‹ Cent proverbesChapitre 250 sur 257 · SE MOQUI-R DU FOURGON · texte numérisé non relu

SE MOQUI-R DU FOURGON

sons-nous et ([iril n'en soit plus question... si ce n'est pour les accabler d'éloges... »

Ce flu.K de paroles dédaigneuses ne m'avait pas laissé le temps de placer un seul mot. Tout à coup, vers la fin de la désobligeante apostrophe, il me vint une idée lumineuse : je tirai de ma poche la critique dont j'ai parlé ; puis, sans autre explication, je la plaçai sous les ycu\ de l'aristarque.

Dès les premières lignes son visage changea d'expression : sa bouche souriait encore, il est vrai; mais son regard démentait ce sourire sardonique, et, bien que décochés par une main malveillante, tous les traits de celle boutade injuste arrivaient droit à leur but. 11 avait commencé par saluer d'un bravo désintéressé les épigrammes les plus mordantes, les plus amères attaques : mais peu à peu ce faux sang-froid disparut, et fut lemplacé par un dépit plus sincère. Alon homme balbutia quelc[ues plaintes inintelligibles contre l'injustice des hommes, la malveillance de parli pris, etc., mais s'apercevant qu'il frisait le ridicule :

« X'en parlons plus, s'écria-t-il , et revenons à vos Proverbes. Je vous promets de les lire...

— Vous ne les avez donc pas lus?

— Non vraiment. Cela vous étonne ?

— Votre opinion si bien arrêtée me faisait croire...

— Ah bah!... Propos en l'air. Pures fadaises. N'y laites pas attention. »

Bref, l'aristarque se montra tout à coup plus modeste et plus consolant. Je le quittai, très-certain qu'il apporterait à sa besogne beaucoup plus de modération et d'équité qu'il ne l'aurait fait sans la mortification imméritée (|u'on lui avait infligée.

Le soir môme, au théâtre de***, on jouait un vaudeville de l'écrivain rancunier. Je le rencontrai sur le boulevard, tout rayonnant encore de sa malice du|"matin. 11 jouissait de son triomphe, il chantait son article aux échos, il dansait en idée sur le corps de sa victime, avec une férocité de cannibale. On aurait perdu sa peine à lui prêcher en ce moment la concorde et la charité chrétienne : aussi me gardai-je bien de lui adresser le plus léger reproche.

Mais deux heures après, sur ce même boulevard, ce cannibale était devenu la plus douce brebis de l'univers. Il était tout oreilles à mes conseils, tout humilité devant mes reproches. Si je l'eusse exigé de lui, j'aurais obtenu

telle amende honorable qu'il m'ei^it plu de prescrire

Le vaudeville nouveau venait d'être sifflé à plate couure. . . ■ •

Je me contentai d'un petit sermon, aussi indulgent que possible, dans lequel je m'efforçai de faire comprendre à l'auteur sifflé combien, dans ce monde oii chacun tombe à son tour, la morale évangélique est salutaire et bonne. A ce sujet je lui racontai les divers incidents de ma course du matin, tels à peu près qu'on vient de les lire."

Il sourit autant que son malheur lui permettait de sourire, et avec sa sagacité de littérateur à l'alfùt :

(1 Ne pensez-vous pas, me dit-il, que notre journée a pour moralité un de ces Proverbes dont vous parlez?

— Bah! m'écriai-je; en ce cas, vous le ferez, n'est-il pas vrai?

— Merci, répon:Iit-il. Faites-le vous-même, donnezlui pour titre :

« LA TELLE NE DOIT PAS SE MOQUER Df FOURGON. »

SE JlOQUER DU FOUliGON.

« Et puissent tous vos lecteurs tenir compte de coite recomniantlation bénip:ne. »

Son conseil me parut bon; il a été mis à profit. Avis il toutes les pelles de l'empire.

Vérité est la massue

Qui chacun assomme et tue.

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