasseur : — Il a de grands défauts sans doute, négligent, paresseux, ivrogne ; mais il s'acquitte des messages que je lui confie avec une telle célérité, que je suis bien obligé de passer sur ses imperfections.

Jacquot était partout oîi il fallait que Belrose se trouvât; il était devenu l'âme secrète, le ressort caché de cette machine gigantesque, qu'il faisait agir et mouvoir ;i son gré. Le chasseur, en voyant tout le mal que son protégé se donnait pour lui, disait parfois à Jacques d'un ton attendri :

— Je veux: que le prince sache tout ce que tu vaux ; je veux lui apprendre que, depuis que tu es attaché à l'hôtel, tu fais presque tout mon service.

— Garde-t'en bien, s'écriait Jacques en caracolant autour du colossal valet à la manière des jeunes singes ; si tu dis un mot de cela au prince, je lui déclare, moi, que tu m'as pris dans ses cheminées pour me faire endosser sa livrée, et nous verrons alors s'il trouve surprenant que je t'aide un peu dans ton ouvrage.

Le prince était si content du service de son petit 'aquais

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